"Si tu montres ton vagin, écarte bien les jambes" : un quotidien belge dévoile l'exploitation sexuelle sur Instagram

·4 min de lecture
Jeune femme en train de faire un selfie pour Instagram. © Getty Images
Jeune femme en train de faire un selfie pour Instagram. © Getty Images

Dans la course à la popularité qui a lieu sur les réseaux sociaux, il est facile d'être tenté·e par les comptes qui proposent aux internautes de gagner des milliers d'abonnés en quelques jours sur Instagram. Mais derrière ces offres alléchantes se cachent des pièges qui peuvent s'avérer dangereux, en particulier pour les jeunes femmes.

"Wahou, j'adore ton profil ! Envoie-moi un message que j'en fasse la promo !" Ces messages sont très fréquents sur les photos Instagram, elles apparaissent presque automatiquement après la publication d'un post. Bien sûr, la plupart des gens ont tout à fait conscience qu'il s'agit de comptes d'arnaques. Mais pour les plus jeunes, ce n'est pas toujours évident. En particulier quand les comptes en questions font des offres alléchantes.

Les pages "shoutouts" pointées du doigt par une enquête

Le journal belge néerlandophone Het Laatste Nieuws a publié une enquête dénonçant comment des adultes malveillant utilisaient la course à la popularité d'Instagram pour exploiter des jeunes filles (souvent mineures) en quête de reconnaissance. Grâce à ces pages dites de "shoutout" (que l'on pourrait traduire en "dédicace", ils entrent en contact de façon discrète et rapide avec leurs proies.

Vidéo. "Les conséquences de ces violences peuvent être dramatiques et conduire à des dépressions très graves"

Leur mode opératoire ? Proposer aux jeunes femmes de leur faire de la promotion sur leur propre page, généralement riche en abonnés. L'idée est tentante, d'autant que la promesse est alléchante : des milliers de likes, des centaines de nouveaux abonnés, le tout sans contre-partie... Ou presque. Car très vite, les administrateurs de ces pages se placent dans un rôle de mentor et donnent des conseils à leurs jeunes victimes sur l'art et la manière d'avoir plus d'interactions sur leurs photos. Notamment en faisant des photos plus dénudées, y compris si elles sont mineures.

Dans le cadre de son enquête, la journaliste du Het Laatste Nieuws s'est fait passer pour une adolescente de 14 ans. En quelques jours, elle a reçu des messages privés d'un compte de "shoutout" lui disant : "Envoie-moi des photos en sous-vêtements, seins nus ou complètement nue. Je vais les poster et te taguer. Si tu montres ton vagin, écarte bien les jambes."

Une pratique sanctionnée par la loi

La pratique existe partout dans le monde et provient aussi bien de comptes qui parlent français que de comptes qui s'expriment en anglais. Ces derniers s'adressent aussi bien à des femmes majeures qu'à des jeunes filles mineures, mais l'objectif est toujours le même : obtenir des photos dénudées, dont l'usage peut par la suite varier. Chantage, diffusion non-consensuelle... Bref, de l'exploitation sexuelle, pure et simple. Et si le fait de demander des photos dénudées à un·e adulte n'est en soi pas illégal (à condition de ne pas insister en cas de refus, pour ne pas que cela tombe dans du harcèlement, et de ne pas les diffuser sans consentement), les photos de mineur·e·s dénudé·e·s tombent dans le cadre de la pédopornographie, c'est-à-dire la représentation à caractère sexuel d'un·e mineur·e.

En France, l'article 227-3 du Code pénal regroupe les faits de production et de réalisation d’images de mineur à caractère pornographique mais également le fait de les communiquer et de les rendre visibles à un public. La peine prévue est de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Seul problème : les propriétaires des comptes en question ne sont généralement pas Français et résident à l'étranger, ce qui complique les enquêtes... Dans les cas où les victimes trouvent le courage de porter plainte.

Comment repérer les faux comptes potentiellement dangereux ?

La bonne nouvelle, c'est que les comptes dangereux ne sont pas difficiles à identifier. En théorie, il suffit d'éviter les comptes qui viennent commenter vos photos ou qui vous envoient des messages privés vous proposant des promotions. Pour aller plus loin, il vous suffit de vous rendre sur ces comptes pour constater que leurs promesses ne sont que du vent. Un compte ayant plusieurs dizaines de milliers d'abonnés mais seulement une poignée de likes sur une photo est un compte qui a acheté ses abonnés, et qui ne vous apportera pas grand-chose.

D'ailleurs, en échangeant plus de quelques messages avec les personnes derrière ces comptes, nous avons pu constater que le vernis de politesse et d'enthousiasme s'effritait rapidement, dès que leurs arguments sont démontés. Cela vous évitera bien des mauvaises surprises.

A LIRE AUSSI

>> Harcèlement sexuel sur LinkedIn : "Il m'a demandé si mes tarifs étaient valables pour des prestations intimes"

>> La censure des tétons sur Instagram met en péril le travail de ces artistes

>> Harcèlement de rue : elles filment leurs agressions et balancent tout sur TikTok

A voir également : Harcèlement en ligne: comment lutter contre l'impunité?

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles