"A défaut de se découvrir, on s'envoie des nudes" : le confinement redéfinit la drague en ligne

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Confinement ne rime pas forcément avec désert sexuel pour les célibataires. Grâce aux applications de rencontre, nombreux sont ceux à encore lier connaissance avec des inconnus, et parfois même, à s'encanailler avec des personnes qu'elles n'ont jamais rencontrées. Echanger des sextos et des photos dénudées avec un·e inconnu·e ? Ces femmes l'ont testé, et elles ont adoré !

Pour bon nombres de célibataires, le confinement est une véritable épreuve. Impossible d'organiser un rendez-vous, de rencontrer la personne avec qui l'on discute depuis des jours, voire des semaines. Impossible également de faire l'amour d'ailleurs, malgré une libido souvent exacerbée par la situation et la sensation de manque. Si certains ont décidé d'avoir recours à la masturbation, d'autres ont profité de ce confinement imposé pour ouvrir leurs horizons, et tester de nouvelles pratiques.

S'échanger quelques nudes." Pourquoi ? "Je pense que ça vient d'une volonté de se montrer à l'autre, autant que de s'exciter. Puisqu'on ne peut pas se découvrir en vrai pour l'instant, on passe par des photos. Et c'est bon de se sentir désirée !"

Les nudes, armes de séduction 2.0

Sylvie Lavallee, sexologue et psychothérapeute autrice du livre "Êtes-vous en bonne santé sexuelle ?", aux éditions Trécarré, confirme que plusieurs de ses patientes ont décidé d'expérimenter : "Les personnes qui subissent leur célibat se retrouvent dans une situation intolérable et insupportable. Elles vont avoir l’impression qu’il est impossible de rencontrer des gens dans cette situation. Mais il y en a d’autres qui vont s’offrir des moments d’espièglerie. Il y a plein de femmes, notamment, qui vont aller sur des applications pour s’amuser, sans rien chercher de sérieux, juste pour s’amuser. Elles échangent des photos, des sextos… Et il n’y a aucun mal à ça si c’est fait dans le respect et le consentement !"

Valentine* fait partie de ces femmes qui s'amusent avec des inconnues : "J'avais deux rencards de prévus au mois de mars, qui sont tombés à l'eau avec le confinement", regrette cette jeune femme. "A défaut de pouvoir rencontrer ces jolies jeunes femmes, on continue à faire connaissance par messages... Et on s'envoie des photos dénudées, histoire de faire grimper quelque peu l'excitation !" Laurie* a eu le même type d'expérience : "Je m'ennuyais pendant le confinement, alors je me suis inscrite sur Tinder. J'ai eu un énorme coup de coeur pour un mec, et au fil de nos discussions, on a fini par parler de sexe, et s'échanger quelques nudes." Pourquoi ? "Je pense que ça vient d'une volonté de se montrer à l'autre, autant que de s'exciter. Puisqu'on ne peut pas se découvrir en vrai pour l'instant, on passe par des photos. Et c'est bon de se sentir désirée !"

Side view of sexy young woman in black lingerie making selfie using a smartphone and smiling while lying on bed
© Getty Images

"Je découvre une nouvelle facette de ma sensualité"

Cette notion de désir est généralement la motivation derrière ce type d'échange. Laurie* le confirme : "Ça m'apporte de l'excitation, mais aussi beaucoup de plaisir". Mais surtout, cette nouvelle façon d'aborder l'érotisme lui a permis de faire tomber une barrière : "Avant cette rencontre, j'avais déjà eu des discussions sexuelles, mais pas aussi fréquentes ni aussi longues. Et je n'avais envoyé qu'une seule photo dénudée de moi. Je pense que ça a un peu libéré mon rapport à tout ça..."

J’observe qu’il y a des femmes qui s’étonnent d’être coquines, qui découvrent une nouvelle forme de désir et d’érotisme qu’elles ne connaissaient pas, avec un côté “déraisonnable” qui est très “excitant"

"J’observe qu’il y a des femmes qui s’étonnent d’être coquines, qui découvrent une nouvelle forme de désir et d’érotisme qu’elles ne connaissaient pas, avec un côté “déraisonnable” qui est très “excitant", confirme la sexologue. "Elles sortent de leur code d’éthique personnel. Certaines personnes vont colorier un petit peu à l’extérieur des lignes, c’est une cours de récréation. Elles vont suivre leurs pulsions. Ça peut même aider certaines personnes à se décoincer."

Faire confiance à un inconnu, est-ce vraiment une bonne idée ?

Envoyer des photos de soi dénudé est certes excitant, mais c'est une pratique déraisonnable aux yeux des plus conservateurs. "On ne sait jamais sur qui on va tomber", disent-ils. Pire encore, certains insinuent que c'est la porte ouverte au revenge porn : "Il ne faudra pas s'étonner si leurs photos finissent par tourner sur les réseaux sociaux et les sites pornographiques..."

Je sais qu'en cas de problème, même si l'opinion publique ne sera pas de mon côté, la loi le sera. Car il n'y a rien d'illégal à envoyer des photos dénudées, si la personne qui les reçoit y consent."

Peut-on faire vraiment confiance à un inconnu rencontré sur une application ? Pour Nathalie*, la question ne se pose pas : "On me dit souvent que j'ai tort, mais je pars du principe que si on ne fait confiance à personne, on n'ira pas bien loin dans la vie. Et je sais qu'en cas de problème, même si l'opinion publique ne sera pas de mon côté, la loi le sera. Car il n'y a rien d'illégal à envoyer des photos dénudées, si la personne qui les reçoit y consent."

La jeune femme a raison. L'article 226-2-1 du Code pénal dispose que : "Lorsque les délits prévus aux articles 226-1 et 226-2 portent sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel prises dans un lieu public ou privé, les peines sont portées à deux ans d'emprisonnement et à 60 000 € d'amende. Est puni des mêmes peines le fait, en l'absence d'accord de la personne pour la diffusion, de porter à la connaissance du public ou d'un tiers tout enregistrement ou tout document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel, obtenu, avec le consentement exprès ou présumé de la personne ou par elle-même, à l'aide de l'un des actes prévus à l'article 226-1." Ce qui signifie qu'il est illégal de diffuser du contenu à caractère sexuel reçu dans un cadre privé, puisque cela est considéré comme la "violation délibérée de la vie privée intime d'autrui". Les contrevenants peuvent risquer jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 60 000 euros d'amende.

* Dans un souci d’anonymat, les prénoms ont été modifiés.

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