Le couple à l'épreuve du confinement : “Je crois qu’il avait peur, comme moi, qu’un second confinement marque la fin de notre histoire”

Lucile Bellan
·5 min de lecture

Comment vivent les couples qui partagent ensemble leur second confinement ? Quelles sont leurs appréhensions, leurs arrangements au quotidien ? Le lien s’est-il confirmé ou au contraire étiolé ? Le couple à l’épreuve du confinement raconte ces duos qui tentent, malgré un contexte difficile, de faire perdurer leur amour à l’ère d’une pandémie mondiale.

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Charlotte a 34 ans, elle est en couple depuis neuf ans avec Julien. Lui travaille dans l’informatique et elle dans l’édition. Au moment du premier confinement, ils se sont retrouvés à travailler ensemble dans leur appartement de 35 m² avec leur chat, Patate.

Je l’entendais rire avec son collègue au téléphone quand on venait de m’annoncer qu’un CDD dans mon équipe n’allait pas être reconduit.

La jeune femme se souvient que les premiers temps ont été difficiles : “Je n’arrivais pas à me concentrer avec ses bruits de clavier toute la journée. Julien a l’habitude d’avoir un grand bureau donc il prenait beaucoup de place sur notre table. Sans m’en rendre compte, j’ai fini par avoir des sortes de tics d’agacement dès qu’il faisait quelque chose. Je levais les yeux ou ciel ou je soupirais. Il s’en rendait compte évidemment et on a fini par souffrir chacun de notre côté avant que n’éclate la grande dispute.”

Charlotte est à ce moment là en pleine période de stress professionnel. “Je l’entendais rire avec son collègue au téléphone quand on venait de m’annoncer qu’un CDD dans mon équipe n’allait pas être reconduit. Je me suis mise à crier et à jeter tout ce que j’ai pu trouver par terre. On a discuté des heures, on s’est reproché mille choses et on a fini par admettre que c’était moins le manque d’amour notre problème que la trop grande promiscuité. On a mis en place des règles pour finir le plus sereinement possible ce premier confinement et on s’est autorisé à partir séparément pour souffler un peu pendant les vacances. Moi chez mes parents et lui chez les siens.”

Un deuxième confinement...

Ils passent un été apaisé et envisagent un temps de déménager dans un appartement plus grand avant de laisser tomber pour des raisons financières : “On aime vraiment cet appartement, même si ce n’est qu’un petit deux-pièces. Pour notre budget et notre mode de vie, il est assez parfait. Il n’est juste pas idéal si on envisage d’y passer l’intégralité de ses journées pour travailler. Mais en fait ça n’a jamais été le plan. Quand on a commencé nos recherches d’appartement, on s’est rendus compte qu’on était en fait en train de chercher un espace de travail et pas un espace de vie. On s’est dit que c’était assez nul et que de toute manière trouver les deux combinés n’était pas dans nos moyens.”

Quand j’ai réalisé qu’on allait être reconfinés, j’ai éclaté en sanglots.

Au mois de septembre, les amoureux sentent que la situation se tend à nouveau au regard de la pandémie. Leurs employeurs organisent des réunions pour l’organisation probable d’un nouveau confinement, officiellement pour prévoir chaque cas de figure.

“On sentait que c’était inévitable. Quand je l’ai vraiment réalisé, j’ai éclaté en sanglots. Je ne voulais plus de ces incertitudes, de ce stress et surtout de ce coworker bruyant qui prend toute la place. Julien a été plus philosophe. Il a tout de suite proposé de s’installer chez un ami et d’utiliser une dérogation pour qu’on puisse se voir de temps en temps. Je crois qu’il avait peur, comme moi, qu’un second confinement marque la fin de notre histoire. Ce qui serait c*n parce que, quand on n’est pas dans des circonstances pareilles, on s’aime à la folie et on a mille projets ensemble. Comme faire un enfant quand tout cela sera apaisé.”

Une nouvelle routine de télétravail

Charlotte refuse de se confiner seule et ils organisent plus sérieusement encore leur quotidien : “Je travaille dans la chambre le matin et lui l’après-midi, ce qui nous donne quelques heures par jour de travail sur la table avec une vraie chaise. On se retrouve aux repas et si on a besoin de faire une petite pause ou qu’on a besoin d’un câlin, de partager une blague ou de n’importe quelle forme de soutien, on s’envoie un message pour demander à l’autre s’il est disponible.”

On a décidé ensemble de ne plus en parler pour ne pas avoir des montées d’enthousiasme et des gros pics de déprime.

Le couple n’oublie pas de partager aussi des moments de complicité : “À 20h, on arrête complètement de parler travail et on essaye de partager des moments ensemble comme se poser devant une série ou jouer aux jeux vidéo en collaboratif. Au premier confinement, dans nos moments ensemble on parlait beaucoup de ce qu’on ferait après, de nos futurs voyages. Maintenant, on a décidé ensemble de ne plus en parler pour ne pas avoir des montées d’enthousiasme et des gros pics de déprime. Le but c’est de supporter tout ça… Et surtout de le supporter ensemble. Si on y arrive, on pourra dire qu’on aura bien mérité de le faire, ce bébé.”

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