La positivité toxique, ce comportement plein de bonnes intentions qui peut avoir des effets néfastes sur la santé mentale

Katia Rimbert
·Journaliste
·5 min de lecture

L’enfer est pavé de bonnes intentions. La positivité toxique aussi. Mais qu’est-ce que c’est exactement ? C’est une attitude qui peut avoir de lourdes conséquences sur la santé mentale de votre interlocuteur, notamment pendant la crise sanitaire. Une sorte de déni de son mal-être et de sa détresse, enrobé de petites phrases toutes faites. Explications.

Ce n’est pas un oxymore mais un comportement que vous avez peut-être malgré vous et sans penser à mal ou bien que vous subissez sans vous en rendre compte. La positivité toxique, c’est une injonction à rester optimiste en toute circonstance. Une positive attitude à l’excès, une sorte d’interdiction d’être malheureux, une censure du sentiment de tristesse, une concentration sur les aspects positifs de la vie en mettant sous le tapis tout ce qui ne va pas… Qui peut faire des ravages.

La psychiatre Gayani DeSilva la définit comme “une positivité non-sincère pouvant engendrer des souffrances inutiles et des incompréhensions” sur le site Health. De son côté, Heather Monro - spécialiste de la santé mentale des jeunes adultes - y voit “l'idée que nous devrions nous concentrer uniquement sur les émotions positives et les aspects positifs de nos vies. C'est la conviction que si nous ignorons les émotions ou moments difficiles, nous serons beaucoup plus heureux", comme on peut le lire dans cet article du Huffington Post américain.

Ces mots qu’il ne faut plus dire

La positivité toxique se manifeste notamment par tout un tas de petites phrases et d’expressions qui peuvent paraître anodines mais qui ne le sont pas tant que ça. “Ça aurait pu être pire, tu vas t’en sortir”, “Vois le bon côté des choses”, “Ça va aller, ça passera avec le temps”, “Il n’y a pas mort d’homme”, “Reste positif, la négativité n’apporte jamais rien de bon”, “Tu n’as pas le droit de te plaindre, il y a des gens qui souffrent vraiment”... Autant de choses que vous avez surement déjà entendu ou dites en cas de coup dur, que ce soit lors de la perte d’un proche, d’une grosse dispute avec un.e ami.e, d’un problème d’argent, d’une opportunité professionnelle manquée ou encore d’une rupture amoureuse.

“Nous avons appris à faire usage de ce genre de phrases parce que c'est une façon simple de se sortir d'une situation inconfortable ; cela nous évite d'avoir à refléter le malheur d'une autre personne, ce qui nous permet d'induire un état de bonheur en nous plutôt que de ressentir ce qu'elle ressent”, explique-t-elle Daria Kuss, professeure agrégée de psychologie à l'Université Nottingham Trent et experte en psychologie émotionnelle, à Refinery29.

Silencier le mal-être

Concrètement, la positivité toxique, c’est cet.te ami.e qui vous veut du bien et tente de vous faire aller de l’avant, de vous faire voir le verre à moitié plein. Sauf que cela s’infiltre insidieusement en vous et ne vous permet pas de passer par l’étape clé pour guérir : l’acceptation de ses émotions et de sa souffrance. En faisant cela, la personne en face ne reçoit aucun soutien et cela peut avoir des conséquences néfastes sur sa santé mentale parce qu’on passe sous silence son ressenti, on ne la laisse pas s’exprimer, mettre des mots sur ses soucis, les intégrer, les digérer... Un sentiment de culpabilité ou de honte peut aussi naître alors qu’on ne le répètera jamais assez : vous avez le droit d’être triste, les femmes autant que les hommes ont le droit de pleurer et personne ne doit minimiser votre douleur quelque soit l’événement qui l’ait provoqué.

“Cela peut avoir des conséquences sur le long terme, notamment si l’on encourage une personne à ne pas évoquer ses problèmes. Se sentir connecté et écouté par les autres et l’un des plus puissants antidotes contre la dépression et l’anxiété, alors que l’isolement va au contraire, nourrir ces problèmes émotionnels. Souvent, dissimuler ou nier des sentiments peut amener plus de stress sur le corps et une difficulté à gérer les émotions bouleversantes”, affirme Heather Monro.

Comment rendre la positivité efficace

Ce qu’il faut faire ? Écouter votre interlocuteur, c’est déjà un immense pas, et le rassurer en lui disant : c’est ok de dire que cela ne va pas bien, tout n’est pas toujours rose dans la vie et ce n’est pas grave. La psychothérapeute américaine Whitney Hawkins Goodman donne quelques exemples de phrases qu’on peut dire dans ce genre de situation, sur son compte Instagram @sitwithwhit. “C’est normal de ressentir ça dans cette situation” ou “Il est probablement très difficile de voir le bien dans cette situation, on donnera un sens à tout cela plus tard”, voilà le genre de phrases bien plus à propos qu’il faudrait avoir dans ces cas-là.

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Si on vous en parle, c’est tout d’abord pour prendre conscience de ce phénomène souvent inconscient mais aussi parce que ce dernier peut être encore plus dévastateur à cause de l’isolement et de l’anxiété générés par la pandémie de coronavirus. Alors pensez-y la prochaine fois qu’un.e pote vous appelle en pleurs ou vous raconte sa dernière déconvenue.

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