"Une expérience traumatisante", "J'ai honte d’avoir donné la vie"... Les violences obstétricales et gynécologiques ont augmenté pendant la crise sanitaire

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(Crédit photo : Getty Images)
(Crédit photo : Getty Images)

Le collectif Tou.te.s Contre les Violences Obstétricales et Gynécologiques (TCVOG) a réalisé une enquête dans toute la France pour mesurer l’influence de la pandémie de coronavirus sur les naissances, le suivi de grossesse et l’après-accouchement. Il a dévoilé des conclusions alarmantes et recueilli de très nombreux témoignages édifiants de femmes enceintes ou de jeunes mères.

Pendant le confinement, de nombreuses femmes ont révélé avoir subi des violences médicales et psychologiques pendant la naissance de leur bébé en pleine pandémie mondiale. De nombreux récits ont été partagés, notamment sous le hashtag #MonAccouchementCovid. Le collectif Tou.te.s Contre les Violences Obstétricales et Gynécologiques a mené une enquête nationale auprès des personnes enceintes ou ayant accouché en France et en Outre-Mer pendant la crise sanitaire. Le but ? Savoir comment elles avaient vécu leur grossesse, leur accouchement et leur post-partum pendant cette période inédite mais aussi mesurer l’impact du coronavirus sur la prise en charge médicale et les protocoles effectués en maternité.

Une sorte de honte d’avoir donné la vie, un cauchemar auquel j'ai dû faire face seule...

2727 femmes ont été interrogées, dont 75% qui avaient déjà accouché et 25% qui étaient enceintes au moment de leurs réponses. Parmi les répondantes, une minorité d’accouchements était à haut risque (11%) et seules dix femmes ont été testées positives au Covid-19. Données importantes, pour ce qui va suivre.

Les résultats de l’enquête, publiés en juillet 2020, sont édifiants. "Une expérience traumatisante", "une sorte de honte d’avoir donné la vie", le sentiment d’être "infantilisée et culpabilisée", "impact psychologique catastrophique", "personnel en sous effectif, épuisé, méprisant", "aucun soutien moral pour un premier accouchement", "un cauchemar auquel j'ai dû faire face seule"... Voici quelques-uns des près de 2000 témoignages reçus par le collectif.

Avant l’accouchement, le stress était déjà "énorme" pour 60% de futures mères. En cause ? 27% des préparations à l’accouchement annulées, les changements de protocole ou de lieux de naissance en dernière minute ou encore l’incertitude quant à la présence d’un accompagnant pour 69% des sondées. Une appréhension qui s’est poursuivie pendant le travail.

Plus de violences obstétricales pendant la crise sanitaire

Le rapport de TCVOG est formel : les violences obstétricales et gynécologiques (VOG) ont augmenté depuis le début de la pandémie. Des actes médicaux comme une épisiotomie ou un toucher vaginal ont été pratiqués sans consentement pour 71,4% des sondées et avec très peu voire pas d’informations sur les gestes ou opérations qui allaient être effectués. Certaines femmes ont subi une péridurale défaillante (13%), se sont vu imposer (21 femmes) ou refuser (22 femmes) la péridurale tandis que trois femmes ont eu un "point du mari", acte fortement décrié et interdit sans consentement. Plusieurs mamans n’ont pas eu le droit de boire ou de manger ou n’ont pu choisir leur position pendant la phase d’expulsion du bébé.

Cela a fini avec une épisiotomie et on ne m'a même pas prévenue, je ne l'ai su qu'au moment où le médecin m'a recousue.

"Le toucher vaginal par le gynécologue était très douloureux. Je n’ai reçu que peu d’explications sur la césarienne.", rapporte une jeune maman. "C’était très dur à gérer surtout que je devais rester allongée pour le monitoring alors que je gérais mieux les contractions debout. 34h de travail en tout dont 18 sans péridurale. Plus de 9 heures sous perfusion d'ocytocine. Sonde urinaire à demeure. J'ai failli avoir une césarienne car ma fille ne s'engageait pas dans le bassin et ça me terrorisait", confie une autre. "Cela a fini avec une épisiotomie et on ne m'a même pas prévenue, je ne l'ai su qu'au moment où le médecin m'a recousue. Je l'ai soupçonné pendant l'accouchement car je l'ai entendu demander les ciseaux mais j'étais tellement paniquée par ce qui allait suivre que je n'ai pas demandé", révèle une troisième. On dénombre également 25% de déclenchements dont 7% justifiés comme mesures Covid.

Face à ce constat alarmant, le collectif a publié une carte de France des violences obstétricales. "Nous savons que les violences obstétricales sont malheureusement généralisées en France. Le Covid-19 a aggravé la situation", affirme Sonia Bisch, fondatrice et porte-parole du collectif qui demande "une remise en cause des professionnels de santé afin qu’ils comprennent que préserver la santé physique mais aussi la santé psychique des mères est important pour préserver les liens avec leur enfant".

Les conséquences psychologiques des protocoles chamboulés

Le port du masque pendant l’accouchement a notamment été imposé à 46% des femmes. Une mesure sanitaire qui pourrait avoir entraîné des complications dans certains cas comme le suggère le rapport. "Au cours de l’accouchement, le port du masque pendant la poussée a été un frein pour la prise d’air et une bonne poussée. Le médecin a donc dû avoir recours aux forceps", raconte une jeune mère. Et là où il y a un problème, c’est que 95% des répondantes affirment ne pas avoir été testées pour savoir si elle avait le Covid-19.

L’interdiction d’être accompagnées par le papa ou une autre personne pendant et parfois après l’accouchement a aussi été très dur à vivre pour les 11% concernés. De toutes jeunes mamans avouent n’avoir pu voir leur bébé qu’après plusieurs heures de vie tandis que leur conjoint n’a pu le voir que plusieurs jours après sa naissance.

On a l’impression de s’être fait voler nos premiers jours de jeunes parents. C’est très dur à encaisser.

"Je n’ai pu voir mon bébé que 15h après ma césarienne !" ; "Étant dans une chambre seule, je ne comprends pas pourquoi mon mari n’a pas pu être confiné dans ma chambre, ce qui m’aurait permis de bénéficier de son soutien et, à lui, de vivre les quatre premiers jours de vie de son fils. J’ai vraiment le sentiment qu’on nous a volé son début de vie…" ; "L’accompagnant devant partir après l’accouchement, je me suis retrouvée seule avec le bébé jusqu'à la sortie, c’était difficile. Ne pas avoir de visite de l'aîné était difficile moralement" ; "Le fait que le papa soit parti 2h après l’accouchement a été très dur et violent émotionnellement… J’ai beaucoup pleuré car il me manquait énormément et j’étais très fatiguée de gérer notre bébé sans lui. On a l’impression de s’être fait voler nos premiers jours de jeunes parents. C’est très dur à encaisser", sont autant de témoignages collectés par TCVOG.

Des signes de dépression post-partum plus importants

Le post-accouchement n’a pas non plus été facilité. Les interrogées déplorent une détérioration des soins après naissance (rendez-vous de suivi annulés, mise en place de l’allaitement plus compliquée, manque d’accompagnement psychologique, solitude en suite de couches à cause d’un personnel médical débordé ou de l’absence du papa à la maternité…).

Si une étude avait déjà révélé que le coronavirus augmenterait les risques de dépression post-partum, l’enquête le confirme puisque 75% des sondées en présentent des signes ou ont des symptômes de stress post-traumatique : la tristesse, la colère, le sentiment de solitude, le manque d’appétit, la répétition du film de leur accouchement en boucle, les insomnies, les troubles de la concentration ou encore le sentiment de détachement du bébé. "Nous suspectons que les interventions impromptues ont généré des signes de stress post-traumatique et des dépressions post-partum. Les ratios sont presque doublés chez les femmes ayant eu une péridurale défaillante, une césarienne non-programmée, une épisiotomie, une expression abdominale ou une révision utérine”, peut-on lire dans le document qui souligne également une "augmentation de près de 15% des signes en cas d’absence de l’accompagnant."

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