A quel âge est-on vraiment heureuse ? "Je ne comprends pas pourquoi la trentaine fait peur à autant de femmes"

Young woman celebrates a thirty years birthday

Et s'il y avait un âge pour être heureuse ? Selon une étude récente, et contrairement à la pensée populaire, ce n'est pas à 20 ans que les femmes sont les plus heureuses. L'épanouissement total arrive un tout petit peu plus tard.

"Tu ne seras jamais aussi heureuse que pendant ta vingtaine." Qui n'a jamais entendu cette phrase dans sa vie, et par la même occasion, culpabilisé de ne pas avoir une existence idéale à peine entré dans l'âge adulte ? Entre le quotidien parfait des (jeunes) influenceuses et les hashtags tels que #ThatGirl qui cartonnent sur les réseaux sociaux, difficile de ne pas avoir l'impression d'avoir raté sa vie quand tout ne fonctionne pas comme sur des roulettes, très vite. Et bien souvent, le passage aux 30 ans représente une véritable appréhension, comme si l'on devait tout avoir accompli avant de passer à une nouvelle dizaine de bougies.

Pourquoi veut-on avoir tout fait avant 30 ans ?

Mais pourquoi, pourquoi ce cap des 30 ans est-il si redouté ? Au-delà du fait de changer de décennie, cela reste indéniable : à 30 ans, on est toujours jeune, on a toujours la vie devant soi. Mais cet anniversaire reste souvent difficile, en particulier pour les femmes. Et selon la sociologue québécoise Julie Villard, c'est à cause de notre société actuelle. "Il n'y a pas de réelles données pour dire à quel âge les femmes sont plus heureuses, mais une chose est sûre, celles qui s'inquiètent du passage à la trentaine sont nombreuses. Pourquoi ? Tout simplement parce que dans notre société, les femmes ont, encore aujourd'hui, une date de péremption."

Dans la génération des baby-boomers, une femme de 30 ans était généralement une femme mariée, avec des enfants. Sinon, elle était vite considérée comme une vieille fille. "Certaines personnes continuent à penser qu'une femme de plus de 30 ans est moins fertile, trop vieille pour être une "jeune mariée"... Résultat, il y a plein de jeunes femmes qui se mettent la pression pour fonder une famille avant leurs 30 ans, de peur de passer à côté de quelque chose si elles ne le font pas. Alors qu'en réalité, l'âge moyen pour un premier accouchement était de 30,8 ans selon l'Insee, en 2020."

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Une date de péremption à oublier

Pour la sociologue : "Les femmes doivent se départir de cette impression d'avoir une date de péremption pour être plus épanouies. Et ça, ça arrive généralement après le cap des 30 ans, lorsqu'elles réalisent que rien n'a changé dans leur vie, et qu'elles ne sont pas à un an près." Cette réalisation, Léa l'a connue en plein milieu du premier confinement. "J'ai fêté mes 30 ans en avril 2020, en plein milieu du premier confinement. Je venais de me séparer du mec que je pensais épouser, et dans ma tête, c'était la catastrophe. 30 ans, célibataire, sans enfant... J'avais l'impression d'être une ratée. Puis j'ai commencé à réfléchir à tout ce que j'avais accompli, histoire de relativiser. Et en fait, ça m'a fait l'effet d'un coup de poing en pleine figure : ma vie jusqu'à maintenant a été plutôt géniale. J'ai un job que j'adore, j'ai fait le tour du monde, j'ai des super amis. Je suis heureuse, avec ou sans enfant, et peut-être qu'un bébé m'aurait empêchée de profiter de certaines opportunités."

Loin d'être childfree, la jeune femme envisage toujours une maternité, mais a arrêté de voir ça comme une pression absolue : "Ma vie ne ressemble pas du tout à celle que j'imaginais quand j'avais 20 ans, et c'est beaucoup mieux comme ça. Je continue à avoir envie d'un bébé, mais je me mets moins de blocages par rapport à ça. Quand je pense qu'il y a deux ans encore, je me disais qu'il fallait absolument que je sois avec quelqu'un depuis au moins 5 ans avant d'envisager de me marier et de tomber enceinte... Aujourd'hui, je suis avec mon amoureux depuis seulement quatre mois, et on parle déjà d'une grossesse pour l'année prochaine. C'est une envie, mais on ne se met pas la pression, et c'est tellement plus agréable comme ça !"

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"Je n'ai jamais compris les gens qui regrettaient leurs années lycée"

Nella, 37 ans, a toujours eu la certitude qu'elle serait plus heureuse passé le cap des 30 ans. "On dit toujours que les années de lycée, de fac, sont les meilleures années de notre vie. À galérer niveau thunes, avec des gens que l'on n'apprécie pas forcément, et une société qui nous considère encore comme des enfants, vraiment ?" Contrairement à toutes ses amies, cette Australienne installée à Paris a toujours eu hâte de fêter ses 30 ans. "Je ne comprends pas pourquoi la trentaine fait peur à tant de femmes. Pour moi, 30 ans c'était l'âge adulte, bien plus que 20 ans. J'était sûre d'avoir suffisamment avancé dans ma vie pour pouvoir véritablement profiter, et c'est exactement ce qu'il s'est passé."

Cette constatation n'est pas si surprenante : une enquête publiée dans la revue scientifique Social Indicators Research, l'âge auquel les femmes sont les plus heureuses oscille entre 30 et 34 ans. "Difficile d'expliquer pourquoi", confirme la sociologue Julie Villard. "Mais il y a des tas de choses que l'on peut évoquer pour justifier ce phénomène. Plus de maturité, une prise de conscience qu'il n'y a pas que la jeunesse et la beauté qui comptent pour être heureux... Personnellement, je pense que l'on est moins superficiel à 30 ans qu'à 20 ans, et que c'est plus facile de se contenter de ce qu'on a plutôt que de rêver à ce que l'on pourrait avoir." Et c'est peut-être tout simplement ça, la recette du bonheur.

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