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38% des femmes couchent le premier soir : "Avoir une réputation de fille facile, c'est violent et injuste"

38% des femmes couchent le premier soir :
38% des femmes couchent le premier soir : "Ça m'a valu une réputation de fille facile". © Getty Images

A l'occasion de la Journée mondiale de l'Orgasme, qui a eu lieu ce mercredi 21 décembre, l'Ifop a publié les résultats de son Observatoire de la sexualité récréative des Européennes, et dévoile qu'une majorité des femmes européennes a déjà couché le premier soir. Une attitude qui ne surprend jamais de la part des hommes, mais qui continue à valoir aux femmes une étiquette insultante de "fille facile", et dont il est parfois difficile de se départir.

"La première fois que j'ai été traitée de fille facile, c'était au lycée." Voilà le contrat que dresse Lucie*, 25 ans. Dès son adolescence, à une époque où elle n'avait même jamais encore eu de relation sexuelle, la jeune femme a reçu ce commentaire dégradant, juste après sa rupture avec son premier petit ami : "Un jour, il a envoyé un de ses potes me toucher le cul. À l’époque, ça ne me choque pas. Je choisis même d’en rire. Et ils se sont servis de ça pour dire que j’étais une fille facile. Ça, ça m’a choquée. J’étais vierge et je n’étais pas du tout là-dedans."

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"Fille facile", une étiquette sexiste qui ne date pas d'hier

2022 est sur le point de s'achever, mais peu importe le nombre d'années qui s'écoulent, la sexualité des femmes est encore jugée, critiquée, moquée, voire même insultée. Là où les hommes qui enchaînent les partenaires et les coups d'un soir sont considérés comme des tombeurs, les femmes qui font la même chose reçoivent toutes le même jugement : "Tu es une fille facile". Un vestige solide du puritanisme qui veut que les femmes se réservent pour le prince charmant, l'homme de leur vie et ont une libido plus faible, tandis que les hommes se doivent de répondre à des "pulsions". Deux arguments souvent présentés comme des faits, bien qu'ils aient été démontés depuis longtemps par les sciences sociales.

Selon une étude menée par l'Ifop en 2015, 44% des Français, tous genres confondus, et 34% des femmes, admettaient avoir déjà eu un rapport sexuel le premier soir. L'Observatoire de la sexualité récréative des Européennes de l'Ifop**, dévoilé ce mercredi 21 décembre 2022, montre une évolution : 38% des Françaises affirment aujourd'hui avoir déjà eu un rapport sexuel le premier soir. Elles se classent donc en seconde position du classement européen, derrière les habitantes du Royaume-Uni (41%), mais avant les Allemandes et les Espagnoles (37%), et les Italiennes (25%).

"C'est pas une maison close, ici"

Après avoir connu l'étiquette de "fille facile" pour une simple main aux fesses au lycée, Lucie raconte l'avoir également subie pendant ses années étudiantes, à l'époque où elle vivait dans une résidence du Crous. "Il m’arrivait de ramener des gars dans ma chambre universitaire. Un jour, j’ai trouvé un mot sur ma porte qui disait : "C’est pas une maison close ici !" Après le choc, je me suis dit que je n’allais pas me laisser faire. J’ai posté un message sur le groupe Facebook du Crous, en invitant l’auteur de ce mot à venir me le dire en face. Et personne ne m’a jamais répondu."

La jeune femme, désormais âgée de 25 ans, n'a jamais su pourquoi ce mot avait été placé sur sa porte, mais dénonce le jugement de valeur qu'il contient : "Peut-être que je dérangeais les gens, mais il y a une manière de dire les choses. Je ne l’aurais pas mal pris si on était venu me dire que je faisais trop de bruit. Je me serais simplement excusée. Là, c’était méchant, c’était pour me faire de la peine." Si elle dit ne pas avoir ressenti de sentiment de honte lors de ces deux évènements, Lucie dresse aujourd’hui un constat : "Ça a forcément eu un impact sur ma confiance en moi. Je ne m’en tire pas si mal que ça, mais je me dis que j’aurais pu me sentir mieux dans ma peau. Ces deux histoires m’ont secouée. Je pense toujours que je ne l’ai pas mérité, et que ç’aurait pu avoir des conséquences plus graves si j’avais été un peu plus fragile, ou si j’avais réalisé l’ampleur de la gravité des choses. Parce qu’aujourd’hui, je trouve que c’est grave."

"Il m'a reproché d'être une fille facile après avoir couché avec lui"

Lucie n'est pas la seule à avoir été offusquée par cette étiquette de "fille facile". Caroline*, 30 ans, fulmine encore lorsqu'elle se rappelle les propos tenus par un homme avec qui elle venait de coucher le premier soir. "J'avais matché avec ce mec sur une application de rencontre, et je pensais qu'on avait une vraie connexion. On s'écrivait à longueur de journée, on s'est rencontrés pour un verre, et quand il m'a proposé de me ramener chez lui, je n'ai pas vraiment hésité. On a couché ensemble, mais dans les jours qui ont suivi, il a commencé à se montrer plus distant." Etonnée, la jeune femme a tenté d'obtenir des explications, et après quelques excuses bateau, son partenaire d'un soir a fait tomber le couperet : "On a passé un bon moment, mais je n'aime pas les filles faciles. Je ne peux pas me projeter dans l'avenir avec une fille qui couche le premier soir."

Pas question pour la trentenaire de se laisser faire. "Je lui ai rappelé que c'était lui qui m'avait proposé de venir chez lui. Il m'a répondu que c'était un test qu'il faisait avec toutes les filles qu'il rencontrait. Il m'a dit : "Si elle me dit oui, j'y gagne une partie de jambes en l'air. Sinon, je propose un deuxième rendez-vous, et là, je sais que la meuf cherche quelque chose de sérieux." J'ai trouvé cette attitude abjecte." Et quand elle lui fait la remarque que lui-même couche aussi le premier soir dès qu'il en a l'opportunité, elle a eu droit à la réponse habituelle : "Ce n'est pas pareil pour les hommes." La preuve que pour bon nombre de personnes, la valeur de quelqu'un peut se trouver dans le nombre de partenaires sexuels passés... Ou leur capacité à résister à la tentation. Mais cela énerve profondément Caroline, qui l'affirme : "Être cataloguée fille facile parce que j'aime le sexe, je trouve ça violent, injuste. C'est discriminant."

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"Un mec qui avait une plus longue sex-list que moi a osé critiquer mon attitude"

Il va sans dire que Caroline regrette cette partie de jambes en l'air, mais encore plus le temps passé à échanger avec un homme qui l'a rejetée juste parce qu'elle a accepté de coucher avec lui le premier soir. Eloïse*, 22 ans, a évité de se retrouver dans une situation similaire "de justesse", ainsi qu'elle nous l'a confié. "J'ai participé à un speed dating avec une copine, et j'ai beaucoup discuté avec un mec, à tel point qu'on est allé boire un verre après. Sous l'effet de l'alcool, on a décidé de continuer le petit jeu des questions, et les choses se sont petit à petit tournées vers des interrogations sur le sexe. Sur un coup de tête, j'ai décidé de lui demander combien de partenaires il avait eu. Il a répondu, m'a retourné la question, et là, je l'ai vu se décomposer."

Elle précise : "Sa sex-list était deux fois plus longue que la mienne, et nous avons le même âge. Mais le chiffre que je lui ai annoncé l'a choqué. Il m'a dit qu'il ne trouvait pas ça normal qu'une femme de mon âge ait eu plus de 10 partenaires, et a eu l'audace de me demander si j'étais nymphomane ! J'ai du mal à croire qu'il ait osé critiquer mon attitude. Je l'aurais peut-être compris, ou en tout cas mieux accepté, de la part d'un mec d'une autre génération. Il ne m'a pas traitée de "fille facile", mais c'était clairement sous-entendu."

Au lycée, à 22 ans ou à 30 ans, les femmes qui font le choix de vivre une vie sexuelle épanouie en dépit des convenances puritaines reçoivent toujours autant de jugement, en particulier dans le cadre de relations hétérosexuelles. Mais pour François KRAUS, directeur de l'expertise "Genre, sexualités et santé sexuelle" à l'Ifop : "Si les injonctions culturelles à une certaine "réserve féminine" jouent encore un rôle structurant dans les relations hétérosexuelles, force est de constater que les Européennes s’écartent lentement mais sûrement des normes imposées par un discours moral qui a longtemps imposé l’idée que "la valeur des femmes tient à la parcimonie avec laquelle elle se donnent [alors que] celle des hommes ne diminue pas avec le nombre de leurs succès" (Bozon, 2002). Certes, cette capacité à "passer à l’acte" aussi rapidement qu’elles le désirent n’est pas encore à la portée de toutes mais elle est bien révélatrice du déclin d’une morale conservatrice qui, ici comme ailleurs, a toujours fait peser sur les femmes le risque du stigmate de "la fille facile" pour contrôler leur sexualité." Ce qui laisse entendre que les choses évoluent dans le bon sens, même si les changements n'arrivent pas encore à pas de géant.

* Les prénoms ont été modifiés pour des raisons d'anonymat

** Étude Ifop pour Wyylde réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 17 au 26 octobre 2022 auprès d’un échantillon de 5000 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus vivant dans les pays suivants : France, Italie, Espagne, Allemagne et Royaume-Uni.

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