Voir notre ex disparaître de nos réseaux sociaux, un second choc après la rupture

Wassila Djellouli
·Journaliste lifestyle
·6 min de lecture

Après une rupture amoureuse vient parfois l'heure du deuxième coup de massue : celui de la disparition de l'ex de nos réseaux sociaux. Un moment très douloureux pour certaines personnes, qui ont l'impression, à juste titre, de devoir faire un double deuil. Un sujet loin d'être aussi anecdotique qu'il n'y paraît.

Crédit Getty
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Un mois après une rupture initiée par son ex, Erina* lui envoie sur Whatsapp un message pour exprimer le désarroi dans lequel elle se trouve. Très rapidement durant cette conversation, il la rembarre, jusqu'à ne plus rien rétorquer. "J'ai eu un mauvais pressentiment en voyant qu'il ne lisait plus ce que je lui envoyais. Puis en remarquant que la deuxième coche (ndlr : celle qui indique que le destinataire a bien reçu le message) n'apparaissait plus. J'ai compris qu'il m'avait bloquée". Pour la trentenaire, cette rupture brutale de lien a eu l'effet d'un choc. Un terrible rejet dont elle a eu autant de mal à se remettre que de la séparation en elle-même : "Je ne m'y attendais pas, cela a été violent, alors que lorsqu'il m'a quittée, j'ai eu tout de même droit à des mots apaisants de sa part".

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Se séparer... deux fois

La Parisienne se rappelle avoir été parcourue de frissons et être restée ensuite plusieurs heures en position fœtale, comme pour amortir l'impact. "Se faire bloquer met dans une impuissance, une incompréhension, et peut ajouter une forte couche de souffrance et de ruminations, et ralentir tout processus de guérison. C'est une double rupture : on se fait quitter deux fois", décrypte à ce sujet la psychologue clinicienne et psychothérapeute Lisa Letessier, auteure du livre La Rupture amoureuse. "Nous avons un lien très affectif avec les réseaux sociaux. Il y a une dimension familière dans cet espace qui ressemble un peu à notre foyer. Donc quand l'autre disparaît de ce lieu, cela crée un double impact", corrobore Michael Stora, psychanalyste et expert des mondes numériques.

Après quelques semaines de détresse totale, Erina s'est finalement résolue à avancer. "Le fait d'être bloqué, même si cela peut paraître extrêmement brutal, rend service", explique Lisa Letessier qui modère cependant rapidement ses propos : "Mieux vaut cependant décider soi-même de bloquer l'autre, être actif plutôt que subir". Mais tout le monde n'a pas la force de prendre l'initiative d'une telle décision, à l'image de Soumia*, qui s'est accrochée aux réseaux sociaux, pour tenter d'obtenir réparation. Après avoir été quittée par un ex qu'elle soupçonnait fortement de la tromper, la vingtenaire a développé une addiction au stalking. Une façon pour elle d'accumuler des preuves : "Il ajoutait des comptes de stars de pornographie, il parlait avec ses ex comme s'il voulait se remettre avec, mettait des commentaires vulgaires sous des photos, tout en continuant à nier". Jusqu'au jour où il l'a bloquée. "Je me suis sentie impuissante et faible, car c'est lui qui décidait de tout. Dès lors, je ne pouvais même plus lui exprimer ma colère. Je me rappelle avoir eu des fourmis dans tout le corps...".

Une terrible peur de l'oubli, pas toujours fondée

Une véritable attaque de panique pour celle qui a alors compris qu'elle n'aurait plus du tout accès à la vie de son ex. "Quand on se fait quitter, on perd déjà le contrôle d'une situation. Chez les personnes qui ont du mal à lâcher prise, cela peut créer des états d'angoisse très importants. Et en se faisant bloquer, on se voit retirer de nouveau le contrôle qui pouvait éventuellement nous rester", décrypte Lisa Letessier.

En découvrant qu'il ne faisait plus partie de ses amis Facebook, Tom* a lui surtout été anéanti de réaliser que son ex-petite amie voulait vraiment tourner la page. "C'était comme une confirmation de la séparation, trois semaines plus tard. Une façon de dire 'je suis sûre de moi et je veux créer un avenir sans toi, oublier tout ce qu'on a vécu'". Mais être supprimé des réseaux sociaux de son ex signifie-t-il vraiment qu'il va nous oublier ? "Il y a aucun processus mental qui permet du jour au lendemain d'oublier quelqu'un. L'ex qui bloque peut être dans l'évitement de certaines émotions ou il peut aussi y avoir le nouveau partenaire derrière tout ça ! Mais à aucun moment, cela veut dire qu'on n'a pas compté". Parfois aussi, un ex peut couper le contact pour se protéger face à une personne trop insistante voire harcelante. Éviter d'avoir à endosser le rôle du méchant et de culpabiliser, ou juste vouloir retrouver sa tranquillité. Une démarche qui peut être humiliante pour celui ou celle qui la subit.

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La gestion post-rupture des réseaux sociaux mérite d'être discutée

Lisa*, bloquée par son ex sur Facebook, parle d'un sentiment de "honte". "Je me suis sentie blessée, inférieure à lui, comme rabaissée", explique-t-elle. Sans compter qu'il peut être difficile de supporter que les "amis virtuels", autrefois témoins de la romance via des photos, deviennent tout à coup ceux d'une séparation que l'on n'a pas choisie. "Instagram peut être un instantané des clichés de bonheur. Quand l'autre nous fait disparaître, il vient aussi appuyer sur cette question de l'image idéalisée du couple, qui se brise à la vue de tous", explique Michael Stora.

Alors comment faire pour ne pas accabler la personne que l'on quitte, déjà aux prises avec de grandes souffrances, tout en se protégeant soi ? Avoir l'élégance et la sagesse, quand les échanges ne sont pas trop tendus, de discuter de l'avenir de la relation dans le monde virtuel. "On ne peut plus nier la place et le rôle que jouent les réseaux sociaux dans nos vies. Cette forme différente de communication doit être régulée, réfléchie", soutient Lisa Letessier. "Il serait sage de demander à la personne que l'on quitte : est-ce que tu préfères qu'on limite nos profils pour ne pas voir certaines photos qui feraient de la peine, qu'on arrête de se suivre, qu'on se promette pendant un certain temps de ne rien poster etc ? Je pense que c'est une vraie discussion à avoir..."

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