Les amants du couvre-feu : "Ces relations avec mes sexfriends sont aussi belles que celle que je pourrais avoir avec un compagnon"

Lucile Bellan
·5 min de lecture
Les amants du couvre-feu
Les amants du couvre-feu

Depuis le samedi 16 janvier, un couvre-feu est obligatoire à 18h dans toute la France. Dans Les amants du couvre-feu, célibataires et amants racontent comment ils arrivent à concilier les contraintes sanitaires avec leurs vies amoureuses et sexuelles.

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En mars 2020, Lou avait une relation suivie avec un homme. Ils partageaient des sentiments mais son insistance sur certains sujets et une tendance au chantage ont marqué la fin de leur histoire. Ils se sont quittés au début du premier confinement : "J'ai réalisé que mon dernier rapport datait de fin janvier, et que je n'en aurai plus avant des semaines ou des mois. J'ai donc expérimenté la période d'abstinence la plus longue depuis la perte de ma virginité, quatre longs mois".

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Ne pas prendre de risque pendant le confinement

Lou se souvient d’avoir particulièrement pris ses précautions à cette période : "Au premier confinement, on ne savait pas grand-chose sur le virus. C'était la psychose. Je respectais bien les recommandations officielles, donc je n'ai pas revu mes anciens partenaires, qui étaient de toute façon confinés pour la plupart avec leur compagne. Je n'ai pas voulu prendre le risque de faire de nouvelles rencontres pour ne pas être contaminée." Au second confinement, elle s’organise au mieux avec ses sexfriends : "J'ai vu deux à trois fois par semaine un partenaire qui habite dans mon quartier et a une autorisation professionnelle lui permettant de se déplacer partout et à toute heure. Il passait après le travail avant de retrouver sa femme (ils sont en couple libre). J’ai donc eu de la chance. Au-delà du sexe, c'est le contact de la peau, les discussions qui me font beaucoup de bien et m'aident à supporter cette période où la vie sociale et culturelle est si restreinte."

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S’organiser pour avoir des rapports sexuels pendant le couvre-feu

La jeune femme voit toujours ce partenaire une à deux fois par semaine. En ce qui concerne les autres rencontres, elle s’organise comme elle peut autour des contraintes du couvre-feu : "L’un d’entre eux a une autorisation professionnelle pour se déplacer, même la nuit, donc il passe me voir en sortant du travail, puis repart en VTC. Un autre est disponible le matin, donc je peux m'organiser pour passer le voir avant mes réunions en télétravail, et je prends mon PC avec moi sur place, au cas où. Parfois, la pause déjeuner peut servir à ça aussi. Et pour mon amant régulier dans mon quartier, il a toujours son autorisation professionnelle, donc il passe me voir après le travail et repart ensuite chez lui, rejoindre Madame. Je fais donc en sorte de ne pas avoir de réunions après 16h30 ou 17h, et je reprends le travail (à domicile) après son départ à 18h."

C'est une année perdue pour la culture et de nombreuses professions, mais aussi pour les célibataires.

Lou se sent chanceuse de pouvoir continuer à avoir ces relations, malgré les contraintes liées à la pandémie : "Je suis reconnaissante de pouvoir avoir du sexe, des câlins de qualité, ce contact charnel, et nos discussions, malgré le contexte compliqué. C'est une chance que je savoure, car je pense que ces shots d'endorphine et d'ocytocine m'aident vraiment à garder le moral. En effet, je suis célibataire, je vis seule. Les rencontres sont quasiment impossibles avec le froid, le masque, les bars, restos, lieux culturels fermés. Et ça dure depuis presque un an ! C'est une année perdue pour la culture et de nombreuses professions, mais aussi pour les célibataires. À moins, comme le recommandent Claudia et Mélanie de Self Love Project, qu'on profite de cette période pour travailler sur l'estime de soi et sur des projets personnels. C'est ce que je fais. Ainsi, trouver le grand amour n'est plus ma priorité. Il me trouvera... Ou pas, ça ira quand même."

Trouver le grand amour n'est plus ma priorité. Il me trouvera... Ou pas, ça ira quand même.

Des liens plus forts grâce à la crise

Cette situation particulière révèle aussi parmi ses relations actuelles des attentions insoupçonnées : "On communique beaucoup. Au moindre symptôme, au moindre doute, on reporte. C'est une transparence que j'apprécie beaucoup. Ainsi M m’avait aidée à récupérer un meuble et le transporter chez moi, on devait faire des câlins ensuite. Mais il m'a dit : ‘J’en meurs d'envie, vraiment. Mais j'ai dîné avec des amis récemment, je ne veux prendre aucun risque. Attendons sept jours pour voir si j'ai des symptômes ou si l'un de mes amis est cas contact.’ Cette prudence, ce respect vis-à-vis de moi et de mes proches fragiles, m'ont beaucoup touchée. C'est aussi à ça qu'on reconnait la qualité d'une relation. Pour moi, ces relations avec mes sexfriends sont aussi belles que celle que je pourrais avoir avec un compagnon."

Bien entourée, consciente des risques, Lou voit la suite sereinement. Comme elle l’a fait précédemment, elle fera au mieux dans le respect des règles. Et si de nouveaux rendez-vous s’avèrent impossibles, elle s’adaptera : "La masturbation uniquement, sinon, c’est bien aussi".

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