Elles stalkent leurs ex : "J'ai créé un faux compte Le Bon Coin"

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Stalker ou l'art d'espionner sans se faire remarquer par sa cible. Une pratique de plus en plus courante, qu'ont déjà testée (et approuvée) Marie, Soraya et Ophélie. Ni vues, ni connues (ou presque), elles ont mis en place plusieurs stratagèmes pour avoir des infos sur leurs ex ou leur compagnon... à leurs risques et périls.

Après Foule sentimentale, il y a la fouille sentimentale ! Parce que la rupture a été trop brutale, que le manque se fait (beaucoup trop) ressentir, que passer à autre chose est difficile, que les regrets prennent le dessus ou tout simplement par curiosité… nombreux/ses sont ceux/celles à avoir succombé à la tentation du stalking. Et grâce à internet, jouer les inspecteurs névrosé.e.s, voire obsédé.e.s, n’a jamais été aussi facile. Un faux profil Instagram est le tour est joué… pour peu que l’autre ait son compte public ou accepte d’être follow par un.e mystérieux.se inconnu.e. 

Une petite victoire sur ses ex qu’a déjà connue Ophélie*. Au lycée, la jeune femme a vu grand pour avoir des infos sur son petit copain de l’époque, mais aussi sur ses anciens flirts. Plutôt que de créer un compte Facebook, elle a carrément ouvert une page sur laquelle tous les élèves de son établissement pouvaient poster des petits mots pour leur crush comme "une sorte de page courrier du cœur". Un cupidon 2.0 bien plus intéressé par ses propres recherches que les histoires d’amour des autres : "Ça m’a permis d’avoir plein d’infos sur mes ex et mon mec". "Je le faisais plus par curiosité que par besoin. C’était intéressant et moi, j’étais hyper curieuse, donc pas du tout accro", confie-t-elle amusée. Loin de s’offusquer à l’idée que l’on puisse faire de même avec elle, elle lance avec humour : "Ça veut dire que je suis intéressante, c’est chouette".

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"Ça me donnait des indications sur sa vie"

Pour autant, Ophélie met en garde contre certains comportements qu’ont pu avoir des amies à elle en quête d’informations : "Tant qu’on n’est pas accro à tout ça, ça va. Sinon, c’est complètement nocif et ça n’aide personne à avancer". Une analyse que confirme la psychologue et thérapeute de couple Charlotte Rochet qui estime que lorsque le l'envie d'aller voir les réseaux sociaux de l'autre est fréquente c'est que le lien n'est pas coupé. "Ce comportement cache bien souvent une blessure. On veut être certain qu'on a bien compter dans la vie de l'autre puisqu'une rupture donne souvent l'illusion que la relation était particulière contrairement aux précédentes. Que ce soit consciemment ou inconsciemment, on va surveiller son ancien partenaire pour s'assurer qu'il est bien triste, qu'il n'arrive pas à refaire sa vie, sauf que sur les réseaux sociaux on ne montre que le meilleur de nous même". L'auteure de l'ouvrage L'amour commence après trois ans met donc en garde contre le stalking : "En plus d'être épuisante, cette pratique rend bien souvent malheureux parce qu'on ne voit pas toujours ce que l'on a envie de voir en plus d'alimenter un lien malsain qui empêcher d'aller de l'avant".

Soraya* aussi s’est amusée pendant quelques temps à surveiller les activités de son ex sur Twitter. Plutôt que de créer un faux compte, la jeune femme a emprunté celui d’une amie pour regarder ce qu’il twittait : "Ça me donnait des indications sur sa vie et surtout je me faisais des films en me disant : ‘Là, il parle de moi’, ‘Il parle de cette fille’", a-t-elle ironisé. Consciente que ce comportement ne l’a pas aidée, elle poursuit : "Ça m’a intéressée pendant longtemps de faire ça parce que ça m’a confortée dans l’idée qu’on ne devait plus être ensemble et au bout d'un moment, je me suis lassée". 

Si le principe du "stalking" est de ne pas se faire remarquer, Soraya a "souvent liké un tweet sans faire exprès" : "J’ai fini par me faire à l’idée qu’il savait que je surveillais… je me disais même qu'il en profitait pour me passer des messages, mais ça c'était de la paranoïa". 

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"C’était pour me prouver à moi-même que je n’étais pas folle"

Si elle s’est mise à stalker son compagnon de l’époque, c’est "parce qu'(elle) avait de gros doutes sur sa fidélité", explique Marie. "Il s’échappait dès qu’il recevait un coup de fil ou un message, il allait aux toilettes avec son téléphone qui sonnait la nuit à des heures indécentes. C’était d’autant plus bizarre qu’il me disait qu’il n’avait ni Instagram, ni Facebook." Alors un jour, la jeune femme feint de dormir pour récupérer le téléphone de son partenaire dans la nuit. Sans surprise, elle tombe sur des messages plus qu’explicites : "Là encore, il a réussi à me faire croire que c’était de vieux échanges. J’ai été crédule". 

Mais un jour, c’en est trop. Après avoir reconnu la sonnerie de l’application Adopte un mec sur le portable de son compagnon, elle s'est créé un faux profil. "Je matche avec lui et il me drague… sans savoir que c’est moi", se souvient-elle. Dans la foulée, elle réussit à pirater son compte sur l’application de rencontre et tombe sur des échanges avec une certaine Marise* "qui lui en met plein la tête. Il l'a bloquée de partout donc elle passe par l’appli pour régler ses comptes. En lisant leurs messages, je comprends qu’il a commencé à sortir avec elle, un mois après le début de notre relation". Bien remontée, Marie envoie un message à cette rivale qui devient très vite une amie. "En fait, il lui avait bien parlé de moi comme étant sa meilleure amie. Et moi, il m’a parlé d’elle comme de l’amie d’un ami chez qui il aurait passé des vacances… Alors oui, il était bien en vacances à cette période-là, mais avec elle et chez elle." Si la psychologue Camille Rochet met en garde contre le stalking avec son ex, elle souligne que le besoin de vérité en cas de soupçons d'infidélité peut prendre le dessus sur la morale. Alors quand un patient en couple arrive dans son cabinet avec un manque de confiance en l'autre criant, elle préfère "relativiser" : "Parfois je leur dis : 'Tant pis, regardez le portable de l'autre et vous pourrez avoir le coeur net', car la vérité est importante".

Ensemble, Marie et sa nouvelle amie font les quatre cent coups version 2.0 pour se venger de cet ex en commun qui menait bien plus qu’une double vie : "Il était inscrit sur une multitude d’applications de rencontre, mais aussi des sites d’adultère". Si les deux nouvelles copines tournent la page, Marie reçoit un jour l’appel d’une jeune inconnue : "Et là, elle me raconte la même chose que j’ai vécu avec ce mec… il avait refait le même tableau : deux filles à la fois qu’il trompait dans tous les sens". "Si j’en suis arrivée à faire des faux comptes et à le stalker, c’était pour me prouver à moi-même que, contrairement à ce qu’il me faisait croire, je n’étais pas folle", assure-t-elle.

"J’ai fait un faux compte sur Le Bon Coin"

Plus tard, Marie a récidivé, mais cette fois-ci pour avoir des nouvelles d’un homme marié avec qui elle a vécu une "histoire de vacance". "Comme on avait mis un terme à notre histoire, je l’ai stalké avec le compte Facebook de ma grand-mère qui le connaissait", raconte-t-elle. Et comme le père de famille ne publiait jamais rien sur sa page, Marie a trouvé la parade pour reprendre contact avec lui : "J’ai fait un faux compte sur Le Bon Coin pour le retrouver et récupérer son numéro de téléphone". Si elle a osé lui envoyer un message, les échanges n’ont pas été concluants et Marie continue de prendre de ses nouvelles… en stalkant la page Facebook de son épouse. 

Un comportement qui peut s’avérer dangereux pour de futures relations, comme le rapporte une étude américaine menée par deux chercheurs de l’université de l’Ohio, Jesse Fox et Robert Tokunaga. Après avoir soumis 450 personnes à un questionnaire sur leur relation avec leurs ex, les deux experts ont conclu que surveiller son ancien partenaire sur les réseaux sociaux freine le deuil amoureux en plus d'empêcher de tourner la page et d’avoir un impact sur les futures relations amoureuses. Pire encore, les âmes en peine en quête d’informations sur la nouvelle vie de l’autre peuvent devenir obsessionnelles et tomber dans une "spirale démoralisante". Ainsi, les chercheurs conseillent aux individus qui vivent mal leur rupture d'envisager de se déconnecter de l'ex-partenaire temporairement ou définitivement. De son côté, Camille Rochet met en garde contre ce besoin de se rassurer sur le malheureux "et cette envie de pouvoir dire : 'Tu vois avec moi, tu aurais été mieux" surtout que ce comportement n'est pas toujours la manifestation de sentiments encore présents, mais bien souvent un "besoin de possession et d'orgueil". Avant de conclure : "En faisant cela, on entretient un mythe sur la personne, on en oublie pourquoi on a rompu et surtout cela complique le deuil de la relation et prolonge le temps du détachement de ce lien avec la personne. Le mieux, c'est encore de couper toute forme de contact". 

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