Chirurgie esthétique, à la vie à la mort : "Je ne peux plus me regarder dans le miroir sans voir les cicatrices de ma liposuccion"

Chirurgie, à la vie à la mort :
Chirurgie, à la vie à la mort : "Je ne peux plus me regarder dans le miroir sans voir les cicatrices de ma liposuccion". © Getty Images

Un peu de botox par-ci, une augmentation mammaire par-là... La chirurgie esthétique est de moins en moins taboue. Ces opérations, longtemps cachées comme un secret honteux, sont désormais promues par les médecins qui les pratiquent comme par certaines stars et influenceurs ou influenceuses qui en ont bénéficié. À travers cette série "Chirurgie esthétique, à la vie à la mort", Yahoo tente de démystifier les raisons qui poussent les personnes à avoir recours à un acte de chirurgie, souvent irréversible, pour changer l'aspect de leur corps. Nous publierons une série de témoignages de personnes pour qui la chirurgie esthétique a changé la vie positivement ou négativement.

Si vous aussi vous voulez témoigner, vous pouvez envoyer un message à cette adresse : laetitia.reboulleau@gmail.com .

Si une chirurgie peut bouleverser la vie, ce n'est pas toujours en positif. Et c'est ce qu'a vécu Mélissa* au milieu des années 2000. Si vous avez grandi dans les années 90 et les années 2000, et que vous faites plus d'une taille 36, vous avez forcément pensé, au moins une fois dans votre vie, que vous étiez "trop grosse". Si notre société est en phase d'accepter de mieux en mieux les silhouettes qui s'éloignent des diktats de la beauté (même si le chemin à parcourir est encore long), cette période reste fermement marquée par une grossophobie ambiante et nauséabonde. À l'époque, le look "Héroïne chic" (la drogue, pas les personnes dotées de super pouvoirs) était largement encensé. Il fallait être menue, filiforme. Ne pas dépasser les 50 kilos sur la balance, et tout faire pour s'approcher au maximum de la taille zéro. Une ambiance délétère pour les adultes, mais encore plus pour les ados qui ont grandi avec des complexes.

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Une liposuccion pour ses 18 ans

Mélissa*, qui a aujourd'hui 33 ans, a grandi dans cette ambiance, avec une mère mince obsédée par son apparence. "À 10 ans, je me rappelle de voir ma mère se peser tous les jours, prendre les mesures de son tour de taille, de son tour de cuisses... À 12 ans, elle a commencé à me mettre au régime car elle me trouvait trop rondelette. À 14 ans, je devais l'accompagner faire son footing tous les trois jours. À 15 ans, elle m'a accusée de cacher de la nourriture dans ma chambre... Et elle avait raison."

Face aux privations imposées par sa mère dans l'optique de lui faire perdre du poids, l'adolescente a développé des troubles du comportement alimentaire, et plus spécifiquement, de la boulimie. "Je me goinfrais en cachette parce que j'étais affamée, mais par peur de subir les foudres de ma mère, je me faisais vomir dans la foulée." Sa famille ne l'a jamais su. "La seule chose que ma mère constatait, c'était le poids sur la balance, qui continuait de grimper régulièrement." Une chose normale pour une adolescente en pleine croissance, mais scandaleuse pour cette femme "vaniteuse, obsédée par son apparence". "Pour me motiver à perdre du poids et à rester mince, pour mes 18 ans, ma mère a décidé de m'offrir une liposuccion des cuisses et du ventre."

Un premier rendez-vous chez le médecin traumatisant

Quelques jours après son anniversaire, le rendez-vous est pris, avant même que Mélissa ne réalise vraiment ce qui lui arrive. "Je me suis retrouvée à moitié nue devant un mec armé d'un marqueur, qui dessinait des flèches sur ma peau, attrapait mon gras en disant 'tout ça doit disparaître', et qui présentait cette opération comme 'un miracle' qui allait me 'donner un coup de pied au cul' pour me motiver à prendre soin de moi. Il a conclu en affirmant que j'avais de la chance d'avoir une mère qui m'aimait suffisamment pour tout faire pour me rendre belle et désirable. Je pense que ce jour-là, j'ai perdu le peu de confiance en moi-même qui me restait."

"Eteinte" moralement, la jeune adulte accepte de passer sur le billard pendant l'été, après son bac, quitte à sacrifier ses vacances entre amis. "Je suis rentrée dans une école supérieure loin de chez moi, où personne ne savait que j'étais une ancienne "grosse". J'étais passée du 40 au 36. Ma mère était heureuse, mais moi je m'habillais dans le noir pour ne pas voir ce corps que je ne reconnaissais pas. Et puis, forcément, comme la liposuccion n'était au final qu'un pansement sur un problème bien plus gros... J'ai commencé à reprendre du poids, moins d'un an après l'opération."

La colère de sa mère

L'été de ses 20 ans, Mélissa part en vacances au bord de la mer avec sa famille. "Je me souviens encore du visage de ma mère en train de se décomposer quand elle m'a vue en maillot de bain", raconte-t-elle avec amertume. "Sur le coup, elle n'a rien dit, mais le soir, elle est venue me hurler dessus dans ma chambre, me disant que je ne servais à rien, que j'avais tout gâché en reprenant mes kilos, qu'elle avait dépensé une fortune pour rien." Des mots durs, violents, mais qui ont été une véritable prise de conscience pour la jeune femme.

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"J'ai pris le taxi en pleine nuit sans rien dire à personne pour aller à la gare et rentrer chez moi. Une amie m'a récupérée en larmes à la sortie de mon train, et je lui ai tout balancé : les vomissements, l'opération, les reproches, les complexes... Tout est sorti d'un coup, comme si un barrage avait lâché quelque part." Le lendemain, son amie lui donne les coordonnées de son médecin, qui lui conseille alors de prendre rendez-vous avec une diététicienne-nutritionniste pour apprendre à contrôler ses TCA, mais aussi avec une psychologue. "Le même jour, j'ai décidé de couper les ponts avec ma mère, au moins le temps de me concentrer sur ma guérison. J'ai conscience aujourd'hui qu'à l'époque, j'étais au bord du suicide, et que j'ai été sauvée in extremis par la bienveillance de mon amie et de son médecin."

Le bilan, 15 ans plus tard

L'été 2022 marque les 15 ans de l'opération de Mélissa. Depuis, la trentenaire n'a toujours pas renoué avec sa mère, mais elle a retrouvé une partie de sa confiance en soi. "J'ai repris du poids, plus qu'à l'adolescence, où finalement, je n'étais pas si grosse que ça. J'ai toujours du mal avec mon reflet dans le miroir, par contre. Je ne peux plus me regarder sans voir les cicatrices, même si elles sont infimes, ou encore les endroits où ma peau est un peu plus distendue, comme un ballon dégonflé."

Mais surtout, la jeune femme est en colère. "Je ne comprends pas comment un médecin a pu, à l'époque, laisser une gamine qui n'y comprenait visiblement rien subir une telle opération. Je ne comprends pas pourquoi je n'ai pas eu de suivi psychologique, davantage d'explications, de prévention. Pour ma mère comme pour ce chirurgien, le fait d'être mince aurait dû suffire à me rendre heureuse. Mais la minceur ne fait pas le bonheur, je le sais aujourd'hui. Je sais aussi que je vivrais toute ma vie avec les marques et les souvenirs de cette opération de chirurgie esthétique que je n'aurais jamais dû avoir."

* Pour des raisons d'anonymat, le prénom a été changé.

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