Masha Sexplique : “L’immense majorité des poitrines sont asymétriques, ce n’est pas un cancer”

La blogueuse sexo Masha Sexplique parle de sexualité, de maternité mais aussi de rapport au corps et d’acceptation de soi. La jeune maman a évoqué le sujet des seins asymétriques sur les réseaux sociaux avant de faire face à une vague de harcèlement et de commentaires désobligeants. Pour Yahoo, elle revient sur ce tabou qui concerne pourtant 95% des femmes.

Non, tous les seins ne sont pas ronds, galbés et parfaitement identiques. Des poitrines, il y en a certainement autant qu’il y a de femmes. Elles sont toutes différentes, plus ou moins grosses, fermes ou tombantes, parfois avec des vergetures, des boutons ou des cicatrices, en forme de poire ou de melon pour certaines, d'œuf au plat pour d’autres… Et elles sont très souvent asymétriques. Pourtant, cette asymétrie dérange et complexent de nombreuses femmes.

VIDÉO - Bénédicte a décidé de faire un enfant toute seule, elle nous raconte son combat :

“J'ai une poitrine asymétrique”

Masha Sexplique, créatrice de contenus sexo et co-créatrice du hashtag #monpostpartum - qui mettait en lumière le vécu post-accouchement - a décidé d’en parler ouvertement. “J'ai une poitrine asymétrique. J'ai longtemps complexé. Parce qu'on vit dans une société qui nous fait croire que naître femme, c'est naître imparfaite”, écrit-elle sur son compte Instagram en expliquant qu’elle avait vu sa poitrine changer lorsqu’elle a allaité sa fille. “Ma fille prenait plus facilement le sein droit, parce que mon téton peinait à sortir à gauche. Je me suis mise à l'allaiter à un seul sein et je me suis retrouvée avec un bonnet C voire D à droite et un bonnet B à gauche. Au début, c'était compliqué. D'autant plus qu'avec l'allaitement, les seins changent de forme toute la journée : ils sont gorgés de lait, fermes et généreux ou tout distendus, vidés et esseulés de leur travail.”

“Mais pourquoi je devrais me sentir mal à l'aise ? Qui a décrété que seuls les boobs symétriques étaient beaux hein ? Je suis fière de ma poitrine. Fière des marques de la vie sur moi. Fière de ces vergetures, de ce mamelon qui s'étire et de cette chair qui chaque jour donne d'elle-même”, poursuit la jeune maman le réseau social en affirmant faire du no bra, autrement dit ne plus porter de soutien-gorge. Une pratique impensable pour certaines femmes, qui n’osent pas dévoiler leur poitrine par transparence à travers leurs vêtements, mais qui a pourtant explosé pendant le confinement.

“J’ai été harcelée à chaque fois que j’ai parlé de seins”

Lorsque Masha Sexplique évoque la forme de sa poitrine sujet sur les réseaux sociaux, c’est le même triste constat. “À chaque fois que j’ai parlé de seins, j’ai eu des réactions vraiment hyper intenses. C’est-à-dire, à la fois, des personnes qui se sentaient concernées, et à la fois, des personnes qui sont choquées de constater que sous les coques de soutiens-gorge, il y a des vraies poitrines, et qu’on n’est pas toutes homogènes, toutes pareilles. Le harcèlement que je me suis pris à chaque fois que j’ai parlé de seins, c’est très très violent”, nous dit-elle en déplorant que les internautes remettent en cause son état de santé.

“Dès qu’on parle d’asymétrie, tout de suite, c’est parce qu’on a une maladie, c’est parce qu’on a un cancer… Il faut absolument qu’on aille consulter. Bah non, en fait. Dans la réalité, l’immense majorité des poitrines sont asymétriques”, précise la jeune femme qui cite notamment la prise de la pilule comme cause d’une poitrine asymétrique hors pathologie.

95% des femmes ont des seins asymétriques

L’immense majorité, c’est 95%. Oui, 95% des femmes ont des seins asymétriques. Il serait donc peut-être temps de l’accepter, d’arrêter le body-shaming et de se rendre compte que la norme que la société nous a imposée via les diktats de la beauté et les mannequins sur papier glacé ne représente pas la réalité. “Je trouve ça aberrant, encore, qu’il y ait des femmes qui viennent dans mes messages privés, en me disant qu’elles se sont mises à pleurer en voyant mon Tik Tok tellement ça leur avait fait du bien”, nous confie la blogueuse nîmoise. Une vidéo qui lui a d’ailleurs valu d’être banni temporairement du réseau social. Cherchez l’erreur.

Si la féministe dénonce les commentaires malveillants qu’elle a reçus sur la question, elle peut heureusement compter sur les très nombreux messages de soutien et témoignages de personnes qui la remercient de parler de ce sujet si peu abordé. “Moi qui pensais être la seule à avoir une giga différence”, “Ça nous rappelle qu’on est pas seul à avoir des seins asymétriques et ça fait vraiment du bien”, “J’ai un sein qui tombe plus que l’autre, j’ai été complexée pendant très longtemps à cause de ce type de remarque...”, voici quelques-unes des réactions qu’on peut lire sur Twitter.

En juin 2020, Masha lançait le hashtag #ChèrePoitrine sur Twitter, après avoir reçu de très nombreux témoignages de personnes qui complexent sur leurs seins. Des milliers d’internautes ont répondu à cet appel dans des messages poignants, racontant qu’ils détestaient leurs seins, avaient vu leur poitrine se métamorphoser après une perte ou une prise de poids, suite à l’allaitement de leur bébé ou encore après une mastectomie. Une belle façon de se réapproprier son corps et d’apprendre à s’aimer.

Interviews : Lucile Bellan

Article : Katia Rimbert

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