Et si on dégageait le mot "préliminaires" de notre vocabulaire sexuel ?

Laetitia Reboulleau
·5 min de lecture
Studio shot of a banana and grapefruit in a suggestive position against a pink background
© Getty Images

C'est quoi au juste, une relation sexuelle ? Si certains estiment que cette dernière commence dès les premières caresses un peu poussées, d'autres considèrent que ce terme ne correspond qu'à la pénétration. En cause : le terme "préliminaires", utilisé pour enrober toutes les pratiques non-liées à une pénétration pénienne, et qui a tendance à faire oublier que le sexe, ce n'est pas seulement une affaire de pénétration.

Serait-il temps de finir avec les préliminaires ? Non, mais il est en revanche grand temps de se passer de ce mot qui englobe tout un tas de choses, et a le don de hiérarchiser les différents actes qui constituent une partie de jambes en l'air réussie. Il suffit d'aller voir sur n'importe quel article ou guide de la sexualité pour le constater : le sexe est réparti en plusieurs tranches différentes. D'un côté, les préliminaires : caresses, baisers, masturbation mutuelle, rapports oraux... Et de l'autre, la pénétration pénienne, qu'elle soit anale ou vaginale. Et si le rapport ne se solde pas par une pénétration, il est encore trop souvent considéré comme non-abouti.

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Préliminaires, un terme trompeur ?

L'idée n'est bien évidemment pas de se priver des cunnilingus et autres fellations, bien au contraire. Un sondage IFOP pour le magazine ELLE révélait en effet en 2019 qu'une femme sur deux souhaitait que ce moment dure plus longtemps. En revanche, de plus en plus de personnes estiment que le terme préliminaires n'a plus sa place dans la sexualité, à l'instar de la chroniqueuse sexo Maïa Mazaurette, qui dénonçait en 2020 dans les colonnes du Monde la hiérarchisation et la temporalité de la sexualité : "Les préliminaires induisent une temporalité spécifique, donc un ordre dans lequel le "bon sexe" se déroulerait." Un avis partagé par Virginie Koopmans, sexologue au CHR Val de Sambre à Sambreville, en Belgique, qui explique : "Même si les choses évoluent, nous avons été éduqués avec une vision du sexe qui se décompose en plusieurs parties : baiser, caresses, cunni/fellation, pénétration."

Or, selon la spécialiste, le terme préliminaires est "trompeur dans le sens où nous pensons qu'un préliminaire, c'est pour "se préparer" à la pénétration. Résultat, pour certains, ce n'est pas vraiment de la sexualité, puisque la sexualité est associée à la pénétration." Les différentes pratiques englobées dans le terme préliminaires jouent en effet un rôle important avant la préparation, puisqu'ils permettent de faire monter l'excitation, mais aussi d'avoir un effet "mécanique" sur le corps : érection, dilatation, lubrification. Mais, ils font tout autant partie de l'acte sexuel, et peuvent même se suffire à eux-mêmes pour permettre à tous les partenaires de prendre du plaisir. D'ailleurs, Virginie Koopmans l'affirme : "C'est encore difficile d'intégrer qu'une relation sexuelle, ce n'est pas seulement la pénétration. On risque pourtant de passer à côté de beaucoup de choses dans la sexualité : d'autres gestes, d'autres sensations, d'autres plaisirs..."

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"Les préliminaires, c'est un truc d'hétéros"

Par ailleurs, le fait de ne pas considérer le sexe oral, digital ou la masturbation comme de véritables relations sexuelles possède un caractère très invisibilisant pour les personnes qui pratiquent le sexe sans pénétration. En tant que femme lesbienne, Léonie en a ras-le-bol de voir qu'aujourd'hui encore, pour bon nombre de personnes, un rapport sexuel n'en est pas vraiment un sans le côté "pénis dans vagin" ou "pénis dans anus". "Je ne compte plus le nombre de personnes qui m'ont dit qu'avec ma compagne, on ne faisait "pas vraiment" l'amour, parce qu'il n'y avait pas de pénétration, parce que nous n'utilisons pas de godes. Ça sert d'argument aux homophobes, qui pensent qu'ils vont pouvoir nous faire virer de bord avec leur pénis magique, et c'est dangereux pour nous. Le terme “préliminaires”, c’est non seulement un truc d’hétéros, mais en prime, c’est hyper phallocentré."

Même combat pour Alice et Thibaut, qui ont une préférence marquée pour le sexe sans pénétration, en dépit de leur relation hétérosexuelle. "On le sait, dans notre couple, les gens s'attendent à ce qu'il y ait de la pénétration à chaque fois qu'on baise, ou presque. Mais entre Alice qui fait du vaginisme et moi qui ne suis pas plus fan de pénétration que ça, bah... Notre sexualité est nettement plus composée de masturbation mutuelle et de sexe oral. Mais on ne peut pas en parler à tout le monde, parce que certaines personnes font le raccourci et pensent que du coup, on ne couche pas ensemble."

Faut-il vraiment trouver un nouveau terme pour le remplacer ?

La créatrice de contenus sexo Masha Sexplique s'interrogeait il y a quelques mois sur la possibilité de trouver un nouveau terme qui regrouperait les différentes pratiques cataloguées en tant que préliminaires. "Et si on remplaçait le mot "préliminaires" ?" s'interrogeait-elle. "Pourquoi ce besoin de scinder la sexualité en deux temps : préliminaires puis pénétration ? Ça me dérange que toutes les pratiques sexuelles soient définies en fonction de la pénétration. J’essaye de dire au maximum "sexe digital, oral, pénétratif" lorsque je cible des pratiques précises mais je suis sure qu’il y a mieux encore."

© Twitter MashaSexplique
© Twitter MashaSexplique

La sexologue Virginie Koopmans s'est elle aussi posé la question, pour finalement la mettre de côté : "Le terme idéal pour remplacer "préliminaires ?" J’ai tenté de le trouver. Puis je me suis demandé pourquoi vouloir trouver un terme ? C’est juste faire l’amour. Il est vrai qu’il faut prendre le temps pour que le corps éprouve de l’excitation sexuelle. Mais déjà savoir que l’on entre dans un acte sexuel c’est déjà faire l’amour. Et c’est cela qu’il est important de savoir." La spécialiste estime en effet que "Cela permet de lâcher prise sur certaines choses, désacraliser la sexualité et l’orgasme. Je pense qu’il faut revoir cette idée de préliminaires et se dire que faire l’amour, c’est une multitude de choses. La pénétration n’est pas une finalité."

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