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"Vous êtes trop jeune pour vivre sans seins !" : le calvaire de Carine après son cancer du sein

·Journaliste
·4 min de lecture
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Après un cancer du sein et une double mastectomie, Carine Vincent a pris la décision de ne pas reconstruire sa poitrine avec du volume. C’est ce qu’elle a choisi d'appeler "une reconstruction à plat". Une décision qui bouscule les codes de la féminité véhiculés par la société et peine à être reconnue et légitimée par le corps médical. 



Carine Vincent a 41 ans lorsqu’elle apprend en juillet 2018 qu’elle est atteinte d’un cancer du sein gauche. Dans une tribune publiée dans le magazine "Rose Up", elle s’épanche sur la découverte de son cancer et les peurs familiales qui l’entourent : "Je demande à subir une mastectomie bilatérale dès la découverte de mon cancer du sein gauche. Mes antécédents familiaux, avec le décès de ma sœur aînée de son cancer du sein à l’âge de 39 ans, me font affirmer ce choix à ma chirurgienne dès la toute première consultation". 

L’ablation d’un sein "sain" se révèlera être une épreuve longue et tumultueuse. Quand sa double mastectomie sera enfin actée, Carine Vincent se verra proposer diverses options de chirurgie réparatrice. "À aucun moment, l’éventualité de simplement refermer après l’ablation de mes seins n’est évoquée. Et pourtant, dans le même temps, ma chirurgienne s’assure que j’ai bien compris que dans tous les cas "mes seins reconstruits ne seront plus mes seins"" écrit-elle dans Rose Up.

"J’ai choisi la reconstruction à plat"

Pour ne pas rompre "le contrat de confiance" avec la chirurgienne qui lui a "sauvé la vie" et par peur que son "homme détourne son regard", Carine Vincent opte dans un premier temps pour une reconstruction avec volume. Après un réveil terrible ponctué de douleurs et nausées, Carine se retrouve avec de nouveaux seins. "Mes mains ne reconnaissent pas mon corps. J’ai la sensation d’être habitée par deux ballons de baudruche reliés à des drains desquels coulent mon sang.".

Le calvaire de la maman ne s’arrêtera pas là. 72 heures après l’intervention, elle est contrainte de retourner au bloc opératoire car son "faux sein" droit est anormalement gonflé. Un hématome s’est formé sur le sein. Au lieu des 4 ou 5 jours de convalescence habituellement prescrits, la jeune maman passera 15 jours à l'hôpital et devra être transfusée.

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"Une poupée gonflable avec des cicatrices douloureuses"

S’en suivent ensuite de longues semaines de calvaire pour Carine, avec des seins douloureux et surtout, avec lesquels elle ne se reconnaît pas, comme elle le décrit dans sa tribune : "J’essaie de m’habituer à être cette poupée gonflable avec des cicatrices douloureuses et des obus rigides et inconfortables à la place de mes seins d’origine. Mon corps et ma tête réagissent à cette intrusion : poussée de maladie auto-immune pourtant jusqu’alors en sommeil, anémie, douleurs, inconfort…" Au même moment, Carine se retrouve seule avec son fils de 5 ans : son compagnon prend la fuite.

En début d'année 2019, elle prend la décision de se faire retirer les prothèses temporaires qui lui ont été posées. Mais surtout, elle affirme sa volonté de ne pas en faire poser d’autres. Une décision accueillie maladroitement par sa chirurgienne qui lui assène : "Vous êtes trop jeune pour vivre sans seins !"

Carine Vincent tient bon et confirme son désir d’une reconstruction à plat avec fini esthétique. "Ça veut dire qu’il y a une recherche d’avoir un fini esthétique. Des cicatrices les plus acceptables possibles. Une reconstruction qui ne serait pas à plat et sans prothèses va laisser des lambeaux de peau et on se retrouve avec des gants de toilette ou alors ce qu’on appelle "des oreilles de chiens".". 

"Pas si horrible que ça non plus"

"La première personne (hors médical) à avoir vu mon corps sans seins, c’est mon fils" nous explique Carine Vincent. La maman comprend que son garçon de six ans l’imagine avec des "trous" à la place des seins. Elle perçoit très vite dans son regard que ce "n’est pas si terrible que ça".

Une décision qui l'apaise enfin, tant dans les douleurs que dans l'image qu'elle a d'elle-même. 

Au travers de ce témoignage, Carine Vincent milite pour déconstruire l’image de la femme et la supersexualisation du corps féminin. Comme elle le répète, elle se sent "tout aussi femme" sans seins. "J’ai envie que demain, dans les nomenclatures, on ne dise pas : "Vous avez le choix entre ne plus être et être"'. 

Carine Vincent a créé un groupe Facebook pour les femmes qui, comme elle, ont choisi d’être sans poitrine avec volume ainsi que pour celles qui ont besoin d'être accompagnées et soutenues pour que leur choix pour leur corps soit respecté. Elle est à l'origine d'une pétition pour que la reconstruction à plat soit considérée et présentée comme l'une des options possibles après une chirurgie de mastectomie. Elle vient aussi de lancer une campagne de sensibilisation en proposant à d'autres femmes reconstruites à plat de dévoiler leurs cicatrices. Chaque année, 20 000 femmes sont concernées par l'ablation d'un ou de deux seins en France.

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