Qu'est-ce que le pré-couple, concept popularisé par la téléréalité qui inspire les jeunes ?

Wassila Djellouli
·Journaliste lifestyle
·6 min de lecture
(Crédit photo : Getty Images/500px)
(Crédit photo : Getty Images/500px)

Laboratoire plus ou moins réaliste des relations humaines, la téléréalité a vu naître un nouveau rite de passage vers l'amour : le pré-couple. Une phase de séduction avancée mais sans véritable engagement, dont la portée sociologique est plus importante que ce que l'on pourrait imaginer.

“On est en pré-couple avec Greg à partir de ce soir”, annonçait Maeva Ghennam des Marseillais Asian tour le 10 avril 2019, avant d'offrir au jeune homme un chaste baiser sur la joue. Popularisé par la téléréalité, le concept de “pré-couple” désigne la phase de rapprochement et de test précédant la relation amoureuse. Une période de séduction avancée, marquée par les taquineries, les compliments, les regards appuyés ou encore les petites attentions. "On essaye, on voit comment ça se passe. C'est un pré-couple, c'est pas un couple. C'est à dire que je vais être attentionné pour toi, que je vais t'amener le petit-déj'. On sort de la friendzone, c'est beau", expliquait alors Greg à Maeva.

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Une proposition qui avait rassuré la jeune femme, soucieuse de ne pas se brûler les ailes : “Comme on est trop amis, je veux prendre mon temps. Si je me mets avec toi, je veux être sûre à 100% car je ne veux pas gâcher notre amitié", avait-elle ainsi déclaré devant toute la villa.

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Une phase qui rassure les protagonistes et plaît aux téléspectateurs

La plupart du temps, ce sas avant le couple prend fin au moment du premier baiser, souvent échangé devant les caméras et sous les yeux ébahis des autres candidats, au sein des téléréalités. Les pré-couples s'y forment souvent à la vitesse de l'éclair. Parfois pas pure stratégie de la part des candidats, bien au fait des rouages de la production : “Ceux qui le font vont plus intéresser les téléspectateurs et auront plus de temps d'antenne. Ils n'ont pas intérêt à arrêter un choix de partenaire, car il faut un peu de rivalités et de suspense. S'ils officialisaient, cela tournerait vite aux petits couples plan-plan, et deviendrait moins intéressant”, décrypte à ce sujet la sociologue Nathalie Nadaud-Albertini.

Pour moi c'est la phase la plus intéressante ! Rien n'est encore consommé ni acté, mais tout est établi sans se le dire.

Mais le réflexe de nouer ce genre de relation tient aussi à la nature humaine selon l’auteure de 12 ans de téléréalité... au-delà des critiques morales : “Les candidats qui arrivent dans une maison ont besoin d'attaches. Ce n'est pas naturel d'arriver sur un lieu inconnu, d'être filmé etc, donc il leur est nécessaire de trouver des personnes avec qui partager des affinités, sans savoir tout de suite si elles sont amoureuses ou amicales. Le lien se définit au fil du temps...”. À la question “avez-vous déjà été en pré-couple ?”, beaucoup de personnes non consommatrices de ce type de programmes froncent les sourcils. Pourtant, bien que le terme soit nouveau, nombreux sont ceux à s’être prêtés à l’exercice, même loin de la téléréalité. “Pour moi c'est la phase la plus intéressante !”, explique Vivien, 33 ans. “Rien n'est encore consommé ni acté, mais tout est établi sans se le dire”.

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Exclusivité ou pas exclusivité ?

“C'est top cette période, c'est tout tendre et mignon mais rien d'acquis”, corrobore Arnaud, qui estime avoir beaucoup été en pré-couple au cours de sa vie. Pourtant, le célibataire de 30 ans reconnaît qu'il peut s'agir d'une période délicate : “Tu n'es pas officiellement en couple donc la personne ne te doit rien, mais ça te gonflerait de la voir flirter ailleurs”. Au sujet de l'exclusivité au sein des pré-couples, les règles sont encore incertaines : certains estiment qu'elle est due lors de cette phase, d'autres qu'il n'en est rien en l'absence de réelle officialisation. “Si je flirte avec une fille et que je sens qu'il y a quelque chose, je ne me vois pas aller voir ailleurs”, explique Arnaud. “J'espère tomber sur une nana qui respecte ça aussi, mais si elle va voir ailleurs, je ne peux rien dire au risque de passer pour un rageux (sic)”.

Il y a recherche du partenaire idéal, on a presque un comportement de consommateur, en comparant avant de s'engager. On peut même avoir une sorte de vertige des possibles : le choix devient compliqué car il y a trop de choix, cela s'appelle le ‘mal de l'infini’ en philosophie.

“Il y a exclusivité lorsqu'il y a de réels sentiments, quand c'est honnête”, estime Vivien. “Mais il arrive que l'un joue, et dans ce cas-là, le pré-couple est une excuse pour alléger sa conscience afin de voir d'autres personnes”. Cette phase est dans ce cas plutôt un moyen de poser une option sur quelqu'un qui nous plaît, sans s'engager véritablement. La sociologue Nathalie Nadaud-Albertini y voit un lien intéressant avec les sites de dating, où l'on discute et/ou rencontre plusieurs personnes que l'on met en concurrence les unes avec les autres. “Il y a recherche du partenaire idéal, on a presque un comportement de consommateur, en comparant avant de s'engager. On peut même avoir une sorte de vertige des possibles : le choix devient compliqué car il y a trop de choix, cela s'appelle le ‘mal de l'infini’ en philosophie”.

L'invention du terme “pré-couple” pour désigner la phase de séduction avant le couple est à ses yeux révélatrice d'une problématique nouvelle à l'ère de l'individualisme contemporain : à partir de quand peut-on estimer que l'on est en couple ? “Avant, on l'était quand on était fiancé, ensuite au moment où l'on couchait ensemble. Aujourd'hui, c'est aux personnes elles-mêmes de trouver d'autres éléments pour définir le fait qu'elles soient en couple”. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les téléréalités auxquelles on reproche souvent d'être vulgaires, semblent avoir redonné en ce sens au baiser sur les lèvres une dimension sacrée.

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