"Niveau sexe, je n'ai plus envie de rien" : quand le confinement impacte directement la libido

Laetitia Reboulleau
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La France se prépare péniblement à rentrer dans sa quatrième semaine de confinement. De jour en jour, les émotions varient, fluctuent, et cela a forcément un impact sur la sexualité des couples comme des célibataires. Car si certains voient leur libido en pleine chute libre, pour d'autres, c'est purement et simplement une explosion.

Le désir est régi par bien des facteurs qu'il est difficile de lister, tant ils sont nombreux. Le moral, le stress, les hormones, les situations... Et tous ces facteurs se retrouvent plus que jamais chamboulés par la crise sanitaire que traverse le monde actuellement à cause du Coronavirus. Le confinement, notamment, force les couples comme les célibataires à revoir leurs habitudes en matière de sexe. Une routine brisée, propice au septième ciel ? Eh bien, pas forcément.

"Le sexe ? En ce moment, ce n'est même pas la peine d'essayer"

Leila* fait partie des 39% des Français qui ont renoncé au plaisir sexuel pendant le confinement. Enfermée chez elle avec son compagnon, dont elle partage la vie depuis quatre ans, elle connaît une baisse drastique de sa libido, qu'elle peine à expliquer. "Franchement, c'est la première fois que ça m'arrive. Niveau sexe, j'ai toujours été plutôt demandeuse, au contraire. Au début du confinement, je pensais qu'on allait en profiter pour faire l'amour partout, tout le temps. Mais c'est tout le contraire. En ce moment, ce n'est même pas la peine d'essayer. On vit dans un deux pièces, on travaille beaucoup depuis la chambre. Résultat, j'ai du mal à encore voir notre lit comme un espace dédié aux galipettes..."

Sa situation est loin d'être surprenante pour Sylvie Lavallee, sexologue et psychothérapeute autrice du livre "Êtes-vous en bonne santé sexuelle ?", aux éditions Trécarré. "Dans un couple, s'il est bon de passer du temps ensemble, cela fait aussi du bien d'être seul. Le confinement change la donne et demande de s'adapter, en particulier pour les couples qui se retrouvent à travailler à deux depuis la maison. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir une grande maison, avec plusieurs pièces, et donc la possibilité de ne pas se croiser. Par ailleurs, si la maison et même la chambre deviennent des espaces de travail, ils perdent cet aspect intime propice aux rapprochements."

Aujourd'hui, la jeune femme n'a qu'une hâte : reprendre le travail, retrouver son quotidien... Loin de son copain. "Ce n'est pas que je ne l'aime pas ! C'est juste qu'à force d'être tout le temps l'un collé à l'autre, à ne pas sortir... On n'a plus rien à se raconter, quoi. Je crois que j'ai besoin qu'il me manque un peu pour que j'ai à nouveau envie de lui." "Force est de constater que les gens subissent actuellement beaucoup de restrictions sociales", confirme Sylvie Lavallee. "Ils sont en train de faire beaucoup de sacrifices, car ils sont privés de faire ce qu'ils aiment le plus, que ce soit sortir, faire du sport, s'accomplir dans leur travail... Résultat, alors que les privations et les restrictions s'accumulent, cela crée forcément une situation de stress qui est nocive à la libido. Ce que l'on vit est totalement inédit, nouveau, et c'est quelque chose sur lequel nous n'avons pas le contrôle. Et ça, ça tue le désir."

“A force d’être tout le temps collés l’un à l’autre, on n’a plus rien à se raconter. Je crois que j’ai besoin qu’il me manque pour avoir envie de lui”

Leila fait toutefois partie des personnes qui ont de la chance : son copain comprend tout à fait la situation. "Bien sûr que j'ai envie d'elle. Mais je comprends aussi qu'entre le stress lié au Coronavirus et le fait de vivre l'un sur l'autre, elle ait moins envie. Et comme il est hors de question de lui mettre la pression, je lui laisse son espace. Si elle a envie de faire l'amour, elle sait que je serai là, au garde à vous", rigole-t-il, faisant contre mauvaise fortune bon coeur.

Le confinement, l'ennemi des couples fragiles

Leila* et son compagnon représentent un couple solide, qui ne s'inquiète pas nécessairement de cette baisse de libido, qu'ils considèrent tous deux comme temporaire. Julien*, lui, se demande si le confinement ne risque pas de marquer la fin de son couple. "Pour être honnête, ça fait un moment que ça ne va plus vraiment avec mon copain. On se dispute beaucoup, mais on arrivait toujours à se réconcilier sur l'oreiller. Mais avec le confinement, notre libido à tous les deux a été soufflée comme une bougie, le moindre de ses gestes m'agace, et j'ai bien l'impression que c'est réciproque. J'en viens à regretter de m'être confiné avec lui."

Il faut dire que selon la sexologue, le fait de "subir", car c'est bien le mot, la présence de l'autre est un véritable tue-l'amour. "Je pense que la sexualité peut très vite devenir un défi pour certains couples. Et en particulier pour les couples qui avaient déjà des problèmes avant le confinement, qui rencontraient déjà une forme de désenchantement. Cette surabondance de fréquentation peut être la source de bien des conflits. On subit la présence de l'autre, et tous les comportements peuvent nous énerver. Ajoutez à ça les difficultés financières que peuvent rencontrer les personnes dont l'activité professionnelle est à l'arrêt... Ce ne sont pas des conditions propices au désir, à l'érotisme et au plaisir."

“Le manque de libido n'est souvent que la partie visible de l'iceberg. Il y a généralement une raison liée à cette baisse de libido, et c'est en s'interrogeant là-dessus que les personnes vont pouvoir la comprendre.”

Manon* a fait la même constatation que l'experte. Projectionniste en période d'essai dans un cinéma, elle a perdu son emploi au début du confinement : "Si j'ai bien conscience que c'est le stress de ma situation économique qui tue mon envie de faire l'amour, ce manque de proximité avec mon mec met en lumière tout ce qui ne va pas dans notre couple. Mais j'essaye d'y voir du positif : puisqu'on est coincés ensemble pour une durée indéterminée, on va en parler. Peut-être que d'adresser tous ces problèmes nous fera du bien." Une attitude saine, ainsi que l'explique Sylvie Lavallee : "Je pense qu'en ce moment, il est essentiel pour les couples d'exprimer leurs inquiétudes, d'adresser leurs sources de stress. Le manque de libido n'est souvent que la partie visible de l'iceberg. Il y a généralement une raison liée à cette baisse de libido, et c'est en s'interrogeant là-dessus que les personnes vont pouvoir la comprendre. Et c'est en évoquant le sujet avec leur conjoint qu'elles vont pouvoir lui faire prendre conscience de la solution, pour éventuellement trouver des solutions ensemble."

Votre libido est au top ? C'est une bonne nouvelle pour votre couple

Bonne nouvelle pour les couples qui ont toujours autant envie l'un de l'autre. Sylvie Lavallee est formelle à ce sujet : "Pour les couples qui se portaient très bien avant le confinement, ils peuvent applaudir cette période. Ils vont pouvoir passer beaucoup plus de temps ensemble, des moments intimes ou non, d'ailleurs, et donc en profiter, pour se créer des occasions." Karine* est exactement dans cette situation, et elle ne cache pas son bonheur. Polyamoureuse, elle est actuellement confinée avec sa compagne et son compagnon, et leur trouple profite de la situation pour s'éclater sous la couette... Et ailleurs.

"Nous avons bien confiance que notre modèle de trouple n'est pas dans la norme de la société, et les gens ne voyaient pas trop comment ça allait fonctionner. Mais pour l'instant, c'est l'éclate."

"Je crois qu'on a retourné tout l'appartement", s'amuse-t-elle. "De la salle de bain à la cuisine, en passant par le canapé du salon... On s'aime à deux, à trois, mais on prend aussi des moments à nous pour se masturber si l'on a envie d'un petit plaisir en solo. Pour nous, le confinement est une aubaine, et on savoure notre chance de s'entendre toujours aussi bien, surtout après quatre semaines sans sortir." Bon nombre de leurs proches leur avaient en effet déconseillé le confinement à trois. "Nous avons bien conscience que notre modèle de trouple n'est pas dans la norme de la société, et les gens ne voyaient pas trop comment ça allait fonctionner. Mais pour l'instant, c'est l'éclate."

Un avis partagé par Kévin*, dans la même situation avec son épouse. "30 ans de vie commune, 23 ans de mariage, et je n'ai jamais eu autant envie d'elle", énonce-t-il fièrement. "Je pense que si nos enfants n'étaient pas confinés avec nous, on passerait notre vie à poil, mais à défaut, on profite de chaque sieste, chaque moment qu'ils passent dans le jardin ou devant un film pour se retrouver." Le couple ne fait pas l'amour à chaque fois : "On s'embrasse, on se caresse, on se chauffe... Ça fait longtemps que nous avons compris que le plaisir ne passait pas forcément par la pénétration", affirme cet homme de 63 ans. "D'ailleurs, je pense que le fait que je passe plus de temps à la maison joue dans cette libido exacerbée du côté de ma douce. Je fais le ménage, la vaisselle, je commence à mieux comprendre le concept de la charge mentale. Du coup, je fais enfin ma part, il était temps non ? Et ça lui laisse plus de temps pour avoir envie de moi."

Une belle réalisation et une belle mentalité. Car comme le rappelle la sexologue Sylvie Lavallee : "Dans un couple, on est dans la même équipe, et il est important par ailleurs de garder une connexion émotionnelle. Cela ne passe d'ailleurs pas forcément pas le sexe. Ça peut être de s'embrasser plus, de se câliner, de prendre un bain ensemble... De maintenir ce lien pour recréer une sensualité."

*Dans un souci d'anonymat, les prénoms ont été changés.

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