L'Amour au temps du déconfinement : ils ont fait chambre à part durant le confinement, et ont décidé de continuer

Wassila Djellouli
Journaliste lifestyle

Ils ont dû dormir séparément durant le confinement et y ont finalement trouvé de nombreux avantages. Nous avons rencontré des couples qui ont décidé de continuer à faire chambre à part, en l'absence de toute “obligation” sanitaire.

Amour au temps du deconfinement

Durant le confinement, certains couples n'ont pas eu d'autres choix que de dormir séparément pour se protéger mutuellement. Cela a été souvent le cas lorsqu'un des partenaires continuait à aller travailler et/ou prendre les transports en commun, alors que l'autre restait à la maison. Et surtout lorsque flottait sur l'un des deux une suspicion de Covid-19. Comme chez Maria, une quadragénaire vivant dans le Nord. Au début du confinement, son ami tombe malade, et présente quelques symptômes inquiétants. Très vite, le couple décide de ne plus dormir ensemble pour éviter la contagion. “Nous habitons une maison à la campagne. Je me suis donc installée dans la chambre d'amis, dans laquelle nous n'allons jamais et qui est très agréable. Cela s'est fait assez simplement”, explique Maria.

“je lui demandais d'enlever ses chaussures en rentrant, de bien se laver, et tout cela l'agaçait déjà. Alors j'ai eu peur qu'il prenne mal le fait que je lui demande de ne plus dormir avec moi. J'ai attendu que ça vienne de lui...”.


Tout n'a pas été aussi simple pour Kaïla, 34 ans. La Francilienne n'a dans un premier temps pas osé proposer l'arrangement à son mari. Il prenait le train chaque matin pour se rendre à son bureau à 100 kilomètres de chez eux, côtoyait des gens, et elle redoutait qu'il ne ramène le virus à la maison : “je lui demandais d'enlever ses chaussures en rentrant, de bien se laver, de ne plus prendre le gruyère râpé directement dans le paquet avec les mains, et tout cela l'agaçait déjà. Alors j'ai eu peur qu'il prenne mal le fait que je lui demande de ne plus dormir avec moi. J'ai attendu que ça vienne de lui...”.

Une opportunité de ressentir le manque de l’autre

Un soir, il rentre en toussant et prend conscience qu'il peut la mettre en danger. Il lui propose alors de lui-même de faire chambre à part. Même si les premiers temps ont été difficiles, Kaïla et son compagnon ont vite remarqué quelques avantages. Sur le sommeil d'abord, ce qui est loin d'être un détail lorsque l’on sait qu’une insomnie causée par le partenaire peut être source de conflit dès le lendemain : “Mon ami ronfle, alors habituellement je le pousse au moins dix fois chaque nuit pour qu'il change de position et ça le réveille. Là, il pouvait dormir d'une traite et moi aussi”. Les deux amoureux ont aussi pu s'épanouir dans leurs rythmes différents. Kaïla pouvait lire le soir plus longtemps et n'était plus réveillée par le départ au travail de son compagnon. Et celui-ci n'était plus obligé de faire attention au bruit le matin en se levant.

“J'adore le retrouver le matin, aller me glisser dans son lit, ou le rejoindre en bas pour le petit-déj. C'est comme si nous nous étions quittés depuis des lustres, on a la sensation d'avoir plein de trucs à se raconter”

Maria, de son côté, y trouve bien d'autres avantages que ces considérations pratiques. Cette obligation de faire chambre à part a selon ses dires “pimenté la routine et chahuté gentiment le quotidien avec son petit ami”. Le gros point positif selon elle ? Pouvoir ressentir le manque de l'autre, un sentiment rarement éprouvé lorsque l'on vit sous le même toit. “Il est parfois utile de sentir que l’autre nous manque et ainsi sortir des habitudes routinières. Faire chambre à part peut être une manière de faire preuve de nouveauté, d’incertitude, de réveiller le désir, la créativité, une autre manière de faire vivre son couple”, décrypte à ce sujet Stéphane Wioland, thérapeute de couples dans le 12ème arrondissement de Paris.

Le plaisir de se donner rendez-vous

Dormir séparément est aussi l'opportunité pour Maria et son compagnon de choisir réellement les moments passés à deux, et non de les subir. “J'adore le retrouver le matin, aller me glisser dans son lit, ou le rejoindre en bas pour le petit-déj. C'est comme si nous nous étions quittés depuis des lustres, on a la sensation d'avoir plein de trucs à se raconter”, s’enthousiasme-t-elle.

“Ma copine a rapidement eu plus de désir pour moi, et le ressentait à des moments différents de la journée, là où avant, elle n'y pensait que le soir”

“C'est ce que j’appelle des moments de qualité”, explique Stéphane Wioland. “Prendre rendez-vous avec son partenaire pour se consacrer exclusivement à lui, peut renforcer la relation et l’intimité du couple”. Sébastien, un vingtenaire du sud-ouest de la France, est à ce propos ravi de la tournure prise par la séparation nocturne d’avec sa copine. Alors que cette dernière souhaitait avant le confinement que tous leurs rapports sexuels aient lieu dans le lit, cette nouvelle configuration l'a motivée à faire preuve de davantage de fantaisie. “Elle a rapidement eu plus de désir pour moi, et le ressentait à des moments différents de la journée, là où avant, elle n'y pensait que le soir”, explique le jeune homme. Même après le déconfinement, les deux tourtereaux ont donc décidé de poursuivre sur leur lancée. “On a envie de s'amuser un peu. De voir jusqu'à quel point cela peut renouveler notre sexualité”.

Une décision qui doit autant que possible être commune

Si Kaïla, elle aussi, souhaite continuer de temps en temps à faire chambre à part avec son compagnon, c'est davantage pour continuer à profiter d'un espace de liberté, “un peu comme lorsqu'[elle] était célibataire”. “Faire chambre à part, c’est parfois le moyen de retrouver une intimité personnelle, un espace, un territoire”, corrobore le thérapeute de couples. Mais attention, prévient-il, le manque de contact physique peut provoquer une perte d'intimité et pousser les protagonistes à nourrir leur besoin ailleurs. Pour qu'elle soit bien vécue, cette décision doit “être commune, non-définitive et révocable”. D'après le spécialiste, Kaïla aurait d'ailleurs tout intérêt à exprimer ses besoins à son compagnon “sans le culpabiliser ni le sanctionner (ex : tu ronfles, tu prends toute la place, tu bouges, tu te lèves, tu laisses la lumière pour lire etc)”. En lui expliquant plutôt quels avantages elle va retirer de la situation.

De leur côté, Maria et son compagnon ont tellement bénéficié de cet arrangement, qu'ils envisagent presque d'en faire un mode de vie. “Nous allons continuer de dormir séparément, sans préméditation, quand cela nous semblera utile”, explique la nordiste. Le couple sans enfant est en train d'acheter une maison et a décidé d'y prévoir de nouveau deux chambres. Une pour le couple, et une chambre d'amis. “Ce sera la mienne aussi parfois !”, l'a déjà prévenue son conjoint avec malice.

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