Arrêtons d'avoir honte d'utiliser du lubrifiant !

Laetitia Reboulleau
·8 min de lecture
Selling love concept. Womens hands hold intimate grease and a red heart shape on a pink background
© Getty Images

Au rayon intime, juste à côté des préservatifs, se trouvent des bouteilles colorées qui contiennent du lubrifiant. Ce dernier est spécialement conçu pour faciliter les rapports sexuels, et pourtant, son utilisation reste encore taboue pour certaines personnes. Et si on décomplexait de son utilisation ?

Toutes les personnes ayant une vie sexuelle épanouie le savent : pour qu'un rapport pénétratif – vaginal comme anal – soit agréable, il faut que ça glisse. Mais si l'utilisation de lubrifiant est largement répandue lorsqu'il s'agit de pratiquer la sodomie, cette utilisation est nettement moins démocratisée dans les pénétrations vaginales. Elle est parfois même carrément stigmatisée... En particulier par les hommes.

"Si tu ne mouilles pas, c'est que tu n'as pas envie de moi"

Aujourd'hui, le lubrifiant a tout naturellement trouvé sa place dans la vie sexuelle de Maryse, mais pendant longtemps, cela n'a pas été le cas. "Même quand je suis très excitée, j'ai tendance à ne pas mouiller beaucoup. C'est physiologique, je n'y peux rien, mais j'ai eu plusieurs partenaires qui n'étaient pas du tout compréhensifs à ce niveau-là. L'un d'entre eux m'a balancé à la figure : "Fais un effort, si tu ne mouilles pas, c'est que tu n'as pas envie de moi" ! C'est sûr qu'après ce genre de réflexion, j'étais plus sèche que le désert de Gobi."

La jeune femme n'est pas la seule à avoir vécu ce type d'expérience. "J'avoue que j'ai encore honte d'en utiliser", se reproche Laura. "Avant, je n'osais pas, et j'avais mal à chaque rapport. Maintenant, j'en utilise, mais j'ai toujours l'impression que ce n'est "pas normal", qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez moi". Pourtant, les spécialistes sont formels : si la lubrification vaginale est un signe d'excitation, le fait de ne pas mouiller ne signifie pas que l'on ne ressent pas de désir. Il existe en effet toutes sortes de facteurs qui peuvent avoir une influence à ce niveau là, et créer une sécheresse vaginale : les hormones, la contraception, la prise de certains médicaments, l'hygiène intime, certaines maladies... Sans oublier l'aspect psychologique. Ainsi, les victimes de violences sexuelles peuvent avoir plus de mal à obtenir une manifestation "physique" de leur désir, car leur corps fait un blocage inconscient, à cause du traumatisme.

Il m’a dit de faire un effort pour mouiller plus

Le tabou du lubrifiant et de son utilisation est souvent lié à un manque de connaissances sur la physiologie des personnes dotées d'une vulve, notamment de la part des hommes : "Plusieurs fois, j'ai demandé à mes partenaires d'en utiliser, et ils m'ont regardée de haut en affirmant que ce n'était 'que pour la sodomie', et que ce n'était 'pas normal' d'en utiliser pour une pénétration vaginale.", regrette Farida. Résultat : certaines n'osent pas en faire la demande, et cela pose des problèmes. Une bonne lubrification permet d'éviter les frottements, les douleurs, et même dans certains cas, les irritations et les déchirures. Il vaut mieux donc en utiliser plutôt que de s'imposer une pénétration douloureuse qui se soldera par une blessure. C'est notamment ce qui est arrivé à Salomé : "J'avais des problèmes de confiance en moi parce que je n'étais pas assez 'glissante', et mes partenaires peu compréhensifs ne m'ont pas aidée. Résultat, j'ai développé du vaginisme, et cela m'a dégoûtée du sexe..."

Lubrifiant et préliminaires, le bon combo pour prendre du plaisir

Une bonne lubrification permet d'éviter les frottements, les douleurs, et même dans certains cas, les irritations et les déchirures. Il vaut mieux donc en utiliser plutôt que de s'imposer une pénétration douloureuse qui se soldera par une blessure. June fait partie de ces personnes qui ne mouillent pas, ou très peu, et elle a très vite adopté le lubrifiant pour laisser derrière elle les rapports sexuels douloureux. "J'ai souvent ressenti le désarroi de mes partenaires qui, en passant leur main sur ma vulve, constataient que j'étais toujours sèche", raconte-t-elle. "Du coup le lube a toujours fait partie de ma vie sexuelle, depuis des années quand je sors et que j'ai envie de pécho je me promène avec des capotes ET un tube de lube au cas où je finisse chez un mec."

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Mais la jeune femme tient tout de même à le rappeler : ce n'est pas parce que le lubrifiant permet de faciliter la pénétration et de la rendre plus agréable que cela signifie qu'il faut zapper les préliminaires. "L'an dernier j'ai rencontré un mec qui prenait beaucoup, beaucoup de temps avant de me pénétrer pour essayer de me faire lubrifier un petit peu plus avant la pénétration, et pour la première fois de ma vie j'ai eu du sexe vaginal sans lube. Depuis, je me suis rendu compte que je l'avais presque trop utilisé par facilité, et maintenant je demande à mes partenaires de prendre leur temps". Certaines personnes ont en effet tendance à oublier que le plaisir, et en particulier le plaisir féminin passe par une longue stimulation. Un message approuvé par Lila : "Ce n'est pas parce que le lubrifiant permet à un pénis de mieux glisser que mon partenaire peut se permettre d'y aller comme un bourrin, sans prendre le temps de me préparer, de m'exciter. Après tout, le fait qu'une personne mouille ne signifie pas forcément qu'elle est automatiquement prête pour la pénétration.”

Le guide du bon lubrifiant

Utiliser du lubrifiant, c'est bon pour la vie sexuelle. Mais face à l'offre si large proposée aux consommateurs, il n'est pas toujours facile de faire un choix. Comme pour les préservatifs, le mieux est encore de tester différents produits jusqu'à trouver celui qui vous convient. Mais il existe toutefois plusieurs types de lubrifiant, et il est important de faire la différence, ainsi que l'explique Zuki, l'autrice du blog sexo Gode Save The Queen. "Il y a 3 grandes familles de lubrifiants : ceux à base d'eau – ce sont les plus répandus, ceux qu'on croise dans les grandes surfaces en général –, ceux à base de silicone et les huiles."

Chacun a ses avantages et ses inconvénients, d'où l'importance de se pencher sur le sujet avant d'attraper le premier flacon qui passe : "Le plus sûr, c'est de miser sur un lubrifiant à base d'eau parce que c'est compatible avec tout, c'est moins prise de tête. Pour une glisse de plus longue durée, on va préférer un lubrifiant épais à un autre plus fluide. Très souvent, les lubrifiants avec une texture plus épaisse sont marketés "lubrifiant anal", bien qu'ils ne soient pas adaptés uniquement dans ce cadre. Par exemple, ils seront aussi très utiles sous la douche, là où un lubrifiant à base d'eau plus fluide aura tendance à se diluer très rapidement."

Les autres alternatives sont toutefois à étudier, en fonction de vos besoins, de vos envies et de vos pratiques : "Les lubrifiants à base de silicone sont nettement plus chers et sont compatibles avec le latex (préservatifs) mais pas les sextoys en silicone (curieusement, le silicone ne fait pas bon ménage avec lui-même). Ils ne se diluent pas dans l'eau et donc sont parfaitement adaptés pour du sexe aquatique. En revanche, ils sont particulièrement pénibles à nettoyer. La texture d'un lubrifiant silicone est assez particulière et ne plait pas à tout le monde : c'est semblable à une sorte de beurre une fois étalé entre les doigts."

Lubrifiés, mais bien protégés

L'experte met en garde les amateurs d'huile : "Leur pouvoir lubrifiant est assez limité, ce n'est pas ce que je recommanderai pour de l'anal, notamment. Par ailleurs, les huiles ne sont pas compatibles avec les préservatifs : elles rendent le latex poreux ! Les personnes qui se lubrifient à l'huile le font souvent pour l'aspect naturel ou alors parce qu'elles sont sujettes à des allergies avec certains lubrifiants industriels. Pour concilier préservatif et lubrifiant naturel, il vaut donc mieux opter pour un lubrifiant à base d'eau naturel et/ou vegan."

Rappel utile : comme tous les produits qui rentrent en contact avec une zone sensible, il est important d'effectuer un test avant d'utiliser un lubrifiant en pleine action. Appliquez-en quelques gouttes dans le creux de votre coude, et attendez 24 à 48 heures pour vérifier que vous ne faites pas une réaction allergique. En cas de sensation de brûlure lors d'un rapport sexuel, rincez immédiatement et consultez un spécialiste.

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