"Il refuse de repasser aux capotes" : quand les choix de contraceptions créent des disputes dans le couple

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Safe sex and Prevent Pregnancy concept.

Choisir un moyen de contraception est à la fois un sujet intime et pourtant assez commun. C'est sans aucun doute une discussion à avoir dans le cadre de son couple. Mais, quand les deux parties n'arrivent pas à se mettre d'accord sur la méthode à utiliser, cela peut générer des tensions, voire des disputes.

Les moyens de contraception n'ont jamais été aussi nombreux qu'aujourd'hui. Préservatif, pilule contraceptive, implant, anneau, spermicide, stérilet... Le choix est varié, permettant à chaque personne de trouver ce qui lui correspond le mieux. Mais dans la très grande majorité des cas, dans le cadre des couples cis-hétérosexuels, cette charge revient à la femme, puisque c'est elle qui risque de tomber enceinte. Elle assume donc généralement la charge contraceptive. En théorie, il serait donc logique que ces dernières puissent choisir la méthode de contraception qui leur convient. Mais leurs partenaires ne sont pas toujours d'accord. 

"Mon mec refuse que j'arrête de prendre la pilule"

Emilie* a 29 ans, et elle est en couple avec son compagnon depuis presque huit mois. "On a tous les deux rapidement fait des tests pour pouvoir arrêter d'utiliser des préservatifs, et j'ai commencé à prendre la pilule. Sauf que ça a très rapidement été un véritable enfer." Chutes de libido, prise de poids, boutons, bouffées de chaleur, sautes d'humeur... La jeune femme multiplie les effets secondaires. "Au début, j'ai cru que ça me demandait simplement une période d'ajustement. C'est ce qu'on nous répète toujours quand on a des effets secondaires avec la pilule, après tout : "C'est juste le temps que ton corps ne s'habitue aux hormones". Mais au bout de sept mois, je ne vois aucune amélioration et ça me mine terriblement."

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Résultat, il y a quelques semaines de cela, elle a pris une décision : celle d'arrêter la pilule en attendant de trouver quelque chose d'autre. "J'ai prévenu mon mec qu'il allait falloir qu'on repasse aux capotes pendant quelques semaines, le temps que je réfléchisse et que je puisse faire le point avec ma gynéco. Et il a pété un câble", regrette-t-elle. "Il m'a dit que je n'avais pas à prendre une décision comme ça toute seule, qu'il refusait de repasser aux capotes parce qu'il n'arrivait pas à jouir comme ça, que je n'avais qu'à continuer la pilule en attendant de trouver une solution... Alors qu'il voit très bien que cela ne me convient pas !" Enervée, cette architecte a bien fait comprendre à son compagnon qu'il n'avait pas le choix. "Quand je lui ai dit que ma santé passait avant son plaisir, il m'a regardée comme si j'étais une merde. Puis, comme s'il avait trouvé l'idée du siècle, il m'a dit que je n'avais qu'à prendre la pilule du lendemain. Après chaque rapport ? Impossible, évidemment..."

Pour Emilie, ce manque de bienveillance est un coup dur. "Je pensais être amoureuse de lui, mais là, vraiment, je me pose des questions. Comment quelqu'un qui prétend m'aimer peut-il si peu se soucier de ma santé, physique et mentale ? J'ai l'impression qu'il veut me donner le mauvais rôle, alors que je ne fais que suivre ce que me dicte mon corps. Et s'il ne s'en rend pas très vite compte, je ne me vois pas aller plus loin avec lui. Ce qui réglera mon problème de contraception, au moins", conclut-elle avec pragmatisme.

"Il ne veut pas avoir d'enfant, mais refuse la vasectomie"

Le cas d'Alizée* est quelque peu différent. A 22 ans, cette étudiante est en couple avec un homme plus âgé, qui est convaincu de ne pas vouloir d'enfant. "Il a 30 ans, et dans sa tête, c'est clair : la paternité, ce n'est pas pour lui. Dès le début de notre relation, il m'a prévenue, et m'a demandé d'être très prudente avec ma contraception, parce qu'évidemment, il n'aime pas utiliser de préservatifs. Soit. De toutes façons, je ne suis pas encore certaine de vouloir des enfants, et j'estime être trop jeune. Mais puisque lui semble si sûr de lui, je me suis permis de lui demander pourquoi il ne passait pas par la case vasectomie."

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Le trentenaire qui partage sa vie ne veut toutefois pas en entendre parler. "Il m'a dit qu'il aurait l'impression d'être "diminué" dans sa virilité, qu'il avait peur que ça l'empêche de bander. Et que de toutes les façons, il me faisait confiance avec la pilule." Sauf qu'un jour, l'étudiante a oublié son cachet quotidien : "Je l'ai prévenu immédiatement, bien sûr. Sur le coup, il a rigolé, et m'a dit : "Ne t'avise pas d'essayer de me faire un enfant dans le dos". Je l'ai pris comme une blague, mais en fait, c'est quelque chose qui revient régulièrement dans ses discours. Et je pense que s'il a si peur que ça d'une paternité non-désirée, il ferait mieux de se faire stériliser. Au moins, il aurait l'esprit tranquille, et il me foutrait la paix."

"Il m'a fallu du temps pour faire accepter à mon mec l'idée du stérilet"

Lassée par la pilule, Marina* a commencé à se renseigner sur les dispositifs de contraception sur le long terme, histoire de ne pas avoir à y penser tous les jours. "L'implant, c'était mort. Si je voulais arrêter la pilule, c'est parce que j'en avais "ras-les-ovaires" des hormones et que je ne voulais plus m'imposer ça. Du coup, mon gynéco m'a proposé le stérilet au cuivre. Pas très agréable à installer, mais une efficacité pour 3 ans minimum, sans avoir à y penser : pour moi, c'était le paradis, une vraie charge mentale en moins."

Malheureusement, son compagnon n'était – au départ – pas très séduit par l'idée. "C'est là qu'on se rend compte qu'il y a un vrai manque d'éducation à la contraception chez les mecs. Il était persuadé qu'il allait pouvoir le "sentir" à la pénétration, que ça risquait de blesser son sexe s'il y allait trop fort..." Finalement, Marina a proposé à son compagnon de venir assister à une consultation avec elle. "Mon médecin lui a montré sur des schémas où serait placé le stérilet, comment ça fonctionnait. Mon amoureux a pu lui poser toutes les questions qu'il se posait. Au final, il m'a fallu du temps pour lui faire accepter l'idée, mais avec un peu de pédagogie, ça s'est finalement très bien passé. Alors les mecs, renseignez-vous sur les différentes méthodes ! Il faut arrêter de croire qu'il n'y a que la pilule dans la vie."

Une charge contraceptive très lourde à porter

Ces désaccords ne font que renforcer ce que l'on appelle la charge contraceptive. Petite soeur de la charge mentale, cette dernière représente tout ce qui entoure la question de la contraception : visites chez un ou une gynécologue, coûts liés à la contraception, fait de ne pas oublier de prendre sa pilule, effets secondaires... Dans son livre Marre de souffrir de la contraception, la journaliste Sabrina Debusquat explique qu'à l'heure actuelle, 90% de cette charge est assumée par les femmes dans le cadre de relations cis-hétérosexuelles. Certes, il n'existe encore que peu de méthodes de contraceptions masculines, mais le manque d'implication générale ce fait à plusieurs niveaux.

Vidéo. Caroline Michel, journaliste et autrice, évoque le problème de la charge contraceptive

Une constatation faite par Julien* après en avoir discuté avec des femmes de son entourage. "J'ai beaucoup de chance d'avoir une copine qui ne se plaint jamais de devoir tout gérer niveau contraception, dans notre couple. Mais en discutant avec mes amies, je me suis dit que vraiment, je profitais de la situation et que ce n'était pas cool de ma part. Malheureusement, je ne peux pas encore prendre la pilule à sa place, ni me faire stériliser car on compte avoir des enfants un jour. Mais je lui ai proposé de l'accompagner chez le gynéco pour mieux comprendre sa contraception. J'ai une alarme sur mon téléphone pour lui rappeler sa pilule au cas où, et surtout, maintenant, on partage les frais liés à la contraception : rendez-vous médicaux, part non remboursée par la sécu de sa contraception, protections hygiéniques. Je m'en veux presque de ne pas y avoir pensé tout seul tellement ça paraît logique."

* Pour des raisons d'anonymat, les prénoms ont été changé

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