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Amina Frühauf (Être mère – Taha, Bilal et moi) : "Je ne voulais pas que mon fils agisse comme un hétéro classique"

·Journaliste
·6 min de lecture
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Dans un livre autobiographique Être mère – Taha, Bilal et moi (éd.Michel Lafon), Amina Frühauf, la maman de l'artiste Bilal Hassani, évoque son engagement féministe et l'éducation de ses deux fils, Taha et Bilal.

Certains diront "c’est la maman de". En réalité, Amina Frühauf est la mère qui a permis que… Elle est la maman et la manager de Bilal Hassani, ce jeune artiste français, ovni pour certains, qui a porté les couleurs de la France à l’Eurovision. Cette Marocaine a passé sa vie à combattre l’obscurantisme et à défendre la liberté. Dans son récit autobiographique, Être mère – Taha, Bilal et moi (éd. Michel Lafon), Amina Frühauf expose tous les aléas qui ont jalonné sa vie de femme et de mère. Chez Yahoo, on s’est intéressées à ce récit parce qu’il témoigne de son profond engagement féministe. Des valeurs qu’elle a d’ailleurs transmises à ses deux fils, Taha et Bilal.

"Le monstre du patriarcat me poursuit chez moi"

Elle a 22 ans lorsqu’elle fuit son Maroc natal et patriarcal. Un pays dans lequel elle étouffe. Amina Frühauf décide de poursuivre ses études en France, nation des droits de l’homme mais également patrie qu’a longtemps combattue son père au temps du protectorat français au Maroc. Comment annoncer à son père, ce grand résistant, qu'elle souhaite vivre son rêve de femme indépendante en France ? Amina Frühauf tient bon et prend son envol.

Sur le campus de l'Université de Bordeaux, où elle poursuit ses études de biologie, elle fait la rencontre de Rali, son futur mari et père de ses deux fils.

Après des premières années de bonheur, le rêve de liberté s’étiole. "Le monstre du patriarcat avec ses privations et sa forme autoritaire que j’avais fui me poursuit maintenant chez moi, dans ma chambre, dans mon lit" confie-t-elle. Le mari d’Amina vire dans l’obscurantisme religieux. "Il était hors de question, malgré tout l’amour que j’avais pour cet homme, de m’asseoir sur ma liberté.". Elle décide de se séparer et part vivre seule avec ses deux enfants de 6 et 2 ans.

"Il me restait 300 euros pour faire vivre ma famille"

S’en suivent des mois d’errance qui font plonger la petite famille dans la précarité. "Je me suis retrouvée, comme la majorité des femmes en France, dans une précarité assez inquiétante. Il y a des mois, où il me restait 300 euros sur mon compte une fois que j’avais payé l’école, le loyer… Je mangeais ou je ne mangeais pas… Mes enfants mangeaient, ils avaient un toit. Et c’est tout, ça me suffisait.".

"Je ne voulais pas qu’il agisse comme un hétéro classique"

Ces difficultés pécuniaires l’ont obligée à enchaîner les petits boulots. Mais à aucun moment, Amina Frühauf n’a regretté sa décision d’éloigner ses enfants du modèle patriarcal imposé par la pratique de l’extrémisme religieux. L’éducation féministe de ses fils devient un cheval de bataille. La jeune maman ne baisse pas la garde avec son aîné, Taha, qui s’intéresse "aux robots, qu’il met en scène dans des batailles intergalactiques.". Elle partage ses craintes : "En tant que mère, ma grande peur serait de voir Taha reproduire la violence entretenue par le déterminisme patriarcal. (…) Dans ma jeunesse, j’ai trop vu les femmes marocaines souffrir de ces oppressions. Il faut à tout prix rompre cette chaîne de la reproduction des violences."

Elle éduque Taha dans le respect des femmes, en l’éloignant du modèle "hétéro classique", une de ses grandes angoisses. Ce qui a valu à son fils d’être traité de "canard" par ses camarades masculins de classe. "Ils ont reproché à Taha son manque de rudesse auprès des filles de sa classe, la sensiblerie dont il faisait preuve, supposée appartenir exclusivement au domaine masculin."

Vidéo. "Qu'on le veuille ou non, Bilal et moi on dérange"

"Les enfants se moquaient de sa façon de marcher"

Amina doit surmonter cet autre écueil qu'est le racisme. À l'école, son fils Taha est attaqué sur ses cheveux, comparés à ceux d'un mouton. Il est également victime de racket de la part de ses camardes. Le harcèlement scolaire le plonge dans un dégoût de l'école et fait chuter ses notes. À ce moment critique, la maman célibataire se retrouve isolée. Le corps enseignant ne se montre pas moins étriqué. À l’instar de cette professeure de français qui sous-entend que les difficultés scolaires de son fils Taha sont liées au manque de livres à la maison.

Dans ce pays qu’elle chérit tant pour les valeurs de liberté, la jeune maman comprend que le parcours de son plus jeune fils, Bilal, risque d’être ombragé. "Très tôt, j’ai compris que Bilal était différent des autres garçons. Il jouait à la Barbie, il aimait les magazines de mode… Donc, j’ai essayé de le protéger.".

Malgré ses efforts, Bilal est confronté très jeune à l’homophobie crasse au sein de son environnement scolaire. À 14 ans, il est exclu de son collège parce qu’il a embrassé un garçon. Dans son livre, Amina Frühauf revient sur cet évènement qui a fait plonger son cadet Bilal dans l’anorexie.

"Apparemment dégoûtés de savoir leurs enfants en présence d’un garçon gay dans les murs de l’école, ces parents ont fait pression sur le chef de l’établissement et exigé l’exclusion de Bilal.". Et de poursuivre : "Une fois de plus, une certaine partie de la société hétéronormée et crispée sur ces principes étriqués a sévi et a provoqué des dégâts : Bilal s’en trouve très affaibli moralement, sa santé est menacée,…"

Serait-ce en raison de ce traumatisme que le jeune artiste se présente en annonçant d’emblée son orientation sexuelle ? Une attitude que sa mère a tâché de corriger. "J’ai dit à Bilal : "Jamais tu ne dois te présenter ainsi. Parce que moi, quand je me présente, je ne dis pas "Je m’appelle Amina Frühauf et je suis hétérosexuelle"."

Le manque de tolérance, Bilal y sera trop souvent confronté. Le jeune artiste fait souvent l’objet d’attaques homophobes virulentes et de harcèlement en ligne. Mais, la société avance et les mentalités se décloisonnent. Une chose est sûre, il pourra toujours compter sur l’aplomb de sa mère et manager féministe, qui l'a porté aux nues.

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