Les amants du couvre-feu : "À chaque possibilité de rendez-vous, je me demande si j'ai tort d'y aller"

Lucile Bellan
·5 min de lecture
Les amants du couvre-feu
Les amants du couvre-feu

Depuis le 16 janvier, un couvre-feu est obligatoire à 18h dans toute la France. Dans Les amants du couvre-feu, célibataires et amants racontent comment ils arrivent à concilier contraintes sanitaires avec leurs vies amoureuses et sexuelles.

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Au début de la pandémie, Valentine avait relégué sa vie sexuelle au second plan : “J'avais rangé le dating et le sexe dans la catégorie ‘prise de risque non indispensable’, en me disant que quitte à voir des gens, je préférais voir mes amis et ma famille et renoncer au dating... Mais au bout de neuf mois, c'est compliqué !”

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Prendre son mal en patience pendant les confinements

Au début de l’année 2020, cette femme de 37 ans nouvellement célibataire redécouvre sa vie sexuelle : “J'avais l'impression de me trouver face à un océan de possibilités et de découvertes, ce qui était très grisant et m'épanouissait pleinement.” Pourtant, elle vit bien le premier confinement et ses contraintes : “J'appréhendais la solitude (vivant seule et bossant de chez moi), mais finalement cette période m'a beaucoup épanouie. Une fois digérée l'impossibilité de voir mes amis, ma famille ou d'éventuels partenaires sexuels, cette période a pour moi été très propice à la créativité. Je suis une personne plutôt introvertie, et j'ai trouvé mon équilibre facilement dans ce rythme, avec plein de nouvelles envies d'activités créatives. Je n'ai vu absolument personne, je ne sortais qu'une fois par semaine pour faire mes courses, et donc je ne me posais aucune question.”

Côté dating et sexe, j'avais mis tout ça entre parenthèses depuis mars, résignée à me dire que ce n'était pas ‘indispensable’ à ma vie.

Mais le second confinement est plus difficile à vivre pour Valentine : “J'avais du mal à trouver un équilibre entre le travail, mes envies, l'envie de voir des gens (qui semblait plus réalisable qu'au premier confinement). Au second confinement, je voyais de temps en temps mon amant le plus proche (géographiquement et sentimentalement), mais à part ça, côté dating et sexe, j'avais mis tout ça entre parenthèses depuis mars, résignée à me dire que ce n'était pas ‘indispensable’ à ma vie, et que je pouvais mettre cet aspect de ma vie en stand by le temps qu'il faudrait.”

“Le sexe sans autre arrière-pensée que le préservatif me manque”

Comme beaucoup de monde, Valentine trouve le temps long et, pour gérer au mieux sur le long terme, s’offre désormais quelques libertés : “Aujourd'hui, sans trop de perspective de déblocage, je trouve que cette parenthèse sexuelle est longue. J'ai parfois le sentiment de perdre ‘mes meilleures années’ sur cet aspect-là. Je commençais à découvrir une liberté qui m'épanouissait, et j'ai le sentiment de perdre le bénéfice de tout ce que j'avais commencé à effleurer. Du coup, je suis moins stricte sur cette période de ‘stand by’. Je vois toujours mon amant régulier, et je commence à envisager de revoir aussi une ou deux autres personnes. Mais contrairement à la pré-pandémie, seulement une à la fois. Le sexe sans autre arrière-pensée que le préservatif me manque. À chaque possibilité de rendez-vous (il n'y en a pas non plus trois par semaine hein), je me demande si j'ai tort d'y aller, si je suis irresponsable, si je ne me préoccupe que de mon petit plaisir. Je n'ai pas les réponses à ces questions !”

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“Je pense revoir seulement des personnes que je connais déjà”

Parce qu’elle travaille à son compte, la jeune femme organise son temps comme elle le souhaite. Le couvre-feu l’oblige donc à voir ses amants en journée. Elle envisage aussi de passer la nuit avec son partenaire de soirée mais n’imagine pas que cela puisse se faire avec un nouvel amant : “Pour un premier date, ça fait long ! Je réserverai donc ça aux partenaires que je connais déjà. D'ailleurs, en ce moment, je ne fais pas de nouvelles rencontres. Je pense revoir seulement des personnes que je connais déjà, ou que je redécouvre. J'ai par exemple un rendez-vous demain avec un ancien collègue de travail... Que j'ai par hasard découvert sous un angle très ‘nouveau’ dernièrement par messages. Je vais donc passer la nuit chez lui pour la toute première fois.”

Je profite des moments que je m'accorde, tout en me disant que c'est peut-être déjà de l’irresponsabilité.

Pour la suite, elle décide de décide de se laisser porter par l’instant, au présent : “J'ai tendance à prendre la vie au jour le jour. Je suis peut-être un peu (complètement ?) dans le déni, mais j'espère pouvoir faire de nouvelles rencontres dans les semaines ou mois à venir. Pour le moment, je profite des moments que je m'accorde, tout en me disant que c'est peut-être déjà de l’irresponsabilité.” Son objectif pour la suite est de trouver un équilibre entre bien-être personnel et risque sanitaire “en se rendant bien compte que c'est déjà un luxe”.

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