Covid-19 : ces jeunes "terrifiés" par le retour à la vie normale après les confinements

Laetitia Reboulleau
·6 min de lecture
Woman staying home for safety during coronavirus pandemic
© Getty Images

L'après Covid-19 n'est pas encore là, mais dans les esprits, il commence d'ores et déjà à se dessiner. La campagne de vaccination a commencé un peu partout dans le monde, et la réouverture des bars et des restaurants dans plusieurs pays étrangers donne matière à rêver. Mais alors que certains n'ont qu'une hâte : recommencer à sortir tous les soirs, d'autres s'inquiètent de ce "retour à la normale". Un moment qu'ils redoutent.

11 millions de Français ont déjà reçu la première dose du vaccin contre la Covid-19, selon le site CovidTracker. Et plus le nombre de vaccinés augmente, plus la promesse d'un "retour à la normale", ou tout du moins d'une réouverture des bars et des restaurants se dessine dans le futur. Aucune date n'a encore été officiellement avancée, mais de nombreuses personnes n'ont qu'une hâte : pouvoir recommencer à faire la fête avec leurs proches... Et pouvoir recommencer à draguer, dans de nombreux cas. Mais si l'idée de voir la fin de cette pandémie séduit tout le monde, certaines personnes s'inquiètent en voyant les bars rouvrir à l'étranger, une activité normale reprendre. Il faut dire qu'après un an passé sans voir grand monde, l'idée de grands rassemblements inquiète les plus frileux. Et l'idée de retrouver une vie sociale et amoureuse encore plus.

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La peur de reprendre une vie normale

En anglais, ce phénomène porte un nom : la FODA. Cet acronyme signifie "Fear of dating again", soit la peur d'avoir des rendez-vous amoureux à nouveau, mais la situation peut également s'étendre à tout retour à une vie sociale chargée. Pour cause : les confinements et couvre-feux ont eu le triste effet de booster l'anxiété sociale et l'agoraphobie. L'expression a été pensée par Hinge, plateforme de rencontres en ligne, et se fait de plus en plus présente sur les réseaux sociaux.

Interrogée par le site américain HelloGiggles, Logan Ury, directrice de Hinge, explique : "Les rencontres ont toujours été une expérience anxiogène, mais après une année de restrictions et de confinements pandémiques, il est normal de se sentir un peu plus anxieux·se qu'à l'accoutumée." La situation n'a rien de surprenant : après le premier confinement, plusieurs personnes avaient déjà eu du mal à revoir des gens, aussi bien par peur de ne pas assurer au lit que par crainte de la maladie.

"L'idée d'avoir un rencard prochainement me terrifie"

Marc*, 35 ans, nous confiait il y a un an qu'il avait à la fois "hâte de retrouver une vie sexuelle" mais aussi "peur de décevoir sa nouvelle partenaire", après deux mois sans sexe durant le premier confinement. Un an plus tard, sa situation a quelque peu changé : "J'avais recommencé à avoir des rencards après le premier confinement, mais depuis la fin de l'été, et la situation sanitaire qui dégénère, plus rien. Et plus le temps passe, plus ça me fait peur. J'ai peur de ne plus savoir draguer, de ne plus assurer au lit, de ne plus avoir rien à raconter d'intéressant, aussi, puisque ça fait près d'un an que j'enchaîne les périodes de chômage partiel puisque mon ciné est fermé."

Alors qu'une réouverture prochaine des lieux culturels pourrait se décider sous peu, le trentenaire a décidé d'en parler à un psy : "Apparemment, je fais de l'anxiété sociale. Mon psy pense que j'ai deux options devant moi : soit ma première sortie va hyper bien se passer et la machine va se relancer... Soit ça va être un désastre, et ça risque d'empirer la situation. Paye ta pression." Marianne, elle, redoute quelque peu le déconfinement, d'autant qu'elle est censée rencontrer quelqu'un dès que c'est possible. "Depuis quelques mois, je discute avec un mec rencontré sur les réseaux sociaux. On n'a pas pu se voir à cause des mesures mises en place qui limitent les déplacements, et avant ça, c'est parce qu'on a tour à tour chopé le Covid. Résultat : ça doit faire trois ou quatre mois qu'on parle, qu'on anticipe... Et j'ai peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas lui plaire, qu'il ne me plaise pas... Bref, d'avoir fait tout ça pour rien. L'idée de notre premier rencard, qui se rapproche indéniablement, me terrifie."

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Les célibataires ne sont pas les seuls concernés

Sur le principe, la FODA concerne la crainte d'une reprise des rencontres amoureuses, mais le même phénomène peut s'appliquer à l'intégralité de sorties. Jonathan, 40 ans, en témoigne : "Depuis le début de l'épidémie, je sors le moins possible de chez moi et je ne vois quasiment plus personne, à cause de mon insuffisance cardiaque qui me place, malgré mon âge, dans la catégorie des personnes à haut risque face au virus, mais pas dans celle des prioritaires pour me faire vacciner." Sans être un grand fêtard, ce dernier aurait aimé célébrer lui aussi la fin de la crise sanitaire, mais il s'inquiète des débordements qui risquent d'avoir lieu : "On va se retrouver devant une situation sans précédent où les gens seront tous dehors, serrés, et vont tous se lâcher du fait d'avoir été privés de tout ça depuis des mois et des mois. Alcool, drogues... Je pense sincèrement que les premiers temps vont ressembler aux premières soirées étudiantes de l'année quand les cours reprennent, mais en dix fois pire !"

Lexie, 21 ans, est dans une situation quelque peu différente. La jeune femme souffre depuis longtemps de ce qu'elle appelle une "phobie sociale" qui l'empêche régulièrement de se retrouver au milieu de nombreuses personnes, car elle ne s'y sent pas en sécurité. "Pendant le 1er confinement, j'étais à Montpellier pour mes études et je vivais seule. Au début, ça m'arrangeait de ne pas sortir, mais ensuite je l'ai très mal vécu, ça m'a fait ressasser des traumas de mon adolescence. J'étais loin de ma famille, je n'avais pas assez d'argent pour me nourrir correctement. Je ne pouvais pas sortir pour m'aérer l'esprit", confie-t-elle, précisant avoir même envisagé de se suicider tant la situation lui pesait. Depuis, Lexie voit un psy, mais elle n'arrive pas à se défaire de sa peur du monde extérieur. "Je suis très mitigée, parce que d'un côté, je suis contente que la vie reprenne son cours, l'atmosphère sera moins pesante, moins anxiogène, et c'est une bonne chose. Mais de l'autre, ça veut dire que je vais devoir faire face à mes phobies. J'ai peur du retour à la normale et de ce que cela va signifier pour moi."

Toujours est-il que ce fameux "retour à la normale" n'est dans tous les cas pas pour tout de suite. Selon les estimations actuelles, les adultes volontaires ne devraient pas être tous vaccinés avant la fin de l'été, voire plus tard dans l'année.

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