Largué.e, délivré.e : "Même si je n’ai pas de chérie, j’ai l’impression que je n’ai jamais autant eu d’amour dans ma vie"

Lucile Bellan
·5 min de lecture
Largué.e, délivré.e :
Largué.e, délivré.e :

Vous vous rappelez de ce sentiment de vide quand il ou elle prononce l’irrévocabilité ? Pourtant, les ruptures, si elles peuvent apparaître insurmontables, nous apprennent toujours. Largué.e, délivré.e raconte ces moments de la vie où il a été question de se réinventer pour vivre une vie plus belle encore.

Si vous aussi vous voulez raconter vos belles histoires de vie, d'amitié et d'amour, vous pouvez envoyer un message à cette adresse : lucilebellan@gmail.com.

Christophe a 41 ans et il a été en couple 7 ans avec Blanche : "Au départ, on était plutôt rock n’roll. Pendant un moment on n’habitait pas ensemble. On défendait farouchement notre indépendance. On a même été en couple libre. Et puis, avec les années, on s’est retrouvés à vivre un peu plus dans la norme… jusqu’au moment où elle m’a demandé si il n’était pas temps de se pacser et de faire un enfant. Tout était très construit dans sa tête. Pour elle, on avait bien profité mais il fallait que ça s’arrête. Je ne voyais pas ça du tout comme ça et j’espérais qu’on arrive à faire vivre notre modèle, un modèle qui marchait pour nous, le plus longtemps possible. Elle a réalisé qu’on ne pensait pas du tout de la même manière et qu’il fallait que l’un d’entre nous fasse de grosses concessions pour rester avec l’autre. Elle a préféré me quitter pour vivre sa vie comme elle l’entend et que je puisse faire pareil".

Vidéo. Femmes et hommes victimes d'un même système : le système viriliste

Ce n’est pas parce que je refuse le modèle de couple monogame normé que je ne suis pas mature et engagé envers les gens que j’aime

Sur le coup, Christophe est choqué : "Déjà, j’ai dû accepter qu’on n’avait pas du tout la même vision de notre histoire et de la vie en général. Tout était basé sur le fait qu’on voulait la même chose. Et là, j’ai découvert qu’en fait, elle voyait ce qu’on avait construit comme une transition. Je me suis senti trahi parce que j’ai interprété ça comme une manière pour elle de me dire : "Bon, maintenant, fini de jouer, tu as bien profité mais maintenant c’est le moment de vivre comme un adulte". Or je vis déjà comme un adulte. Ce n’est pas parce que je refuse le modèle de couple monogame normé que je ne suis pas mature et engagé envers les gens que j’aime. J’ai un travail, j’ai un appartement, je suis une personne stable, juste je ne crois pas à l’engagement pour la vie défini par un contrat et je ne crois pas non plus qu’il soit sain de vivre par défaut avec une personne sans pouvoir profiter de son propre espace." La rupture remet en question l’avenir qu’il avait fantasmé mais également sa relation passée. Il décide de ne pas se mettre en recherche d’une nouvelle personne avant d’avoir bien fait le point sur ses désirs et ses besoins personnels : "Dans un second temps, j’ai eu peur d’avoir fait miroiter des choses à Blanche. De ne pas avoir été assez clair sur mes intentions. Alors je me suis dit qu’il était important de poser les choses à plats et d’arriver sur le marché de la drague avec des conditions bien définies."

Vidéo. France Ortelli explique pourquoi il y a de plus en plus de célibataires

Je ne veux pas me mettre avec quelqu’un par défaut, par peur de la solitude

Christophe laisse passer un mois, puis deux, puis six, sans avoir la moindre envie de se remettre en couple : "J’ai d’abord cru que c’était de la déprime. Et puis en fait, j’ai réalisé que j’étais beaucoup plus heureux seul. Je suis un célibataire épanoui. En deux ans, j’ai eu l’occasion de partager des moments avec trois femmes et elles aussi n’avaient aucune envie d’engagement. Ça ne nous a pas empêché d’avoir des relations suivies et puis de nous quitter sans rancune quand l’envie n’était plus là ou qu’on n’était plus aussi disponibles." Le quadragénaire pense souvent à ce qui relève maintenant du choix de vie : "On me dit beaucoup que je vais regretter, que je vais changer d’avis quand je vais tomber sur "la bonne", que je vais vieillir seul et que ce sera dur. Je pense à tout ça. Mais je ne veux pas me mettre avec quelqu’un par défaut, par peur de la solitude. Et surtout je n’ai toujours pas trouvé de modèle parfait où on se laisse vivre, on s’accorde de la liberté, tout en s’engageant ensemble. L’équilibre est trop difficile à tenir et les attentes finissent toujours par diverger. Je m’engage auprès de mes proches, de mes amis, de ma famille. Je n’ai pas d’enfant et je n’en veux pas mais ça ne m’empêche pas d’être un tonton poule. Ce que beaucoup investissent dans le couple, moi je l’investis dans mon épanouissement personnel et mes autres relations. Et je ne suis pas seul. Je ne le suis jamais. J’ai toujours un ami à appeler ou ma soeur sur qui compter. Et j’essaye d’être autant là pour eux. Cette rupture finalement m’a mené sur une voie qui me ressemble encore un peu plus. Maintenant, je sais où j’en suis et ce que je veux. Et même si je n’ai pas de chérie, j’ai l’impression que je n’ai jamais autant eu d’amour dans ma vie."

De la même autrice :

>>Largué.e, délivré.e : “Je suis allé me coucher et quand je me suis réveillé, elle avait pris ses affaires et elle était partie”

>> Le couple à l'épreuve du confinement : "Ça a fait grandir la frustration et on a souvent passé notre colère sur l’autre"

>> Le Grand Swipe : "Elle est arrivée à notre premier date avec 30 min de retard, j’ai failli partir mais j’ai eu une intuition"