Journée mondiale du topless : poser seins nus sur Instagram, aussi libérateur que politique

Laetitia Reboulleau
·6 min de lecture
Topless woman covering bosom with both hands
© Getty Images

Cachez ce sein que je ne saurais voir ! Si la nudité féminine a toujours été exploitée par les hommes, que ce soit dans le cadre de l'art ou de la publicité, aujourd'hui, les femmes veulent reprendre ce pouvoir sur leur corps. Malheureusement, elles sont confrontées à une censure sexiste contre laquelle elles doivent lutter au quotidien, et qui s'ajoute aux préjugés sur leurs moeurs et leur morale. Des diktats que les féministes refusent d'accepter plus longtemps.

L'été est là, et sans surprise, il suffit d'ouvrir son compte Instagram pour faire défiler les photos de vacances, à la piscine ou à la plage. Des hommes torse-nu, des femmes en maillot de bain... Mais jamais de femmes seins nus. Sur Instagram, les tétons masculins sont les bienvenus, mais les tétons féminins sont persona non grata. Cette censure n'est pas estivale, loin de là, puisqu'elle perdure tout au long de l'année.

Pourquoi ? En 2015, Kevin Systrom, le patron d'Instagram, laissait entendre que la faute revenait à Apple. La censure des tétons féminins était selon lui imposée par la marque à la pomme, sous peine de faire disparaître l'application de l'Apple Store... Et donc de se priver de tous les adeptes des iPhones à travers le monde. La solution pour les personnes désirant se dénuder sur le réseau social ? Flouter, masquer ce petit bout de chair si innocent, mais centre du courroux des puritains.

Non, les seins ne sont pas un organe sexuel

Mais pourquoi les tétons des femmes subissent-ils un traitement différent de celui des hommes ? Parce que pour beaucoup, les seins sont considérés comme un organe sexuel. A tort, évidemment. Pourtant, c'est l'argument souvent opposé par les anti-féministes, notamment à l'encontre des Femen : "Si elles sortent les seins à l'air, moi je peux sortir le sexe à l'air". Le rapport ? On le cherche encore... Même s'il trouve probablement son origine dans notre bon vieux système patriarcal dans lequel le sein a été érotisé au maximum, au point que l'on en oublierait presque qu'il n'a aucunement sa place dans le système reproductif. Or, c'est cette version érotisée qui fait qu'on lui demande de rester caché. Et ce aussi bien en photo que pour une femme qui allaite, acte tout ce qu'il y a de plus naturel.

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La volonté de la société de pousser les femmes à cacher leurs seins ne trouve pas seulement dans cette érotisation. Si les femmes sont aujourd'hui plus indépendantes que jamais, pendant longtemps, elles étaient considérées comme la "propriété" des hommes, et perpétuellement ramenées à leur statut de fille, de femme ou de mère. C'est d'ailleurs toujours le cas aujourd'hui, puisque l'un des principaux reproches que l'on fait aux femmes qui se dénudent est généralement de l'ordre du "Qu'en pensera ton père / mari / enfant quand il verra ces photos où tu t'exhibes aux yeux de tous ?". Comme si qui que ce soit avait son mot à dire sur le corps d'une femme, à part elle.

Le mouvement de libération du téton

Si aujourd'hui encore, Twitter accepte sans problème la nudité – féminine ou masculine – ce n'est pas le cas sur Instagram, ou le moindre téton doit être dûment dissimulé. Une censure qui énerve les femmes, et en particulier les modèles photos qui posent pour du nu artistique. A l'heure où le réseau social remplace de plus en plus des portfolios, se priver de telles photos ou devoir les retoucher est aussi embêtant qu'injuste, selon les principales intéressées.

C'est le cas de "Little Miss Punchline", blogueuse féministe qui a régulièrement eu l'occasion de se déshabiller devant des photographes : "Cette censure sur Instagram, ça me révolte. Pour moi, c'est justement l'illustration que le corps féminin est tabou, tellement sexualisé par la société que le montrer apparaît comme subversif, provocateur, voire pornographique. Ça pose la question de la sexualisation des corps des femmes, et puis, c'est maintenir les femmes dans une position où elles ne peuvent pas contrôler leur corps." Elle va même plus loin en affirmant : "Cette censure participe aussi à une diabolisation du corps féminin, par sa sacralisation. Cette différence de censure entre les tétons masculins et ceux féminins participe de l'idée que les hommes et les femmes sont foncièrement séparé.e.s, différent.e.s..." Une preuve d'inégalité, donc.

Clémence Leclerc, photographe et modèle, va plus loin en dénonçant une forme évidente de sexisme, qui empêche les femmes de disposer de leurs corps : "Je pense que poster des photos de soi nue sur les réseaux sociaux quand on est une femme est un acte politique car c'est une manière de dire que notre corps nous appartient et qu'on en fait ce que l'on veut, comme on peut choisir de ne pas le montrer."

Les femmes photographes montent au créneau

Le sujet du "male-gaze" (regard masculin) sur le corps des femmes est aussi au centre de ce débat sur la libération du corps des femmes. Les pubs qui mettent en scène des corps dénudés, de même que les films ou les autres oeuvres, le font souvent dans le but de séduire les hommes, en priorité. C'est la raison pour laquelle de plus en plus de femmes photographes prennent le parti de s'affranchir de certains codes de la photo, pour montrer qu'un corps féminin nu peut être beau, touchant, élégant... Sans nécessairement être érotisé.

C'est ce que tient à d'ailleurs à faire Ludivine à travers son travail de photographe : "Une femme photographe peut donner, au travers de ses images, sa vision de la féminité. Personnellement, dans mon travail, j’aime photographier des corps différents et je ne recherche pas de physique en particulier. Je souhaite simplement que les personnes que je photographie se sentent bien dans leurs propres corps." D'autant que la portraitiste a une vision particulière de la nudité féminine : "Je pense que le fait de poser nue et de le poster sur les réseaux sociaux est un acte engagé. C’est d’une part mettre en avant le fait que l’on puisse s’accepter et accepter son corps et d’autre part c’est prendre le contrôle de son image et de son intimité. L’image de la nudité est un moyen d’exprimer son individualité." Et donc, de se libérer des carcans de la société.

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Des photographes telles qu'Océane Feld, Emma Boonne, ou encore Marie Ployart se démarquent de plus en plus dans cette photographie bienveillante, où les corps dénudés sont aussi différents que sublimés. Avec ou sans poils, cellulite ou bourrelets, cicatrices ou marques, quelle que soit la couleur de la peau... Une inclusivité essentielle pour rappeler que tous les corps sont beaux, et qu'aucun ne devrait avoir à se cacher pour exister en paix.

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