"Door Ajar", une pratique sexuelle dangereuse ? "Un inconnu qui propose ça, c'est un énorme red flag"

La pratique du
La pratique du "door ajar" consiste à inviter un inconnu à entrer chez soi pour faire l'amour sans l'avoir vu. © Getty Images

Inviter un·e inconnu·e chez soi, laisser la porte entrouverte pour qu'il puisse rentrer, et l'attendre nu·e sur son lit pour faire l'amour. Tel est le concept du "door ajar", une pratique sexuelle récemment mise en lumière et qui peut paraître particulièrement excitante. Seulement voilà, au-delà de l'excitation, impossible de ne pas pointer du doigt les dangers qui l'accompagnent. D'autant qu'elle est principalement proposée par des hommes cis qui peuvent se montrer très insistants.

Tout a commencé avec un article de la version US de Vice, qui évoquait la tendance du "door ajar", que l'on pourrait traduire en "porte entrouverte". Le principe ? Des coups d'un soir totalement anonymes, où l'un des partenaires attend l'autre les yeux bandés sur son lit, la porte entrouverte, pour faire l'amour avec un inconnu dont on n'aurait même pas vérifié l'identité, au moment de l'accueillir chez soi. L'idée peut paraître aberrante, et pourtant, il s'agit d'un fantasme très répandu, même si ceux qui passent à la pratique semblent encore relativement rares.

Dans les colonnes de l'article, un certain Dan, homme gay de 32 ans, évoque "l'excitation d'entendre la porte s'ouvrir" et "les sens exacerbés" par le fait d'avoir les yeux bandés. Sur le papier, le concept est effectivement excitant, et permet d'avoir des coups d'un soir de façon totalement anonyme, sans avoir à faire la conversation avec un·e inconnu·e alors que chacun des concernés veut la même chose : une bonne partie de jambes en l'air. Depuis, l'article de Vice a été repris par de nombreux médias à travers le monde, et l'idée intéresse de plus en plus de monde sur les sites de rencontre. Du moins, du côté des "donneurs". Moins des receveurs.

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"Ça te dit de m'attendre chez toi les yeux bandés ?"

Dans le milieu kinky (adepte de pratiques sexuelles qui sortent du cadre "classique", ndlr), le "door ajar" se pratique beaucoup en club libertin, ainsi que nous le confirme Max*, qui officie dans un club parisien. "Lorsque la porte des pièces dédiées au sexe est entrouverte, les habitués savent qu'il s'agit d'une forme d'invitation et qu'ils peuvent se joindre aux festivités. Cela permet de réaliser ce type de fantasme en toute sécurité, avec des personnes qui connaissent les règles de ce genre de pratique. Mais je n'imagine pas grand-monde faire ça chez soi..."

Une constatation partagée par Erika*, 33 ans. "En club, j'ai déjà accepté de coucher avec des hommes que je n'avais pas vus, les yeux bandés, parce que je sais qu'on ne laisse pas rentrer n'importe qui. Mais faire ça chez moi avec un inconnu d'un site de rencontre ? Jamais. J'imagine tellement de façons dont ça pourrait mal tourner... Des vols, des personnes qui auraient menti sur leur apparence, qui décideraient au dernier moment de retirer la capote sans me prévenir, qui me filmeraient sans mon consentement, ou qui ne respecteraient tout simplement pas mon consentement... Je veux dire, ces risques, je les prends déjà en tant que femme sur les sites de rencontre, alors je ne vais pas en plus m'en rajouter en laissant ma porte ouverte à des inconnus !" Pourtant, la trentenaire a pu le constater : "Sur toutes les applis que je fréquente, j'ai déjà eu ce type de proposition. Des messages d'inconnus qui entament la conversation par un "Ça te dit de m'attendre chez toi nue, les yeux bandés ?" Toujours des mecs cis. Et bizarrement, ils ne proposent jamais d'attendre eux-mêmes les yeux bandés."

Une pratique à risque pour les femmes et les personnes queer

Camille*, personne non-binaire habituée des pratiques sexuelles originales, abonde également en ce sens. "J'ai l'impression que c'est le fantasme de beaucoup d'hommes que de baiser un·e inconnu·e sans être vu ni sans avoir à discuter : ils voient le corps de l'autre comme un simple objet dont ils peuvent profiter. Mais je pense que la plupart des femmes et des personnes queer ne prendront jamais le risque. Par peur des viols, du stealthing, mais aussi pour les queer, par peur de se faire tabasser par des homophobes qui profiteraient de l'occasion. On sait déjà que ce genre de prédateurs est très présent sur les sites de rencontres."

Iel précise : "On est des communautés qui sont déjà ultra-ciblées par des violences lors de rendez-vous classiques, alors y aller les yeux fermés, pour bon nombre de personnes, c'est prendre un risque inconsidéré." Effectivement, quand on sait à quel point les victimes de viol et d'agressions sexuelles ont du mal à porter plainte, difficile d'imaginer une situation où il faudrait expliquer à la police que l'on avait laissé sa porte ouverte à un·e inconnu·e pour une relation sexuelle. "J'imagine le délire, on est déjà pas pris au sérieux à la base mais alors là, je pense qu'on nous dirait encore plus qu'on l'a bien cherché."

"Pour moi, c'est un énorme red flag"

Malheureusement, il suffit de se connecter sur n'importe quel site ou application de rencontre pour constater que ce ne sont pas les demandes qui manquent : dans le cadre de cette enquête, j'en ai fait l'expérience. Certains l'affichent directement dans leur profil, d'autres l'évoquent rapidement par message et peuvent même se montrer très insistants. "C'est fun", "C'est une expérience à faire", "C'est hyper excitant", nous racontent ceux qui nous ont proposé une session de "door ajar". L'un d'eux, le plus virulent dans ses avances, m'affirme même : "Qu'est-ce que tu risques ? Je ne suis pas un connard, pas un pervers, juste un mec normal qui veut prendre du bon temps et ne pas s'embarrasser avec des paroles inutiles." Pas un connard ni un pervers ?" Impossible à prouver, et pas question de le croire sur parole. D'autant que lorsque je lui propose d'inverser les rôles et de venir chez lui, le refroidissement a été total : match supprimé, sans explication.

Une attitude qui ne surprend pas vraiment Monsieur J, dominateur professionnel et spécialisé dans l'art de réaliser des fantasmes. "Pour moi, c'est un énorme red flag à fuir absolument. On a beaucoup de retours de femmes, d'hommes gay et de personnes non-binaires qui nous disent qu'iels constatent de plus en plus ce type de comportement, notamment de la part de personnes très insistantes. Ça en dit long sur la capacité de ces personnes en matière de non-respect du consentement." Il précise : "Une personne safe qui a conscience des risques que prennent les femmes et les personnes LGBT+ en accueillant chez elles un inconnu ne proposera jamais ce genre de pratique à une personne qu'elle vient de matcher sur un site de rencontre."

Sa recommandation ? "Si vraiment vous avez envie de réaliser ce genre de fantasme, prenez des mesures de précautions. Demandez le prénom, le nom et l'adresse de la personne. Prévenez une personne de confiance qui est à proximité. Ou si la personne veut vraiment rester anonyme à vos yeux, faites valider son profil par des amis. Ou alors, faites ça en club libertin. Sinon, c'est la porte ouverte, sans mauvais jeu de mots, à toutes sortes de risques. Et dans tous les cas, cela vous permettra de faire un premier tri. Si la personne refuse de se plier à vos exigences, je vous en conjure, ne lui laissez pas accès à votre intimité. Protégez-vous !"

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