1 personne sur 3 humiliée par son partenaire à cause de ses règles : "Il refuse qu'on dorme dans le même lit"

Two menstrual pads with red glitter on blue colored background. Minimalist still life photography concept (JulyProkopiv via Getty Images)

Comme si avoir ses règles n'était déjà pas assez désagréable ! Selon une étude Ifop, bon nombre d'hommes ont toujours autant de mal à gérer avec bienveillance les menstruations de leurs partenaires. Douleurs dénigrées, moqueries, remarques... Les personnes concernées racontent.

Avoir ses règles est une galère que connaît plus de la moitié de la population mondiale. Entre les douleurs plus ou moins fortes, la précarité menstruelle, les difficultés à trouver des protections menstruelles qui ne soient ni dangereuses pour la santé, ni inconfortables, c'est un vrai calvaire tous les mois. D'autant qu'une bonne partie des hommes cis ont encore du mal à comprendre que cette période du mois peut être vraiment douloureuse pour bon nombre de concernées, d'où l'intérêt du congé spécial règles. D'ailleurs, une étude menée en 2021 l'a prouvé : certains n'hésitent pas à se moquer de leurs partenaires pendant leurs menstruations.

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"Mon partenaire est toujours dégoûté quand je lui dis que j'ai mes règles"

En mai 2021, une étude Ifop en partenariat avec Intima s'intéressait à l'impact des règles sur la vie des personnes menstruées. Et cette dernière tirait de tristes conclusions : 83% des Français·es ont déjà renoncé à avoir des relations sexuelles lors de leurs règles, 31% à se rendre à un rendez-vous galant et 28% à sortir avec leurs ami·e·s à cause de leurs menstruations. Pire : 46% d’entre des personnes concernées ont déjà eu le sentiment que la gêne ou la douleur de leurs règles étaient sous-estimées par leurs amis hommes cis, et 42% par des membres masculins de leur famille.

Et enfin, 33% des personnes réglées ont déjà subi des moqueries ou des remarques désobligeantes en raison de leurs menstruations. Ce chiffre ne surprend pas Noëlle outre mesure : à 47 ans, elle se réjouit d'approcher de la ménopause et d'être "débarrassée du fardeau" que représentent ses règles. "Je suis avec mon partenaire depuis 27 ans, et pas une seule fois nous n'avons couché ensemble pendant mes menstrues. En soit, ça ne me dérange pas, je peux comprendre qu'il ne soit pas à l'aise avec le sang. Mais le problème, c'est que ça dépasse le cadre du sexe." L'homme âgé de 54 ans ne cache pas sa désapprobation lorsqu'elle évoque ce qu'elle appelle pudiquement "la zone rouge". "Les rares fois où il est allé faire les courses à ma place, il a refusé de m'acheter des tampons. Il est toujours ouvertement dégoûté quand je lui dis que j'ai mes règles. Pendant cinq jours, j'ai l'impression d'être une pestiférée." Résultat : la quadragénaire se réjouit de n'avoir eu que des fils : "Je n'aurais pas supporté qu'il fasse des réflexions à une fille, et j'essaye d'éduquer mes garçons pour ne pas qu'ils agissent comme leur papa."

"On fait chambre à part une fois par mois, et ça me fatigue"

Le cas de Noëlle est loin d'être isolé. Et il est loin d'être générationnel. Clémentine, 26 ans, est en couple avec un homme qui agit exactement de la même façon. "Je suis avec mon mec depuis 4 ans, et pendant le premier confinement, on a décidé d'emménager ensemble. Le moment venu, je lui ai naturellement dit que j'avais mes règles, et il m'a chassée du lit ! Il a affirmé que l'odeur de mon sang l'indisposait, qu'il ne pourrait pas dormir avec la crainte de se réveiller dans un lit inondé de sang."

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La jeune femme a essayé de lui expliquer que cela ne fonctionnait pas comme ça, et qu'avec une protection, ils ne risquaient pas grand-chose pendant leur sommeil. "Dans le pire des cas, il y a quelques gouttes de sang sur le lit, je change les draps, et basta." Sauf que cela ne lui convient pas. "Chaque mois, quand j'ai mes règles – ce que je peux difficilement lui cacher – on fait chambre à part. Et évidemment, c'est moi qui dois aller dormir dans le canapé. Il me dit que si je ne suis pas contente, je n'ai qu'à prendre la pilule en continu pour ne plus avoir mes règles. Merci du cadeau ! Ça me fatigue, et chaque mois qui passe me donne un peu plus envie de rompre avec lui." Difficile de l'en blâmer.

"Mon mari a annulé nos vacances à cause de mes règles"

"En temps normal, j'ai toujours mes règles à date fixe, mais depuis que j'ai eu le Covid, c'est un peu le bazar." Justine fait partie des femmes qui ont vu leur cycle menstruel déréglé par le Coronavirus, et elle s'en accommode. Mais elle ne s'attendait pas à une conséquence sur ses vacances, l'été dernier. "J'étais hyper impatiente d'aller passer une semaine dans un spa en Grèce, mais deux jours avant le départ, mes règles débarquent, et je râle devant mon mari. Le lendemain, il m'annonce qu'il a annulé nos vacances !"

Surprise, la jeune femme âgée de 30 ans l'interroge sur cette décision, prise sans la moindre concertation. "Il m'a dit qu'il était hors de question que j'impose aux autres baigneurs mes menstruations, que c'était sale, et qu'en plus on ne pourrait pas avoir de relations sexuelles pendant la majeure partie de notre séjour. Du coup, il ne voyait plus l'intérêt de partir, et il s'est servi de l'excuse du Covid pour annuler sans frais notre séjour. J'étais outrée et choquée devant autant de bêtise de sa part." Très énervée, Justine a essayé d'expliquer à son compagnon qu'avec sa cup menstruelle, elle n'allait pas polluer le jacuzzi, et que de toute façon, les bassins des spas étaient traités pour garantir l'hygiène des baigneurs. "Il n'a pas voulu en démordre. Je ne le pensais pas aussi arriéré, et surtout, je ne vois pas à quel moment il a pu croire qu'il pouvait prendre ce genre de décision sans m'en parler. Ça en dit long sur le peu de respect qu'il a pour moi, mais aussi de sa méconnaissance en matière de menstruations."

Face à ce genre d'attitude, la conclusion de l'étude de l'IFOP n'est pas surprenante, même si elle est regrettable : si elles avaient le choix, 87% des personnes menstruées renonceraient sans hésiter à leurs règles, histoire d'être tranquilles en permanence.

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