Sur Youtube, en cabinet ou sur Tiktok, ces jeunes qui consultent des voyants

·Journaliste lifestyle
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Les millenials dépoussièrent l'image de la voyance, et ce n'est rien à côté de la génération Tiktok qui consomme des capsules de cartomancie ou d'astrologie "prêtes-à-l'emploi" sur leurs smartphones. Ces jeunes pressés de connaître leur avenir témoignent.

Getty images
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Vivi* a 30 ans quand elle entend parler par une amie d'une professeure de reiki qui a des dons de voyance. Trahie en amour par le passé, elle doute de son couple et décide de confier ses angoisses à cette inconnue. "J'étais dans une situation de fragilité alors je m'accrochais à ses mots, elle distillait beaucoup d'espoir et en même temps, elle ne m'a pas vendu du rêve. Elle m'a même balancé que j'avais un problème d'égo !". Vivi rentre chez elle malgré tout plus confiante et s'empresse d'écrire dans un carnet la "somme d'infos à comprendre et digérer" dont la voyante lui a fait part. Des années plus tard, elle réalise qu'elle a vu juste sur beaucoup de points. "C'était assez précis et il y a beaucoup de choses qu'on ne comprend qu'après !". De quoi la convaincre de retourner voir une voyante entre les deux confinements, suite à de nouvelles tensions avec son compagnon : "Je me demandais si je devais malgré tout avoir un enfant avec lui. J'ai ressenti de nouveau le besoin d'être éclairée".

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Amina* est en formation de sophrologie quand elle entend parler avec enthousiasme par ses camarades d'une femme qui lit l'avenir dans le marc de café. Elle décide à son tour de la rencontrer : "À 80% par curiosité, à 20% parce que j'espérais qu'elle me confirmerait que j'étais sur la bonne voie professionnelle", explique-t-elle. Bien que la cafédomancie soit tombée en désuétude en France, la voyante en question n'avait elle rien de rococo. "Elle ne vivait pas seule dans une roulotte avec des chats et une boule de cristal comme on peut se le représenter dans l'imaginaire collectif, mais dans une maison tout à fait normale. Elle était mariée et avait eu des enfants". Si elle ne pense pas réitérer l'expérience, Amina admet avoir été bluffée : "Beaucoup de choses résonnaient avec mon vécu. Elle avait un sacré franc-parler et n'était pas là pour caresser les gens dans le sens du poil ! On sentait que ses dons de voyance étaient maîtrisés et elle inspirait le respect".

Près d'1 jeune de moins de 35 ans sur 5 a consulté un voyant au sujet de la crise sanitaire

Comme Vivi et Amina, les jeunes sont particulièrement friands de parasciences, en réalité bien plus que leurs aînés. En effet, 66% des moins de 35 ans y croient, contre une moyenne de 58% pour l'ensemble des Français, selon une étude Ifop de 2020. À l'âge de l'entrée dans l'âge adulte puis des premiers engagements, ils font confiance en premier lieu à l'astrologie, puis à la voyance ou encore la lecture des lignes de la main... À commencer par les jeunes femmes, qui pour les trois quarts croient au moins à une discipline. Angoisses au sujet de la santé, horizons bouchés, perte d'une relation importante ou d'une situation etc... de façon générale, l'usage de l'art divinatoire explose depuis le début de la pandémie. Alors que près d'1 jeune de moins de 35 ans sur 5 a consulté un voyant au sujet de la crise sanitaire, d'autres se tournent vers les arts divinatoires pour tenter de se remettre de ses conséquences...

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Louise, 28 ans, a commencé à tirer les cartes, toute seule, dans son petit appartement parisien, après avoir été quittée par son copain, perdu des clients et des projets de voyages. "Je me sentais impuissante, sans possibilité d'agir pour aller mieux et j'avais besoin de retrouver espoir en l'avenir". La jeune femme a ressorti de son armoire un vieux tarot de Marseille offert par une tante il y a plusieurs années, et s'est lancée dans l'interprétation de tirages. "Je m'aide beaucoup d'internet, je regarde des vidéos sur YouTube de personnes qui expliquent la signification des arcanes, les combinaisons etc. C'est très difficile quand on débute, on se rend compte qu'on peut vraiment faire dire aux cartes ce que l'on veut. Et ce que je veux, c'est retrouver tout ce que j'avais et qui me rendait heureuse".

Le nouveau souffle de la cartomancie sur TikTok

Les cartes de tarot connaissent un retour de flamme inattendu. Jusqu'à s'inviter sur TikTok, le réseau social adolescent par excellence. Ocy vibes y a créé une chaîne de coaching spirituel, suivie par près de 15 000 abonnés. "Ce qui marche le mieux, ce sont les vidéos de tirages de cartes et les vidéos parlées sur la spiritualité et le développement personnel". Des messages sans destinataires précis sur lesquels les utilisateurs de TikTok peuvent tomber "par hasard" grâce à l'algorithme. Signe, selon la cartomancienne, qu'ils leur sont en fait destinés. Ses vidéos les plus regardées concernent les surprises attendues pour l'année 2021 et la signification des heures miroirs (11h11, 22h22 etc). "Mais avant tout, les questions qui reviennent le plus chez les jeunes sont celles qui ont trait au domaine sentimental", nous confie la jeune femme qui partage sur son TikTok un lien vers son activité payante de tarot, cette fois personnalisée.

Sarah*, amoureuse en secret d'un garçon de son âge, est une grande adepte de ce genre de vidéos succinctes. Tous les jours ou presque, elle regarde un tirage de cartomancie du type "pense-t-il à moi ?", devant lequel elle choisit mentalement une carte censée lui apporter la réponse. "Au début je les regardais par curiosité, mais aujourd'hui, c'est devenu un rituel. Les vidéos durent quelques secondes, c'est gratuit et ça me met souvent de bonne humeur. Sauf quand la réponse est négative, mais dans ce cas-là, je regarde vite une autre vidéo sur le même thème", avoue-t-elle. "Donc finalement, c'est plus un passe-temps qu'autre chose, et je ne compte pas me laisser convaincre par les prestations payantes". En France, le hashtag #tiragecarte compte déjà 4 millions de vues sur TikTok, et #cartomancie plus de 115 millions.

*Les prénoms des témoins ont été modifiés

Article : Wassila Djellouli

Interviews : Carmen Barba

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