Vampires émotionnels : "Même en plein deuil, ma meilleure amie voulait que je gère ses problèmes"

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Two female friends sitting on sofa and arguing with each other

Certaines personnes nous vider de la moindre goutte de notre énergie... sans rien nous apporter de bénéfique. Surnommées les "vampires émotionnels", elles usent et abusent de la gentillesse de leur entourage sans jamais leur rendre la pareille. Les victimes ce genre de relations en gardent un souvenir souvent amer, voire traumatisant.

Échanger et discuter avec ses ami·e·s est l'occasion de passer un bon moment, de recharger ses batteries. Et si une personne de votre entourage a un coup dur, il devrait vous paraître normal de lui apporter toute l'aide possible. Seulement voilà, certaines personnes mal intentionnées ont pour mauvaise habitude d'abuser de la gentillesse et de la bienveillance de leur entourage. Vous avez sans doute déjà été confronté·e à ce genre de personnalité : quelqu'un qui a toujours des problèmes, quels qu'ils soient, toujours besoin de se plaindre, toujours besoin d'aide. Mais dès que la situation s'inverse et que vous avez besoin d'un coup de pouce, il n'y a plus personne.

Ces individus sont couramment qualifiés de "vampires émotionnels", ou de "vampires psychiques". Ils et elles ne vous sucent pas le sang, mais pompent votre énergie, jusqu'à vous laisser émotionnellement épuisé·e par la situation. Un comportement toxique qui n'est pas sans conséquences. 

"J'ai ruiné deux ans de ma vie à prendre soin de mon ancienne meilleure amie"

Valentine* a rencontré Elsa* lorsqu'elles étaient toutes les deux étudiantes en communication. Elles ont eu un coup de foudre amical, mais au bout de quelques années, la jeune femme a commencé à réaliser que leur amitié était peut-être seulement à sens unique. "Mon ancienne amie était l'archétype de la nana parfaite. Belle, séduisante, enjôleuse... Les filles voulaient être son amie, les mecs sortir avec elle, et moi, je l'adorais. Seulement voilà, elle avait toujours des soucis, que ce soit à cause d'histoires de mecs, de disputes avec ses amis ou encore sa famille. J'avais l'impression qu'elle vivait dans une tragédie perpétuelle, alors je faisais tout pour être présente au maximum. Je ne compte plus les nuits où elle m'appelait en sanglots à 4 heures du matin, les soirées à lui courir après en boîte de nuit parce qu'elle buvait trop et faisait n'importe quoi, et même les moments où j'ai dû appeler les pompiers parce qu'elle menaçait de se suicider."

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À l'époque, Valentine pense son amie dépressive, l'encourage à se faire soigner et reste présente pour elle. "Honnêtement, dans mon entourage, personne ne pouvait la piffrer. Tout le monde la trouvait toxique. J'imagine que de mon côté, je n'ai pas vu les signaux. Pendant deux ans, j'ai été son amie, sa mère, sa sœur, sa confidente, sa garde du corps. Jusqu'au jour où j'ai eu à mon tour besoin d'aide". En 2016, Valentine traverse une période difficile : elle se sépare de son compagnon et perd son père dans la foulée. "Non seulement, elle a refusé de m'accompagner à l'enterrement, mais en prime, elle m'a reproché de ne pas avoir été joignable pendant plusieurs jours, alors qu'elle s'était disputée avec son plan cul du moment. Comme une conne, je me suis excusée, avant de me prendre un électrochoc : je n'avais rien fait de mal !" Très affectée par ses problèmes, la jeune femme commence à voir un psy, qui lui confirme rapidement que l'attitude de sa meilleure amie n'a rien de normal. "J'ai essayé de lui mettre des limites, mais elle ne les a jamais acceptées. J'ai fini par couper les ponts, sous un torrent d'insultes et de menaces. Depuis, ça va mieux, même si elle continue régulièrement à faire des incursions dans ma vie. Grâce à la thérapie, j'ai découvert que j'avais ruiné deux ans de ma vie à prendre soin d'elle. Quel gâchis".

"J'ai dû prendre la fuite pour ma propre santé mentale"

Une histoire qui fait écho à celle de Lison*. En 2019, elle fait une rencontre qui change sa vie. "Un très bon ami à moi a monté un duo musical avec une chanteuse dont je suis devenue très proche. À cette époque, cette dernière était en arrêt de travail pour burn-out, en dépression, et très amoureuse de mon ami qui ne le lui rendait pas". La jeune femme a donc décidé de prendre sa nouvelle amie sous son aile : "J'ai voulu faire la sauveuse. J'ai intégré cette fille dans toute ma vie, elle s'est intégrée en quelques semaines dans mon groupe d'amis, je l'ai emmenée en week-end, on se voyait au moins trois fois par semaine, et j'étais disponible jour et nuit pour elle dès qu'elle ne se sentait pas bien ou qu'elle avait besoin de parler. Ça me prenait beaucoup d'énergie, mais notre relation est vite devenue fusionnelle et je ressentais le besoin de l'aider sans cesse".

Seulement voilà, Lison est une maman solo qui commence à fréquenter une nouvelle personne. "Manque de bol, j'ai eu une grosse peine de cœur. J'ai tenté de lui en parler, étant en totale confiance avec elle". Et si elle pense pouvoir faire confiance à son amie, elle déchante rapidement. "Elle m'a dit que si j'étais malheureuse, je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même, le tout dans une violence verbale inouïe. Je suis rentrée chez moi sidérée et j'ai ressenti le besoin de m'éloigner au moins quelques jours". L'histoire ne s'arrête pas là, puisque son amie n'a pas compris ce besoin d'éloignement. "Elle m'a écrit au bout de deux jours pour me dire qu'elle ne comprenait pas ce qu'il se passait, qu'elle voulait me parler et me voir, et je lui ai dit à ce moment-là que je n'étais pas prête, que ma sidération s'était transformée en colère et en rancœur, et que j'avais besoin de digérer de mon côté. On a fini par se voir 15 jours après et, alors que j'ai tenté de reparler de ce qu'il s'était passé, elle ne prêtait aucune attention à mes propos, et m'a coupée pour pouvoir parler de ses problèmes en attendant de moi que je l'écoute comme d'habitude, ce que j'ai fait sur le coup. Une fois seule, je me suis dis que ça n'était pas sain".

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Quelques jours plus tard, elle reçoit des messages agressifs : "Les reproches pleuvaient sur moi, et elle m'a listé toutes les choses que je ne faisais pas assez, et comment j'étais moi-même responsable de mon mal-être. J'ai choisi de définitivement couper les ponts à ce moment-là, six mois après notre rencontre donc. Le problème étant qu'elle était et est devenue proche de ma bande d'amis. J'ai essayé d'en mettre certains en garde, sur le côté vampirique que j'avais vécu, mais j'ai été celle qui a été exclue et que l'on n'invitait plus parce que'elle était présente". Une situation qui a heureusement depuis été renversée, mais qui reste très traumatique pour Lison. 

Vampire émotionnel : un terme à éviter selon les psychologues

Si le terme "vampire émotionnel" est évocateur, des spécialistes de la santé mentale invitent à faire preuve de prudence quant à son utilisation. C'est notamment le cas de Stéphane Rothen, psychologue et psychothérapeute spécialisé en thérapies cognitives et comportementales (TCC) aux Hôpitaux Universitaires de Genève. "Il n'y a pas vraiment de concept comparable au 'vampire émotionnel', dans les diagnostics psychiatriques. C'est du langage populaire, une façon de décrire les gens", explique ce dernier, n'hésitant pas à comparer ce phénomène à celui des fameux "pervers narcissiques". "Il faut être prudent quand on utilise ce genre d'expression, parce qu'il y a un risque de réification. On a facilement tendance à dire : 'Cette personne est dépressive', 'Cette personne est schizophrène'... C'est très dangereux pour monsieur et madame tout-le-monde de faire ces catégories-là, parce qu'on enferme les gens dans des étiquettes. Je comprends que c'est utile pour certaines personnes de se dédouaner en disant : 'Je me suis fait piéger par un vampire émotionnel', mais ce n'est utile que pour soi et ça pose plein de questions éthiques'".

Pourquoi ? "Parce que cela change les comportements que l'on a par rapport aux personnes étiquetées", affirme le spécialiste. "On va vouloir agir uniquement en conséquence de cette étiquette, alors qu'on peut totalement se tromper. À ce titre-là, plutôt que de mettre des étiquettes, mieux vaut exprimer sa souffrance personnelle et se faire aider par un·e professionnel·le." C'est en effet selon lui une bonne solution pour pouvoir guérir d'une relation avec un "vampire émotionnel" : "La seule chose que je peux dire sans pathologiser la victime, c'est que quand on est dans ce genre de relation, si on n'arrive pas tout seul à couper les ponts, il faut se faire aider par un·e spécialiste. C'est la manière selon moi la plus pertinente de se faire aider. Cela permettra de trouver des ressources pour couper les ponts, ou tout simplement pour mettre des limites, qui pourront parfois permettre à la personne qualifiée de 'vampire émotionnel' de changer d'attitude".

* Dans un souci d'anonymat, les prénoms ont été changés

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