Irene (La terreur féministe) : Oui, le féminisme a déjà tué et continue de le faire

Carmen Barba
·4 min de lecture

Avec son manifeste La terreur féministe. Petit éloge du féminisme extrémiste (éd. Divergences), la militante Irene explique que le féminisme n’est pas toujours pacifiste. Le militantisme féministe a déjà tué.

Et si on arrêtait de dire que "le féminisme n’a jamais tué personne" ? C’est avec ce propos que la féministe Irene revient basculer le patriarcat. Celle qui s’est fait connaître en affichant ses menstrues dans le métro parisien, dans le but de dénoncer la précarité menstruelle, souhaiterait que l’on remette la violence au centre du débat. Car oui, le féminisme a tué et tue. Le dogme du "pacifisme tout-puissant" est éloigné des réalités socio-économiques auxquelles sont soumises les femmes.

Comment faire pour se défendre quand le système est défaillant ? Au travers d’histoires de femmes, la jeune femme explique que la violence est malheureusement la seule arme que disposent certaines d'entre elles.

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Ida, la grand-mère qui ne se laissait pas faire

La militante de 21 ans rapporte une expérience personnelle, celle de sa grand-mère Ida. Lorsque cette dernière se rendait au cinéma avec ses amies, c’est elle qui – à renfort de gifles et de cris – éloignaient les agresseurs. Face à un mari violent, elle n’a eu d’autres solutions que de le menacer de mort pendant son sommeil pour que celui-ci arrête de l’agresser. "L'idée, ce n'est pas de dire que le pacifisme ne marche pas. Malheureusement, l'option du pacifisme c'est dans de nombreux cas, un privilège. Il faut avoir la possibilité d'être pacifiste pour l'être", explique Irene. Qui peut reprocher à sa grand-mère de ne pas avoir eu les moyens financiers et légaux nécessaires pour employer une solution moins violente ?

À l’instar d’Ida, d’autres femmes n’ont pas eu d’autre choix que d’avoir recours à la violence pour se défendre. Comment solliciter de l’aide dans une société dominée par le patriarcat ? Car, comme Irene le souligne dans son manifeste, "lorsque les auteurs de viols et de féminicides sont remis en liberté, que peuvent faire les femmes ?".

L’exemple des violences conjugales

Pour étayer son propos, l'autrice s’appuie sur les chiffres relatifs aux violences conjugales. Dans une étude réalisée par la délégation aux victimes du ministère de l’Intérieur sur les morts violentes au sein du couple, en 2017, 16 hommes ont été tuées par leur compagne, dont onze avaient commis des violences antérieures sur elle. En France, entre 2012 et 2018, 78 femmes victimes de violences conjugales ont assassiné l’homme qui les maltraitait. Des chiffres qui ne sont pas sans rappeler l’histoire de Jacqueline Sauvage, qui a assassiné son mari après une vie de coups et de viols. Elle a finalement échappé à la prison en étant gracié par François Hollande. "Mais pourquoi ne parle-t-on pas des autres ?", écrit la militante.

En France, d'après les derniers chiffres du collectif féministes Nous Toutes, depuis le 1er janvier 2021, 12 femmes sont mortes tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. En 2020, "106 crimes ont été perpétrés et 90 victimes sont des femmes", a déclaré le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti. Et à Irene de terminer : "Le patriarcat est violent par essence. Et sa destruction le sera aussi... La violence comme outil du féminisme est tout simplement un moyen d'autodéfense, un moyen de survie."

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Faire taire les féministes radicales

Si l’on veut à tout prix apposer l’étiquette pacifiste au combat féministe c’est parce que, selon l'autrice, "on a toujours voulu faire croire aux femmes qu’on doit être gentilles, qu’on doit plaire, qu’on ne doit surtout pas avoir l’air méchantes, agressives, etc. Tout ça, c’est invisibilisé par le patriarcat, mais aussi par le féminisme qui n'arrive pas à assumer le fait de renverser tous les codes sociaux."

Pour elle, il faut arrêter d'invisibiliser les femmes qui ont employé la violence. "Car s'il est un moyen, il n'est pas une fin", claironne-t-elle en précisant toutefois qu'il faut arrêter de "parler d'une terreur féministe qui n'a pas lieu". Et de poursuivre : "Ça serait bien de dépenser notre énergie et nous concentrer sur la violence et la peur que les femmes et les minorités de genre ressentent depuis presque toujours, et tous les jours".

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