Célibataires, la grande dépression ? L’apocalypsing, cette tendance malsaine à vouloir trouver l’amour coûte que coûte explose avec la crise

Katia Rimbert et Carmen Barba
·5 min de lecture

Cette nouvelle mouvance, tout droit venue d’Outre-Atlantique, est en plein essor depuis le début de la crise sanitaire. Elle concerne les célibataires qui veulent absolument se mettre en couple pour se rassurer et ne pas passer cette période si particulière seul.e. Quitte à se brûler les ailes.

L’apocalypsing a le vent en poupe. Mais qu’est-ce que c’est encore que ce nouveau mot ? Cette tendance consiste à avoir un petit côté fataliste (en imaginant que la fin du monde est proche, de quoi passer une bonne journée en somme) et donc de traiter chaque relation amoureuse comme si c’était la toute dernière. Ses adeptes vont donc tout miser sur leur crush, en se disant qu’ils finiront (bientôt) leurs jours ensemble, et envisager tout de suite une relation sérieuse avec une personne qu'ils viennent à peine de rencontrer. Le hic, c’est que ce comportement peut être dangereux, surtout qu'il serait inconscient.

La tendance amoureuse de 2021 ?

Si l’apocalypsing est d’autant plus d’actualité avec la pandémie de Covid-19, il existait déjà avant. Le site de rencontre canadien Plenty of fish a été le premier à le définir et le place comme l’une des tendances amoureuses phares pour 2021. Dans son rapport annuel datant de novembre 2020, il affirme qu'"un tiers des célibataires connaît quelqu’un qui a fait cela, et la génération Z [les personnes nées entre 1995 et 2010, ndlr.] est très portée sur l’apocalypsing".

Pour Véronique Kohn, psychologue et psychothérapeute spécialisée dans les relations amoureuses, il y a deux façons de se comporter "très différentes" si on imagine que la fin du monde nous guette. "Il y en a qui vont se dire : ‘Puisque c’est bientôt la fin, je vais en profiter. Ayons le plus de sexualité épanouie. C’est la dernière fois. Je ne veux rien rater ! Je vais me sentir vivant et vivante au maximum, dans des états amoureux, dans des passions, dans des histoires sexuelles fortes et intenses, dans des histoires fusionnelles.’. Et puis, il y en a d’autres qui vont se dire : ‘C’est bientôt la fin, donc je ne vais pas aller me shooter à la relation amoureuse. Non, non. Je vais rester centré, aligné, contemplatif’.".

Vidéo. Véronique Kohn nous parle de la situation des célibataires en pleine pandémie :

Un comportement qui augmente avec la crise sanitaire

Forcément, depuis la crise sanitaire, il est d’autant plus présent. Les rencontres et les rapports amoureux étant chamboulés depuis des mois ; entre le port du masque, la fermeture des bars et lieux publics, les confinements, l’instauration du couvre-feu ; les célibataires ont beaucoup plus de mal à faire des rencontres et à avoir une vie sentimentale ou sexuelle. Résultat, ils cherchent davantage de stabilité et une épaule sur laquelle se reposer au quotidien. Se mettre en couple peut alors devenir une envie très forte, un besoin voire une obsession pour pouvoir affronter la crise main dans la main avec quelqu’un. Sauf qu’il y a un petit problème.

Non seulement, jeter son dévolu sur une personne sans vraiment la connaître, c’est un peu risqué (parce que ça va un peu vite) mais surtout les pro-apocalypsing sont capables de démarrer une idylle avec quelqu’un qui ne leur correspond pas réellement juste pour ne plus être seuls. Quitte à idéaliser complètement leur partenaire. La relation n’est alors pas saine. Elle repose sur un fantasme, et l’éventuelle séparation n’en sera que plus dure. Selon Véronique Kohn, ces célibataires qui veulent à tout prix "que ça marche" seront "les plus déçus".

"Ils se mettent la pression, et souvent, ça complique énormément la relation. Puisque déjà, plus on se met la pression et plus on veut que ça marche et moins ça marche, en général. La relation, elle est bâtie ici par l’injonction de la sécurité : ‘Il me faut de la sécurité à tout prix’. Et dès que ça ne marche pas, dès qu’il y a une déception, alors là, ça devient grave. Les obstacles du couple deviennent encore plus graves que d’habitude. Il n’y a pas de légèreté, là. C’est très sérieux."

Vidéo. Laura Berlingo nous parle des normes et des injonctions qui permettent de redéfinir sa sexualité :

L’autrice du livre Quel(s) amoureux êtes-vous ? précise que tout repose sur la confiance qu’on accorde à l’autre et à la relation naissante. "Ceux qui se disent : ‘On s’est installés en couple, mais… Ce n’est pas parce qu’on s’est installés que forcément, ça va marcher. On ne sait pas où on va, mais on régulera la relation ensemble au fur et à mesure.’ Ceux-là, ils ont plus de chances de tracer la route." Et de conclure : "Et même si le monde s’écroule, ce n’est pas grave. Il n’y a pas de drame, ici. De toute façon, on va tous mourir. Donc à un moment donné, ce n’est pas parce qu’on sera en relation que ça va régler tous les problèmes." À deux, on est plus forts. Peut-être, mais à quel prix ?

Article : Katia Rimbert

Interviews : Carmen Barba

A LIRE AUSSI

> Les couples qui se sont rencontrés sur une application de rencontre s'engagent plus que les autres

> 8 femmes mariées sur 10 ont vu leur libido chuter depuis qu’elles sont en télétravail

> Quand la crise sanitaire gèle leur projet bébé