Largué.e, délivré.e : "Je ne suis pas la ratée que j’avais fini par croire que j’étais"

Lucile Bellan
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Largué.e, délivré.e :
Largué.e, délivré.e :

Vous vous rappelez de ce sentiment de vide quand il ou elle prononce l’irrévocabilité ? Pourtant, les ruptures, si elles peuvent apparaître insurmontables, nous apprennent toujours. Largué.e, délivré.e raconte ces moments de la vie où il a été question de se réinventer pour vivre une vie plus belle encore.

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Nora a 27 ans, elle est infirmière. C’est pendant ses études qu’elle rencontre Kenza et qu’elle débutent ensemble une relation amoureuse qui va durer trois ans. "On s’est vite mises à habiter ensemble pour réduire nos coûts de vie courante d’étudiantes fauchées. Mais en réalité, c’était aussi bien agréable de nous retrouver dès qu’on n’avait pas cours. Je me souviens vraiment des deux premières années comme d’une véritable lune de miel." Jusqu’à ce que Kenza se referme. Les blagues de sa compagne ne la font plus sourire, elle lève les yeux au ciel plus que de raison, quand ce ne sont pas des cris qui résonnent dans leur petit appartement. "Elle me reprochait beaucoup de ne pas m’engager plus pour nous permettre de changer de logement. Qu’on avait encore des vies d’étudiantes alors qu’on était devenues des adultes. Elle en avait marre de la façon dont je prenais les choses. C’était jamais assez bien et elle en parlait vraiment tout le temps", explique la jeune femme.

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Une rupture brutale et inattendue

Finalement, Kenza décide de quitter Nora : "Je savais qu’elle n’était pas heureuse mais je me raccrochais aux sentiments que j’avais pour elle. Quand elle m’a quittée, elle a exprimé tout ce qu’elle avait sur le cœur et c’était horrible pour moi. J’ai entendu combien elle me trouvait immature, pas assez classe, pas assez ambitieuse. Je lui faisais honte en fait. J’ai trouvé ça hyper violent." Nora reste sans voix. Son ancienne petite amie prend ses affaires et quitte leur studio.

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Quelques jours après la séparation, Nora trouve le courage d’en parler à des amies proches qui la soutiennent : "Elles me disaient que c’était mieux pour moi et que je finirais par le voir. Mais comme j’étais en train de m’enfoncer dans la déprime, l’une d’entre elles a proposé que je m’installe chez elle un petit moment. C’est là que j’ai lâché mon appartement." En faisant ses cartons, la célibataire se rend compte qu’elle ne possède pas grand-chose. "Kenza avait déjà bien tout vidé. Voir que je n’avais pas beaucoup d’objets à déménager m’a bizarrement fait du bien. Je me suis dit que j’étais légère et que me reconstruire allait être plus facile."

Pendant quelques semaines, j’entendais encore sa voix me dire qu’il ne fallait pas faire ci ou ça. Quand ça s’est arrêté, c’était magique.

Un mal pour un bien ?

Sa colocation se passe bien et Nora retrouve petit à petit le goût de rire. "C’est venu doucement. Et puis un jour, je me suis rendue compte que je ne pensais plus à elle. C’est là, avec cette prise de conscience, que j’ai recommencé vraiment à vivre". Sans son ancienne amante à ses côtés, enfin à nouveau heureuse, la jeune femme réalise combien cette relation lui avait pesé : "La vie sans elle, c’est comme s’il s’était instantanément mis à faire beau tout le temps. On était tout le temps ensemble et elle râlait vraiment beaucoup. Rien n’allait, moi ce n’était jamais assez bien. Pendant quelques semaines, j’entendais encore sa voix me dire qu’il ne fallait pas faire ci ou ça. Quand ça s’est arrêté, c’était magique. J’étais enfin redevenue moi-même. Et j’étais heureuse et le soleil brillait au-dessus de ma tête et sur mon avenir."

Les gens se font souvent du mal et c’est ce qu’on a fait. Je ne souhaite cela à personne.

Nora prend alors des décisions pour la suite. "Je sais que Kenza trouverait ça mieux que je reprenne mon indépendance et que je quitte la colocation, que je trouve un appartement à moi avec au moins deux pièces que je me mettrais à décorer. Mais j’ai trouvé un équilibre dans la vie avec quelqu’un avec qui je m’entends bien et la décoration ne m’intéresse toujours pas plus. Je me dis maintenant que j’espère juste trouver quelqu’un qui m’aime avec mes défauts et mes qualités, en colocation avec une amie, avec un travail qui ne paye pas super bien mais que j’adore, avec une chambre pas super bien décorée mais toujours une idée pour passer un bon moment. J’ai mis un peu de temps à le réaliser mais je ne suis pas la ratée que j’avais fini par croire que j’étais. Je n’étais juste pas la bonne personne pour Kenza comme elle n’était pas la bonne personne pour moi. Quand c’est comme ça, les gens se font souvent du mal et c’est ce qu’on a fait. Je ne souhaite cela à personne."

Pour le moment, Nora est toujours célibataire. Mais elle rêve à son prochain amour : "Ça viendra quand ça viendra. Et, cette fois, il sera question d’accepter l’autre autant qu’on s’accepte. Ce sera doux, j’en suis sûre."

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