64% des Français ressentent une insécurité par rapport à leur corps pendant les rapports sexuels

Katia Rimbert
·Journaliste
·4 min de lecture
(Crédit photo : Getty Images)
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Une récente étude lève le voile sur ce qu’il se passe dans la chambre à coucher des Français mais aussi sur leur façon d’appréhender leur corps et leur plaisir dans l’intimité. Et les résultats prouvent qu’il y a encore du boulot en matière de représentation des corps et d’inclusion dans notre société.

Où en est la sexualité des Français ? C’est la question que s’est posée l’application de rencontre Badoo, en réalisant une étude mondiale en collaboration avec Canopy Insight. En France, 1011 personnes ont été interrogées. Dans l’enquête, intitulée Parlons de sexe en 2020, on apprend que les tabous et les complexes générés par la société sont loin d’être de l’histoire ancienne. Et pour cause, l’un des chiffres à retenir de celle-ci est édifiant : 64% des sondés “se sentent en insécurité par rapport à leur corps pendant les rapports sexuels”.

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Un rapport au corps biaisé

Pourquoi ? Pour tout un tas de raisons, comme la comparaison avec les images véhiculées dans les médias ou les réseaux sociaux notamment. Bref, des complexes générés de toutes pièces par les diktats de la mode et les critères de beauté normés qu’on nous martèle depuis toujours, qui s’illustrent parfaitement par le fait que plus de la moitié des femmes (51%) ont déjà refusé d’avoir une relation intime avec un partenaire parce qu’elles n’étaient pas épilées. Plus d’une personne sur deux (54%) s’est même déjà questionnée sur la “normalité” (avec de GROS guillemets) de la taille et de la forme de son sexe. Parmi elles, ce sont les jeunes de 18 à 23 ans qui sont les plus concernés (60%) puis les 37-44 ans (35%).

On peut peut-être trouver quelques éléments d’explication à cela dans les corps que l’on voit dans les films pornographiques. Épilation intégrale, pénis énormes, positions acrobatiques, consentement souvent absent… Autant d’éléments qui ne sont pas représentatifs de la sexualité et qui – rappelons-le – mettent en scène des acteurs et actrices.

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Les interrogés en ont parfois conscience puisque 67% d’entre eux jugent que la représentation du sexe dans l’industrie pornographique “peut conduire à une idée biaisée de ce que sont réellement les rapports sexuels”. Mais c’est un sujet paradoxal. 36% des Français disent qu’ils seraient “vexés” ou “offensés” d’apprendre que leur partenaire consomme des films pour adultes tandis que 17% assimilent cela à de l’infidélité lorsqu’on est en couple. En parallèle, les 18-23 ans sont 44% à avoir arrêté de regarder des films X ou à vouloir le faire dans un futur proche.

Des tabous persistent en matière de sexe

Pourtant, le sexe est un facteur de bien-être indéniable, démontré une nouvelle fois par l’étude. Une écrasante majorité de Français (79%) affirment que l’orgasme est source de détente, améliore leur humeur et diminue le stress. Et ils sont presque aussi nombreux (65%) à penser qu’une “période d'abstinence prolongée a un impact négatif sur leur bien-être”. Sauf que, côté pratique, le plaisir en solo reste très tabou. La preuve, 46% des participants se sentent honteux de s’adonner à la masturbation et 51% des personnes mariées seraient gênées de parler de ce sujet avec leur conjoint.e. De même, le sexe est encore beaucoup trop une histoire de chiffres et de performance puisque 32% des Français disent “ressentir une pression relative à la fréquence de leurs rapports sexuels par semaine, selon les critères de la société”.

“Nos recherches ont révélé des tendances et des récits émergents dans le débat mondial sur le sexe et ont mis en évidence un lien clair entre le sexe, le bien-être et la nécessité de considérer l'inclusion et la représentation du corps. Partout dans le monde, nous constatons une évolution lente mais constante vers une remise en cause des conceptions culturelles qui définissent ce que doit être un corps acceptable et désirable. Nous observons également un mouvement vers la priorité accordée au plaisir sexuel féminin”, explique le Dr Victoria Gerstman, experte chez Canopy Insights. Il y a quand même du progrès.

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