Au Brésil, le gouvernement prône l’abstinence avant le mariage pour lutter contre le VIH

Katia Rimbert
Journaliste
Au Brésil, le gouvernement prône l’abstinence avant le mariage pour lutter contre le VIH

Bienvenue en 2020. Dans ce monde merveilleux où l’on peut encore tenter de réduire le nombre de grossesses chez les (très) jeunes et réduire la propagation du sida en martelant qu’il ne faut pas avoir de rapport sexuel avant les noces. C’est ce qu’il est en train de se passer au Brésil.

Y aurait-il une confusion entre éducation sexuelle et conviction religieuse ? C’est en tout cas la question qu’on se pose quand on découvre la campagne de sensibilisation destinée aux jeunes Brésilien.n.e.s, portée par la ministre des Droits de l’Homme, de la Famille et des Femmes du pays, et pointée du doigt par le New York Times.

Cette dernière n’est autre que Damares Alves, une pasteure évangélique qui ne voit visiblement pas d’un très bon oeil les relations sexuelles hors mariage. Bon, ça c’est un point de vue, chacun est libre de penser ce qu’il veut. Et le Brésil est un pays catholique. Mais là où cela pose problème, c’est qu’au lieu de faire de l’éducation sexuelle, le gouvernement de Jair Bolsonaro - l’actuel président - préfère promouvoir l’absence de rapport sexuel. Et par la même occasion, distille une conviction religieuse dans sa politique.

L’abstinence comme moyen de contraception

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que le but de cette campagne est double. Elle a été pensée à la fois pour faire diminuer le nombre d’adolescentes et mineures qui tombent enceintes (on en dénombrait 62 naissances pour 1000 en 2019, selon le rapport des Nations Unies, contre une moyenne mondiale de 44 pour 1000) mais aussi l’augmentation des personnes atteintes du VIH.

Sauf que quand on contraint, ce n’est jamais bon. Voire cela peut avoir l’effet inverse : ça pousse à vouloir dépasser les interdits, simplement par esprit de contradiction. Mais surtout, ça n’éduque absolument pas les jeunes ni aux différents moyens de contraception existants (hormis l’abstinence évidemment) ni au port du préservatif pour se protéger du sida. Ça fausse donc le discours et ça en devient dangereux - n’ayons pas peur des mots - en matière de santé publique.

Blâmer au lieu d’éduquer

Parce qu’on est à la limite de la désinformation, en sous-entendant que ne pas faire l’amour est la solution pour ne pas attraper le sida (et donc que la réciproque est vraie aussi, merci les gars) et que pour ne pas avoir une grossesse non désirée la seule chose qu’on puisse faire c’est de ne pas céder au plaisir de la chair. Pour certains spécialistes de santé américains, cette campagne occulte aussi complètement les sexualités homosexuelle et bisexuelle.

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