Mois de la masturbation : "Je ne pensais pas que c'était possible, mais j'ai totalement arrêté de me toucher"

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La masturbation peut paraître très naturelle pour de nombreuses personnes. Pour ces dernières, c'est un bon moyen de se faire du bien, de relâcher la pression, de s'endormir plus facilement, de se sentir mieux dans sa peau... Mais pour d'autres personnes, le plaisir solitaire a fini par perdre de son attrait. Ils expliquent pourquoi.

Chaque année, le "No Nut November" encourage les internautes – et plus particulièrement les hommes – à ne pas se masturber pendant un mois avec plusieurs objectifs : renouer avec son corps, retrouver sa libido, réapprendre le plaisir de la jouissance au-delà du côté mécanique du plaisir solitaire... Ce challenge flirte avec le tantrisme, puisqu'il incite au contrôle de soi et de son plaisir, mais il est aussi beaucoup tourné en dérision. Pour cause : la masturbation, ça fait du bien. Pour la plupart des personnes qui la pratiquent, c'est la quasi-assurance de jouir de manière efficace, sans avoir besoin de l'aide de qui que ce soit. Bref, c'est une activité somme toute largement répandue chez les ados comme chez les adultes.

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Confessions d'une "accro à la branlette"

Lucie*, 33 ans, se décrit comme une "ancienne adepte de la paluche". Pendant de nombreuses années, la masturbation était son rendez-vous bien-être quotidien, et tous les moyens étaient bons pour lui permettre de prendre son pied en solo. "Vous auriez vu la collection de sextoys que j'avais à l'époque ! Plus d'une trentaine, j'avais envie de tout tester, de tout découvrir, pour un peu que ça m'apporte du plaisir. Je n'y connais pas grand-chose en matière d'addiction, mais je pense que j'étais clairement accro à la branlette. Et au début, je ne voyais pas du tout le problème."

Célibataire, vivant en solo dans un petit studio parisien, ville où elle venait d'emménager et où elle ne connaissait pas grand-monde, Lucie a pris l'habitude de se caresser "pour passer le temps" et pour "se détendre après une longue journée." "À l'époque, je venais de débarquer de mon sud-ouest natal, pour un poste à responsabilité en tant que commerciale. Mais j'ai vite compris que les horaires imposés par mon boulot allaient limiter mes sorties, et donc mes opportunités de faire connaissance avec qui que ce soit. À défaut de sortir boire un verre avec des potes pour bitcher sur mon patron le soir, je rentrais chez moi, je prenais un verre de vin, et je me masturbais dans la baignoire, sur le canapé, dans mon lit... Le tout avec l'impression de vivre une vie de rêve, à la Sex and the City."

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Une question de sérotonine

"Le problème, c'est que j'avais pris l'habitude de me masturber pour tout et pour rien", poursuit-elle. "Une mauvaise nouvelle au bureau ? Masturbation. Une insomnie ? Je teste un nouveau vibro. Une deadline qui approche et qui m'angoisse ? Je file sous les draps. Là où ça a commencé à poser problème, c'est qu'en pleine réunion avec mon patron, alors qu'il me hurlait dessus, j'ai commencé à ressentir le besoin de me masturber. Comme si ça pouvait me protéger, ou tout du moins, me faire oublier."

"Quand j'y repense, plus que le plaisir sexuel, je cherchais surtout le shoot d'apaisement lié à la jouissance", conclut Lucie. Elle n'a pas tort : lors de l'orgasme, le cerveau produit un cocktail très sympathique pour se sentir mieux dans sa peau, de mieux dormir, de se détendre : la dopamine pour le plaisir, les endorphines pour la sensation de bien-être, un zeste de sérotonine contre l'anxiété, une pincée d'ocytocine, aussi appelée hormone de l'amour... Bref, que du bon, à condition de ne pas en abuser. "Quand je me suis rendu compte que je ne pouvais plus me passer de me toucher dès que quelque chose n'allait pas, j'ai décidé qu'il fallait que ça change. J'ai commencé à voir un psy, et du jour au lendemain, j'ai arrêté la paluche. Ça n'a pas été facile, mais aujourd'hui, j'arrive très bien à m'en passer." Son dernier plaisir solitaire ? "En mars 2019 ! J'ai fêté mes 2 ans de "fapstinence" il n'y a pas longtemps, en dépit du confinement", rigole-t-elle.

"Je pleurais à chaque fois que je me branlais"

La situation de Corentin* est quelque peu différente. Il y a trois ans, ce quadragénaire s'est séparé de sa partenaire. "La rupture a été difficile, brutale. J'ai découvert qu'elle me trompait depuis longtemps, alors qu'elle prétendait n'avoir aucune libido. Visiblement, c'est juste qu'elle n'avait pas envie de moi. C'est terrible à vivre, et ça a clairement ruiné mon estime de moi", confie-t-il avec émotion. Quelques semaines après leur rupture, il réalise qu'il rencontre de plus en plus de problèmes à se masturber. "Au début de la branlette, tout allait bien, puis petit à petit, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à elle, à ses commentaires sur mon physique, mes performances au moment de notre rupture. Je finissais en larmes à chaque fois. J'étais dégoûté de mon propre corps."

Face à cette situation, il a très vite préféré arrêter de se masturber "en attendant que ça passe". "Comme tous les mecs, j'ai été bercé avec les fausses croyances qui disent qu'un homme a besoin de se 'vider' pour être en bonne santé, que c'est naturel. Que de ne pas me faire jouir pouvait me rendre agressif, et toutes ces autres bêtises masculinistes auxquelles on nous biberonne dès l'adolescence. En réalité, je me suis vite rendu compte que le fait de ne pas me masturber ne changeait strictement rien. Je ne pensais pas que c’était possible, et pourtant, on en est là. Et ça a été confirmé par mon médecin." Et aujourd'hui, cela ne lui manque pas. "On s'habitue vite, c'est comme pour tout. Les premières semaines ont été difficiles, et puis après, j'ai oublié. Je n'y pensais plus. L'envie n'était pas là." La seule inquiétude du quadra ? "Depuis quelques semaines, je flirte avec une femme rencontrée sur une application. On doit se rencontrer dès que la situation sanitaire le permettra. Est-ce que je vais assurer, après plus de 3 ans sans avoir joui ? L'avenir me le dira. En tout cas, elle m'a promis d'être compréhensive dans tous les cas." C'est déjà ça.

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