"Depuis le port du masque obligatoire, je complexe beaucoup plus de mes yeux"

Wassila Djellouli
·Journaliste lifestyle
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Crédit Getty images
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En cachant la partie inférieure de notre visage, le masque anti-covid zoome sur la zone du regard. Une mauvaise nouvelle pour celles qui sont sujettes aux cernes, poches ou autres signes de fatigue. Alors, depuis l'année dernière, des tendances surprenantes font leur apparition sur les sites de vente en ligne, dans les cabinets de médecine esthétique et même... sur TikTok.

Tout le monde s'accorde à dire qu'il est difficile de rencontrer l'âme sœur en ces temps de pandémie. En plus de la fermeture des lieux de sociabilité, des confinements et autre couvre-feu, se montrer sous son meilleur jour dans la rue n'est pas vraiment d'actualité. La faute au masque, ce petit accessoire qui nous protège de tout, même des regards flatteurs. Surtout lorsque nos yeux, seule partie du visage visible, ne sont pas notre atout principal. Léonie, Parisienne de 34 ans qui aime jouer de son sourire et de ses fossettes, a vite compris que le masque ne serait pas son allié : "J'ai un petit strabisme convergent, et j'ai tendance à avoir des poches sous les yeux, alors être jugée seulement sur cette partie de mon physique ne me met pas en confiance", explique-t-elle. Et il semblerait que ses craintes se vérifient. "Je ne suis plus du tout regardée dans la rue, et les gens que je connais me trouvent toujours un air fatigué, surtout quand je poste des photos de moi avec mon masque sur les réseaux sociaux". Depuis, la trentenaire a développé une petite obsession pour ses ridules naissantes et ses poches.

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Le "zoom boom", ou la dysmorphophobie due à la webcam

Et elle ne serait pas la seule dans ce cas. Pour preuve, selon le site Refinery29, les demandes de chirurgie esthétique au niveau des yeux seraient en nette progression, du moins aux Etats-Unis. Ainsi, Sarah Quinn, directrice médicale de l'Arcadia Wellness Center a observé une "augmentation de près de 30 % du nombre de personnes demandant des injections (Botox® autour des yeux ou lifting des sourcils au Botox®) dans le milieu et le haut du visage" en Arizona. Outre le port du masque, cette évolution s'expliquerait également par le phénomène du "zoom boom", dû à la généralisation des réunions sur l'application Zoom. Contrairement à ce qu'il se passe lors de réunions classiques, il est possible d'y voir son propre visage à la webcam, souvent filmé sous un angle peu flatteur, avec une lumière crue et des ombres trompeuses. De quoi se focaliser sur les signes de fatigue et de vieillissement.

Une revue scientifique spécialisée parle même de pandémie de dysmorphophobie. "Lors de conversations réelles, nous ne voyons pas nos visages parler et afficher des émotions, et nous ne comparons certainement pas nos visages à d'autres comme nous le faisons lors d'appels vidéo [...] Contrairement aux selfies fixes et filtrés des réseaux sociaux, Zoom affiche également une version inédite de soi en mouvement, un auto-représentation que très peu de gens ont l'habitude de voir au quotidien. Cela peut avoir des effets importants sur l'insatisfaction corporelle...". Alors pour remédier à tout cela, les cabinets des chirurgiens esthétiques seraient pris d'assaut.

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Les cernes, la dernière tendance beauté sur TikTok

Vincent Masson, chirurgien esthétique à Paris, voit cependant une autre explication à cette ruée : "Beaucoup de gens viennent consulter car ils ont plus de temps, et accessoirement plus d'argent que d'habitude, grâce notamment à l'annulation des vacances et des sorties". Autre raison invoquée par le spécialiste : le télétravail, qui pour ceux qui échappent aux réunions Zoom, permet une plus grande discrétion. "Parfois, le projet de blepharoplastie (ndlr : opération de chirurgie esthétique permettant de corriger des problèmes de paupières tombantes) leur trotte dans la tête depuis longtemps, mais il était compliqué de le concrétiser à cause du temps de convalescence, des cocards etc. Beaucoup de gens profitent d'être chez eux pour le faire".

Si elle ne souhaite pas passer par la case chirurgie esthétique, Alia, Montpelliéraine de 29 ans, a décidé de mettre le paquet sur les soins et le maquillage de la zone du regard. "Je prends beaucoup plus de temps pour dessiner mes sourcils, faire mon trait d'eyeliner le matin, et j'ai plus tendance à mettre de la couleur". Bien des femmes semblent avoir opté pour cette stratégie : selon le cabinet d’études Group NPD, si les ventes de rouges à lèvres haut de gamme sur Internet ont chuté de 58 % en avril 2020 (par rapport à avril 2019), celles du maquillage des yeux a fait un bond de 116% avec en première ligne le mascara (+ 150 %).

Mais certaines tendances maquillage prennent complètement le contre-pied des complexes actuels. Leur credo en cette période où beaucoup ont la mine pâle et fatiguée : inverser les valeurs et rendre les cernes super hype. C'est en tous les cas ce qu'a souhaité une jeune américaine du nom de Sara-Marie Carstens, en lançant cet hiver un tutoriel sur Tiktok pour les intensifier !

Fini le camouflage de ce que l'on considère comme des imperfections, il s'agirait même pour celles qui n'en n'ont pas d'en dessiner sous leurs yeux à l'aide d'un crayon. Devenue un véritable phénomène dans le monde entier, sa vidéo a fait des millions de vues. De quoi changer radicalement de regard... sur notre propre regard.

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