Regret Maternel : un tabou éclaboussé par un nouveau chiffre

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Young tattoed mother and father with newborn baby sitting in their kitchen and having fun together

Une étude polonaise montre que 14% des sondés regrettent leur paternité. À l'heure où la question du "regret d'avoir eu des enfants" reste très taboue au sein de la société, les langues commencent à se délier. 

Peut-on regretter d’être parent ? En 2021, cette question peut faire hérisser les poils de beaucoup. Le regret maternel constitue l’un des grands tabous de notre société. Si le regret paternel existe bien sûr, les femmes sont souvent victimes de la pensée d’"une seule destinée féminine", pour reprendre les propos de l’autrice Chloé Chaudet. À ce titre, les mères peuvent être reléguées au ban de la société si elles osent exprimer un regret. 

Une étude publiée dans la revue scientifique polonaise Plos One dévoile un nouveau chiffre : 14% des sondés regrettent d’être devenus parents. Les derniers sondages avançaient qu’ils étaient 10%. 

14% des parents d’enfants de moins de 6 ans

Cette étude polonaise a été réalisée sur deux groupes de 1 175 et de 1 280 personnes ayant eu au moins un enfant. Résultats : 14 % des parents ayant un enfant d’en moyenne 6 ans et demi répondent qu’ils choisiraient une vie sans enfant. Quant à ceux ayant un enfant d'en moyenne 3 ans, ils sont 10,7 % à avouer regretter d’être parent.

À noter que cette étude polonaise intervient dans un contexte polémique pour le droit à l’IVG en Pologne. En janvier dernier, le gouvernement polonais a validé l’arrêt du Tribunal constitutionnel sur la quasi-interdiction de l’avortement dans le pays. Les femmes polonaises ne peuvent plus avorter sauf en cas de viol ou d’inceste, ou lorsque la vie de la mère est en danger.

Vidéo. "Oui, c'est possible de regretter d'être mère"

Un ouvrage coup de poing en 2015

En 2015, Orna Donath, docteure en sociologie et enseignante à l’Université Ben Gourion du Neguev en Israël, publie l'étude "Regretting Motherhood : A Sociopolitical Analysis", traduite en français aux éditions Odile Jacob. La chercheuse a donné la parole à 23 mères, âgées de 25 à 75 ans, en leur posant la question suivante : “Si vous pouviez revenir en arrière dans le temps, avec la connaissance et l’expérience que vous avez aujourd’hui, seriez-vous une mère ?”, les mères interrogées ont répondu l’implacable : "non".

Orna Donath a nuancé les résultats en soulignant que la maternité peut être “une source de satisfaction personnelle, de plaisir, d’amour, de fierté, de joie et de contentement”, mais aussi être, en même temps, “un royaume de stress, d’impuissance, de frustration, d’hostilité et de déception, ainsi qu’une arène d’oppression et de subordination”. 

Cette enquête référence a jeté un pavé dans la mare. L’année suivante, un sondage réalisé en Allemagne par YouGov, a révélé que 73 % des Allemands ayant des enfants ne regrettent pas leur décision, 7 % sont indécis et 20 % - pères comme mères – expliquent que même s'ils aiment leurs enfants, en regardant en arrière, donner la vie a été pour eux une erreur. L'étude d'Orna Donath a suscité des débats houleux. La sociologue a défendu sa recherche en expliquant que "contester les systèmes de pouvoir", est avant tout un "signal d'alarme" qui devrait "appeler les sociétés à en faire plus pour faciliter la tâche des mères […] et à revoir notre conception de la femme assignée à la maternité".

Plus récemment, sur Twitter, le hashtag #regretmaternel a fait émerger des témoignages de mères. Sur Instagram, le compte "Le regret maternel" illustre de la difficulté de soulever le problème au sein de notre société. 

Le regret s’explique

Si le sujet est sensible, les chiffres doivent être analysés à la lumière de plusieurs facteurs. Le chercheur Konrad Piotrowski de l'Institut de Psychologie de l'université SWPS de Poznań (Pologne), qui a mené l’étude, explique que le regret provient de différents facteurs dont les principaux sont les difficultés financières et la relation de couple instable.

Vidéo. Illana Weizman parle du tabou du post-partum

Chez les femmes s’ajoute une autre source de frustration : le modèle de la mère parfaite brandi par la société. Dans son ouvrage : "Ceci est notre post-partum", Illana Weizman a tenté d’expliquer le poids invisible que les femmes endossent au moment de devenir mères. Souvent présentée comme "magique", la maternité peut s’avérer plus problématique dans les faits. La sociologue pointe la société patriarcale qui bâillonne la parole des femmes avant, pendant et après la grossesse. Des non-dits qui illusionnent. De son côté, Chloé Chaudet professeure de littérature et auteure de "Je ne veux pas être mère", demande à ce que "l’on déconstruise le préjugé tenace d'une seule destinée féminine", à savoir la maternité. 

Regretter mais aimer

Si la récente étude polonaise éclaire sur un phénomène que l’on a tendance à vouloir laisser dans l’ombre, il est important d’insister sur un point. Si les sondés expriment des regrets sur leur parentalité, ils n’affirment pas pour autant ne pas aimer leur enfant.

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