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Non, les agresseurs sexuels ne vont pas "en garde à vue direct" ou en prison, n'en déplaise à Michel Sardou

Ce samedi 16 mars 2024, Michel Sardou, qui a récemment annoncé prendre sa retraite, a donné un concert à Paris La Défense Arena. Le chanteur a tenu des propos polémiques sur le consentement qui ont poussé certaines spectatrices à quitter la salle.

PARIS, FRANCE - JUNE 09: Michel Sardou performs at L'Olympia on June 9, 2013 in Paris, France. (Photo by David Wolff - Patrick/Redferns via Getty Images)
Non, les agresseurs sexuels ne vont pas "en garde à vue direct" ou en prison, n'en déplaise à Michel Sardou. (Photo by David Wolff - Patrick/Redferns via Getty Images)

"Je vais vous chanter une chanson qu’on ne pourrait plus écrire aujourd’hui", a débuté Michel Sardou, pour introduire son titre "Je vais t'aimer", lors du concert qu'il a donné ce samedi 16 mars 2024 à Paris La Défense Arena. Le chanteur, qui a récemment annoncé prendre sa retraite à l'issue de sa tournée actuelle, le 30 mars, a déclaré : "Un jeune homme qui pose sa main sans son consentement sur la main d’une femme, c’est garde à vue direct. S’il a l’audace de vouloir poser sa main ailleurs, là, c’est Fleury-Mérogis (prison en Essonne ; ndlr) !" Et d'ajouter : "J’en ai bien profité mais pour les jeunes de maintenant, ça ne va pas être de la tarte."

Très peu de victimes portent plainte

La "plaisanterie" de Michel Sardou a fait grincer des dents dans le public, et certaines spectatrices ont quitté la salle pour manifester leur désapprobation, comme l'a rapporté Le Parisien. En plus de ne pas avoir fait rire une partie de son propre public, les propos de Michel Sardou sont très loin de la réalité. Car, en effet, pour qu'il y ait une garde à vue, encore faut-il que les victimes se rendent au commissariat. Ainsi, selon l’enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité, seules 2% des personnes de 18 à 74 ans victimes de violences sexuelles hors cadre familial portent plainte auprès des forces de sécurité. Ce taux atteint 6% pour les violences sexuelles physiques (viol, tentative de viol, agression sexuelle) contre 2% pour les violences sexuelles non physiques (harcèlement sexuel, exhibition sexuelle).

Et si certaines hésitent à s'y rendre, c'est parfois en partie en raison de l'accueil qui leur est fait. En effet, selon une enquête réalisée en 2021 par le collectif féministe Nous Toutes, "66 % des répondantes font état d’une mauvaise prise en charge par les forces de l’ordre lorsqu’elles ont voulu porter plainte pour des faits de violences sexuelles." Les témoignages ont rapporté une banalisation des faits, un refus de prendre la plainte, une culpabilisation de la victime, des moqueries ou encore du racisme lors du dépôt de plainte. De quoi dissuader, malheureusement, les victimes de faire appel aux forces de l'ordre.

"Le doute profite à l'accusé"

Ensuite, déposer plainte ne mène pas directement à une garde à vue. Encore faut-il que le suspect soit identifié. Aussi, très peu de plaintes déposées pour violences sexuelles aboutissent à la condamnation de l'accusé. En effet, notamment en ce qui concerne les plaintes pour viols, de nombreuses affaires sont classées sans suite par manque de preuves.

En 2017, 76 % des enquêtes pour viol ont été classées, selon les statistiques du ministère de la Justice fournies au Parisien. "L’affaire est classée sans suite par manque de preuves, et ce petit bout de phrase est essentiel, ça ne veut pas dire que ça n’a pas eu lieu", explique Valérie Duez-Ruff, avocate au barreau de Paris, à l'Obs, avant d'ajouter : "Le doute profite à l’accusé. On préfère un coupable en liberté qu’un innocent en prison."

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