Les amants du couvre-feu : "Je me suis retrouvée dans un cercle où tout le monde se caressait mutuellement"

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Les amants du couvre-feu
Les amants du couvre-feu

Depuis le samedi 16 janvier, un couvre-feu est obligatoire à 18h dans toute la France. Dans Les amants du couvre-feu, célibataires et amants racontent comment ils arrivent à concilier contraintes sanitaires avec leurs vies amoureuses et sexuelles.

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Diana a 31 ans. Elle travaille dans la restauration et est donc soumise au chômage partiel depuis quelques mois. C’est parce qu’elle commençait à mal vivre son célibat et le manque de contact avec l’autre, qu’une amie à elle l’a invitée à ce qu’on appelle une soirée privée : "Moi, j’en étais restée au terme partouze. Et je n’avais aucune idée que ce genre de soirées avait encore lieu en ce moment. J’étais en train de me refermer sur moi et je pense qu’on peut dire que je n’étais pas loin de la dépression avérée. Et puis, au début du mois de février, l’une de mes plus proches amies m’a fait une proposition. Avec son mec, ils organisaient une soirée privée chez eux. Si je voulais, je pouvais être invitée. Au début, ça m’a paru être complètement n’importe quoi et puis j’ai écouté à la fois ses arguments sur la sécurité de l’événement mais aussi ceux sur le respect de mon consentement. En gros, elle m’a dit que si je voulais passer la soirée à faire uniquement des câlins, ou même à juste regarder, ce ne serait pas un problème du tout."

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C’est comme si les derniers mois n’avaient pas eu lieu

7 personnes sont invitées dans le grand deux-pièces de l’amie de Diana et chacun et chacune doit fournir deux papiers, un test complet (et négatif) de dépistage des MST et IST et une attestation de négativité au covid après un test antigénique : "Ce sont ces précautions qui ont fini par me rassurer. Je ne connaissais pas tous les invités donc je pouvais faire au moins confiance à quelque chose d’aussi simple que ces papiers. Eux, au moins, n’allaient pas mentir." Coussins et matelas ont été installés au sol et tout commence comme une soirée classique, le confort en plus : "On a ouvert des bières, une bouteille de vin. Il y a tout de suite eu un sentiment d’euphorie à poser des questions aussi cons que "quelqu’un sait où est l’ouvre-bouteille ?". C’est comme si les derniers mois n’avaient pas eu lieu. Ou plutôt comme si la page était déjà tournée et qu’on retrouvait tous les plaisirs. D’ailleurs très vite, l’excitation est montée. Je me souviens qui a embrassé la personne qui était à côté de lui en premier. Ce baiser a étonné tout le monde et a été accueilli avec soulagement dans un second temps. Ensuite, il n’y avait plus d’hésitation. Les bruits de lèvres sur la peau, sur d’autres lèvres ont rempli l’espace. Et puis du sexe plus audacieux encore s’est déroulé."

Diana s’étonne du naturel avec lequel ont eu lieu les échanges : "J’ai commencé avec un couple et puis la femme est partie et c’est un autre homme qui l’a remplacée. À un moment, je me suis retrouvée dans un cercle où tout le monde se caressait mutuellement. On avait envie du contact et envie les uns des autres. C’était plus fluide que je ne l’avais imaginé. Sur ce point et sur beaucoup d’autres, c’était parfait."

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Je sais que beaucoup me jugeront d’avoir pris un tel risque au moment où on préconise de rester seul chez soi

Le seul élément que Diana regrette, finalement, c’est les conditions de cette soirée : "La soirée en elle-même restera un souvenir inoubliable. Et je pense qu’il y a des gens que je vais revoir par la suite. Peut-être même qu’on se retrouvera à nouveau à plusieurs. Mais quand j’y repense, je m’en veux d’avoir passé un si bon moment dans le contexte actuel. Je sais que beaucoup me jugeront d’avoir pris un tel risque au moment où on préconise de rester seul chez soi. C’était une folie, mais une folie maîtrisée. J’ai fait attention aux autres en limitant mes sorties avant cette soirée et en faisant un test. J’ai fait attention à mes collègues en me faisant tester à nouveau quelques jours plus tard. C’est plus, je pense, que les gens qui portent mal leurs masques, qui ne se lavent pas correctement les mains ou qui s’en fichent tout simplement des autres. Une fois dans cette année infernale, j’ai pris soin de moi avant de prendre soin des autres. Je culpabilise, mais j’ai aimé ça. Et comptez sur moi pour m’incruster dans une de ces soirées à nouveau dès que ce sera possible à la fin de la pandémie. Si ce n’est pas avant."

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