Covid-19 : leurs proches sont des antivax, et cela crée des tensions

Laetitia Reboulleau
·6 min de lecture
Close up of a young woman getting vaccinated
© Getty Images

La vaccination contre la Covid-19 commence à prendre des allures de Graal pour celles et ceux qui rêvent d'un retour à la normale après plus d'une année passée à vivre au rythme de la pandémie mondiale. Et si certains attendent avec impatience de recevoir l'injection, ils ont découvert avec stupeur que quelques-uns de leurs proches refusaient de se faire vacciner. Un désaccord qui peut générer bien des tensions.

Ce vendredi 30 avril, près de 15 millions de personnes ont reçu une première dose de vaccin contre la Covid-19, et plus de 6 millions ont déjà eu les deux injections nécessaires pour une efficacité totale de l'injection. Les chiffres de CovidTracker devraient cependant s'accélérer dans les jours à venir, puisque le gouvernement a confirmé que de nouvelles catégories de personnes allaient pouvoir bénéficier du précieux sérum : la liste des professionnels prioritaires a été élargie, et toutes les personnes majeures dont l'Indice de Masse Corporelle (IMC) dépasse les 30 pourront accéder dès le samedi 1er mai 2021 à la vaccination.

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Pour de nombreuses personnes, c'est un véritable soulagement. Les rendez-vous sont pris, l'impatience est à son comble, car en ligne de mire, il y a un objectif : le contrôle de l'épidémie pour permettre un "retour à la normale". Les prévisions indiquent d'ailleurs une grande reprise des interactions sociales et amoureuses dès la rentrée, tandis que la réouverture prochaine des bars, restaurants et lieux culturels fait piaffer d'impatience le grand public. Mais si de plus en plus de personnes tiennent à se faire vacciner, ce n'est pas le cas de tout le monde. Les "antivax" s'opposent toujours à l'idée de toute injection, et cela a le don d'énerver leurs proches.

"Mon beau-père est persuadé d'être immunisé"

Gilles*, 28 ans, fait partie de ceux qui attendent avec impatience leur première injection, disponible à partir du 15 juin 2021. En attendant, le jeune homme fait tout pour encourager ses proches à se faire vacciner. "Au début, ma mère ne voulait pas, elle avait peur des risques de thrombose, et elle ne voyait pas trop l'intérêt de se faire vacciner. On a dû s'y mettre avec tous avec mes frères, mes sœurs et mes grands-parents pour la convaincre, et au final, c'est moi qui ai pris son rendez-vous en ligne, et qui l'ai accompagnée le jour J. Par contre, pour mon beau-père, impossible de lui faire entrer cette idée dans le crâne."

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Pourtant, l'époux de la mère de Gilles fait partie des personnes à risque : "Il a 68 ans, il est diabétique et souffre d'hypertension. Mais pour lui, le vaccin est inutile, et ses arguments sont tous pétés. Il est persuadé d'être immunisé, puisqu'il n'a pas encore chopé la Covid, alors qu'il sort régulièrement sans masque. Car oui, en plus d'être un antivax, il fait partie des boomers qui refusent le port du masque, ou qui le portent sous leur nez", soupire le jeune homme. Résultat, ce dernier a pris une décision : "C'est peut-être horrible de ma part, mais tant qu'il n'est pas vacciné, je ne veux plus de lui chez moi. Ma femme est enceinte de notre deuxième enfant, mon fils aîné va rentrer en maternelle. Je n'ai pas envie de leur faire prendre des risques pour un égoïste qui ne pense qu'à lui."

"Ma mère préfère croire les naturopathes que les scientifiques"

Le problème rencontré par Cyrielle* est quelque peu différent. Si elle-même a pris rendez-vous pour recevoir sa première dose sous peu, puisqu'elle possède une IMC supérieure à 30, sa mère refuse quant à elle de recevoir une dose de vaccin. "Elle a 69 ans, mon père en a 72, et elle refuse qu'ils se fassent vacciner tous les deux. Mon père lui obéit, puisque c'est elle qui a toujours géré les décisions médicales à sa place. J'ai tout fait pour essayer de la faire changer d'avis : explications, articles, vidéos... Rien n'y fait."

En effet, la maman de Cyrielle a un petit côté complotiste : "Elle affirme que les médias sont payés par les labos pour faire la promotion du vaccin. Elle préfère croire ses magazines de naturopathie que les articles scientifiques", regrette-t-elle. "J'ai tout essayé : la colère, les sentiments, l'éloignement... Cela fait un an que je n'ai pas pu embrasser mes parents, ni même les approcher. Mais ça ne fonctionne pas. Cela me rend triste, mais aussi en colère, et forcément, cela a drastiquement réduit nos contacts, d'autant qu'une de ma sœur, qui est pourtant institutrice, refuse elle aussi de se faire vacciner." Difficile de faire face quand toute notre famille s'oppose à nous.

"Mon frère fait partie des complotistes qui croient aux délires de 5G dans le vaccin"

Tous les jours, sur les réseaux sociaux, de nombreux hashtags relaient les propos des antivax complotistes. Les discours de ces derniers sont toujours les mêmes : la Covid-19 est une maladie créée par les gouvernements pour contrôler les populations, le vaccin serait l'occasion d'injecter une puce 5G qui permettrait de contrôler les individus, etc. Et Maryse* a eu la triste surprise de découvrir que son grand frère croyait dur comme fer à toutes ces théories. "Quand j'ai évoqué ma joie d'être bientôt vaccinée, il m'a regardée d'un air dégoûté et m'a traitée de 'mouton du gouvernement'", regrette la jeune infirmière.

"Forcément, je lui ai demandé ce qu'il voulait dire par là. Et il m'a répondu d'un air dédaigneux qu'il était évident que le virus avait été créé par les puissants, que le vaccin était une arme de contrôle. Il refuse de se faire 'injecter des nanoparticules' qui pourront le contrôler, et me dit qu'il ne veut pas être 'pucé comme un chien', qu'il veut garder sa liberté de penser, de se déplacer. Je n'aurais jamais cru ça de sa part, mais il fait partie de ceux qui croient aux délires de 5G dans le vaccin, et je ne vois pas comment le convaincre qu'il a tort. Je ne saurais même pas par où commencer."

* Pour des raisons d’anonymat, les prénoms ont été changés.

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