Maternité et pression sociale : "Ma mère, mon médecin, la société... Tout le monde veut me voir enceinte"

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Photo Taken In London, United Kingdom

Le bébé, c'est pour quand ? Si vous êtes une femme âgée de 20 à 45 ans, cette question, vous l'avez sans doute entendue plus d'une fois. Et pour cause, dans notre société, la maternité est encore élevée au rang d'idéal, l'accomplissement ultime. A tel point que certaines en oublient de se demander pourquoi elles veulent avoir des enfants en premier lieu.

Selon les toutes dernières données de l'Insee, l'âge moyen des mères lors de la naissance de leur premier enfant s'approche tout doucement des 31 ans. Une sacrée évolution par rapport au passé ? Pas vraiment : il y a 20 ans de cela, en moyenne, les femmes donnaient naissance à leur premier enfant à l'âge de 29 ans. Bien sûr, il y a des gens qui attendent beaucoup plus tard, d'autres qui se décident beaucoup plus tôt, mais la moyenne est là, et a de quoi étonner, tant les femmes sont non seulement encouragées à avoir des enfants, mais en prime à les avoir relativement tôt.

25 ans, c'est parfait, 36 ans, c'est trop tard ?

Une récente étude menée en Grande-Bretagne par YouGov indiquait que les personnes âgées de plus de 55 ans estimaient que l'âge idéal pour avoir un bébé était de 25 ans (c'est-à-dire l'âge auquel les femmes accouchaient pour la première fois dans les années 80). Sur l'ensemble des sondés, l'âge moyen idéal pour avoir un enfant est 28 ans pour une femme, et 30 ans pour un homme. Les chiffres britanniques ne sont donc pas si loin de la moyenne française, mais c'est un autre point qui soulève l'attention. Certaines personnes estiment en effet qu'à 35 ans, une femme est trop vieille pour avoir un enfant. 46% des hommes et 35% des femmes sondé·e·s estiment que la maternité doit intervenir avant 35 ans. Un double standard, donc, puisque ce n'est pas du tout le cas pour la paternité.

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Ce chiffre est un bon miroir de l'idée reçue selon laquelle la fécondité des femmes diminuerait brusquement passé 35 ans. Or, cette croyance se base sur des données qui remontent à... Plus de 300 ans ! Famille, corps médical, opinion publique... Tout le monde se retrouve à culpabiliser les femmes qui ont la trentaine et qui ne sont pas encore mères, sous prétexte que l'horloge tourne. A tel point que certaines finissent par tenter l'aventure de la maternité, sans réellement se poser la question suivante : "Ai-je vraiment envie d'être mère, ou est-ce que c'est la société qui veut ça ?"

"Faire une fausse-couche était la meilleure chose qui pouvait m'arriver"

Faustine a 37 ans, elle ne veut pas d'enfant, et c'est maintenant une certitude pour elle. Mais cela n'a pas toujours été le cas. Au contraire, dans sa jeunesse, elle était persuadée d'être faite pour devenir mère. "Dès l'enfance, quand je jouais à la poupée ou que je m'occupais de mon petit frère, on me répétait à quel point j'allais être une mère formidable, un jour. Alors forcément, quand je suis tombée enceinte à 29 ans, sur le coup, j'étais ravie !" Seulement voilà, rien ne s'est passé comme prévu.

"Lors de l'échographie des trois mois, le verdict tombe. Le coeur du bébé ne bat plus. Mon mec était dévasté, mes proches aussi. Mais moi... Pas du tout." Pendant longtemps, la jeune femme pensait être sous le choc, ou peut-être victime d'un traumatisme. D'autant que suite à cet événement, son envie d'enfant s'est envolée. "Passés mes 30 ans, et avec la pression de tout mon entourage pour que je fasse une nouvelle tentative, j'ai décidé de consulter un psychiatre pour comprendre d'où venait mon blocage. C'est lui qui m'a fait réaliser qu'il n'y avait pas de blocage du tout. Juste, je ne voulais pas d'enfants. Je suis hyper épanouie dans ma vie, j'adore sortir, voyager, faire la fête. Je ne tiens pas en place et un bébé ne trouverait pas sa place là-dedans."

Au fil des années, Faustine s'est beaucoup interrogée pour comprendre ce brusque revirement. "En fait, je pense que j'avais intériorisé le fait que je serai une "bonne mère", puisqu'on me rabâche le crâne avec ça depuis le début. Dans mon entourage, toutes les femmes avaient des enfants, et celles qui n'en avaient pas étaient prises en pitié, comme si rien n'aurait pu leur arriver de pire. Même quand c'est leur choix. Comme si on ne pouvait pas s'épanouir autrement qu'à travers la maternité." Elle conclut : "Si j'avais mené ma première grossesse à bien, j'aurais sans aucun doute aimé mon enfant de tout mon coeur. D'ailleurs, je chéris le souvenir de ce bébé qui n'est jamais né. Mais, je pense néanmoins que faire une fausse-couche était la meilleure chose qui pouvait m'arriver, et que ma vie aurait été bien différente avec un enfant."

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"Quand j'ai annoncé à ma mère que j'étais stérile, elle était plus triste pour elle que pour moi"

Ne pas pouvoir avoir d'enfant quand c'est quelque chose que l'on désire ardemment, c'est un vrai calvaire, d'autant plus quand la société ne fait que vous rappeler que les femmes devraient toutes enfanter. C'est ce qui arrive à Cécile, 31 ans. "Je suis avec mon compagnon depuis 10 ans, et ça fait plus de trois ans que nous essayons d'avoir un bébé. Il y a quelques mois, on a décidé de faire des tests pour comprendre pourquoi on n'y arrivait pas, et le résultat est tombé : je suis stérile. Et dans ce monde où les femmes qui ont des enfants sont mises sur un piédestal, moi, j'ai l'impression d'être un jouet cassé."

Au début, Cécile comptait garder la situation secrète, pendant qu'elle et son conjoint réfléchissaient à une solution pour avoir un enfant, consultaient des spécialistes. "Mais le jour de mes 31 ans, ma mère m'a gentiment rappelé qu'à mon âge, elle avait déjà eu quatre enfants, et qu'il serait peut-être temps que je m'y mette si je ne voulais pas qu'il soit trop tard. Ça m'a fait mal, donc je lui ai annoncé de but en blanc que j'étais stérile." Si elle s'attendait à du soutien ou de la compassion, peine perdue. "La première chose qu'elle m'a dite en pleurant, c'est : "Je ne vais jamais être grand-mère". Elle était plus triste pour elle que pour moi. A croire que je devrais faire un enfant pour son bonheur, et non par choix, ou pour moi ! Et quand je lui ai parlé de solutions alternatives, elle m'a dit : "Ce n'est pas pareil". J'ai l'impression que pour elle, si la maternité ne passe pas par mon utérus, ça ne compte pas vraiment. Ça promet pour la suite."

"Est-ce qu'il y a quelqu'un sur cette terre qui ne veut pas que je sois en cloque ?"

Ludivine, 34 ans, est une baroudeuse. Elle a transformé un van en maison miniature et sillonne le monde entier depuis plusieurs années, et elle ne se voit pas faire ça avec un homme, encore moins avec un enfant. "La vraie question, c'est est-ce que j'ai vraiment mon mot à dire là-dessus ?", s'interroge-t-elle en ne riant qu'à moitié. "Ma mère, mon médecin, la société... Tout le monde veut me voir enceinte. Est-ce qu'il y a quelqu'un sur cette terre qui ne veut pas que je sois en cloque ? On me demande tout le temps : "Et le bébé, c'est pour quand ? Non parce que l'horloge tourne...". Parfois à mon âge, j'ai déjà l'impression d'être périmée, plus bonne à rien parce que je n'ai pas eu de marmot."

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La voyageuse pointe du doigt un énorme désaccord entre la société qui élève la maternité comme un accomplissement ultime, et les galères que rencontrent toutes les jeunes mamans. "On nous dit d'être mères, mais de rester féminines pour nos mecs, de travailler quand même, de sortir avec nos copines, tout en allaitant et en préparant des petits pots maison. Le tout sans aide de nos mecs, puisque le congé paternité reste hyper mal vu. Franchement, ça ne me donne pas envie." A 34 ans, Ludivine estime avoir encore du temps devant elle avant de décider si elle veut avoir un bébé, avec qui, et quand. "Les grossesses passé 35 ans, ce n'est plus si rare, ni aussi dangereux que par le passé. Mais même sur les applications de rencontre, l'impression d'être périmée est là quand un mec me dit qu'il cherche une femme de moins de 30 ans, parce qu'à mon âge, je suis trop vieille pour avoir des enfants. Ça prouve qu'il y a vraiment un problème de connaissances au niveau de la biologie féminine."

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