Les tampons en crochet, l'alternative qui peut déclencher un choc toxique

Katia Rimbert
Journaliste
Les tampons en crochet, l'alternative qui peut déclencher un choc toxique (c) Getty Images/iStockphoto

Les tampons en crochet faits main sont soi-disant écolos, zéro déchet et plus économiques que d’autres protections hygiéniques. Pourtant, de nombreuses questions se posent en matière de santé publique. Alors, fausse bonne idée ?

On nous le vend comme un produit d’avenir, qui va changer le quotidien des femmes chaque mois tout en sauvant la planète. Sur Etsy notamment, on trouve des dizaines de professionnels et particuliers qui vendent des créations pas comme les autres : des tampons réutilisables en crochet. Oui, ce sont des protections hygiéniques 100% fait main, souvent en coton bio et teintées avec des colorants organiques.

Une fabrication non encadrée

L’idée, c’est d’en finir avec le nombre colossal de déchets que génèrent les serviettes hygiéniques et tampons traditionnels. Fini les boites, les emballages et les applicateurs. Ces tampons tricotés sont zéro déchet puisqu’ils sont lavables et réutilisables pendant cinq ans comme l’affirment certains fabricants. Autre argument de vente : les tampons faits maison sont garantis “sans produits chimiques” par plusieurs vendeurs, qui promettent ainsi à leurs futures clientes de “réduire le risque d’infection” notamment comparé à la cup. Et ils sont vendus (seulement) quelques euros le lot.

Tampons réutilisables en crochet 100% coton, vendus sur Etsy. (c) Etsy / EcoFriendlyGift4You

On était à deux doigts de crier au génie, même si ça nous dégoûtait quand même un peu de se dire qu’on allait insérer une sorte de mini bonnet dans notre vagin. Sauf que ces protections périodiques ne sont pas vraiment reconnues par les autorités sanitaires. Puisque n’importe quelle personne peut les réaliser et les vendre sur des plateformes d’artisanat, il n’y a aucun contrôle des matériaux utilisés ou des précautions hygiéniques à prendre pour confectionner et emballer les produits. Et ce d’autant plus si le tampon réutilisable est mal nettoyé.

Tampons en crochet colorés vendus sur Etsy. (c) Etsy / ShareMyPassion

Un risque de développer le syndrome du choc toxique

Mais d’ailleurs, quelles sont les recommandations pour le nettoyage ? “Lavage est à la main dans l’eau froide avec un détergent doux, rincer abondamment, et sécher à l’air pour éviter les taches permanentes”, peut-on lire sur le site d’un vendeur qui précise “pour désinfecter, tremper dans un mélange de vinaigre et d’eau pendant 15 minutes suivi de votre routine de lavage normale”.

Les tampons DIY présentent donc un risque de générer un choc toxique chez les femmes qui l’utilisent. Un quoi ? Le SCT (Syndrome du Choc Toxique) est une maladie infectieuse tristement d’actualité, notamment depuis le décès d’une Belge de 17 ans il y a quelques semaines suite au port prolongé d’un tampon hygiénique. Elle peut survenir pendant les menstruations, lorsqu’un tampon ou une coupe menstruelle sont gardés trop longtemps dans le vagin. En cause, une toxine qui peut se développer chez une personne porteuse de la bactérie du staphylocoque doré et entraîner des troubles vasculaires intenses, pouvant conduire à l’amputation ou à la mort.

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