Elles ont décidé de montrer ce que vous n'avez jamais vu dans un porno

Katia Rimbert
·Journaliste
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(Crédit photo : Getty Images)
(Crédit photo : Getty Images)

Ces femmes veulent faire un porno différent. Elles réalisent des films pour adultes inclusifs et féministes, qui mettent en avant des tabous comme le handicap, l'accompagnement sexuel ou encore la sexualité des femmes de plus de 50 ans. Et elles comptent bien faire bouger les choses et évoluer les mentalités.

Elles veulent faire valser les stéréotypes et les normes montrées dans les films pornos. La réalisatrice Anoushka aborde les sujets très tabous du handicap et de l’accompagnement sexuel dans son nouveau film pornographique Vivante et milite pour que ce service à la personne – interdit en France mais autorisé chez plusieurs de nos voisins européens (Belgique, Allemagne, Suisse, Pays-Bas, Danemark) – soit encadré, tarifé et surtout accessible pour tous et toutes. Elle-même atteinte d’une maladie chronique non visible, elle a décidé de se réapproprier son corps par le biais de la sexualité. C’est un peu l’histoire du long-métrage, pour lequel elle a fait appel à des performeur.ses engagé.e.s pour plus de diversité dans le milieu du X.

VIDÉO - Anoushka nous dit pourquoi elle a voulu parler d’accompagnement sexuel dans Vivante :

Relancer le débat sur la législation de l’accompagnement sexuel

Celui-ci raconte comment Lou (jouée par la photographe et réalisatrice féministe Romy Furie Alizée) va vivre une relation passionnelle avec Charlotte (interprétée par Bertoulle Beaurebec, autrice du manifeste Balance ton corps) puis tenter de retrouver le plaisir charnel après avoir perdu sa mobilité suite à un accident de vélo, en faisant appel à une assistante sexuelle. “Une histoire d’amour et de reconstruction”, comme nous l’explique la cinéaste qui met en lumière cette forme de thérapie sexuelle qui s’adresse aux “personnes en situation de dépendance physique, mentale ou psychique” pour leur permettre de “se reconnecter à sa corporalité, à sa charnalité, à se réapproprier son corps, à se réincarner, afin de retrouver de l’estime de soi et de la confiance en soi, donc davantage d’autonomie” selon l’APPAS (Association Pour la Promotion de l'Accompagnement Sexuel).

VIDÉO - Bertoulle Beaurebec, travailleuse du sexe et militante, nous parle de son métier :

Anoushka se bat pour que cette aide sexuelle soit accessible à tous. “L’accompagnement sexuel est du travail du sexe. Il ne doit pas être simplement orienté vers les personnes en situation de handicap physique, parce que c’est misérabiliste et validiste de penser ça. Il doit être ouvert à toute personne qui en exprime le besoin. On peut souffrir de maladies non visibles comme moi, on peut avoir des traumatismes, on peut avoir tout simplement besoin de se lover dans l’épaule de quelqu’un, de ressentir un peu de réconfort. Parler de ce sujet-là dans un porno, c’est déjà un peu ouf, je trouve, parce que de base, dans la société, c’est très tabou”, nous dit-elle en espérant que son film va permettre “de rouvrir le débat sur l’interdiction du sexe tarifé”. Quant à la mise en scène, elle est aussi très engagée.

Déconstruire le culte de la performance

“Filmer l’orgasme en filmant une veine de cou qui va taper et taper, et la chair de poule qui va commencer à s’induire sur tout le corps, pour moi, c’est quelque chose qui est tellement plus excitant que de filmer des plans génitaux et des gros plans d’acte en tant que tels. Cette démarche-là, je pense que ça va au-delà de mon film par rapport au handicap, c’est la démarche du cinéma féministe, éthique, alternatif, où on ne va pas s’orienter vers la performance. (...) Ce qui va m’intéresser, c’est vraiment le ressenti, l’émotion. On ressent tellement plus de choses en filmant cette veine qu’en montrant juste les doigts dans sa vulve”, affirme la jeune femme. Pour aller plus loin dans sa démarche, cette dernière a voulu que son film soit adapté en audiodescription, pour les personnes malvoyantes ou non-voyantes. Cela en fait le tout premier film X du genre et donc accessible à tous les déficients visuels.

Montrer le sexe après 50 ans

Olympe de G. est une autre pionnière du porno engagé et inclusif. Elle a réalisé Une dernière fois, qui met en scène l’ultime rapport sexuel d'une sexagénaire – incarnée à l'écran par Brigitte Lahaie – qui a décidé de mettre fin à ses jours. Le film “aborde les notions de consentement, d'inclusivité et s'attaque à la pression liée à la performance”. Pour elle, “il y a une responsabilité à montrer ce sexe-là en tant que réalisatrice porno” car l’une des catégories de films interdits aux moins de 18 ans les plus consommées en France, c’est celle qui met en scène des femmes seniors. “C’est souvent pas très sensible, un petit peu caricatural. Il y a une espèce de stéréotype de la femme plus âgée qui est affamée de sexe avec des petits jeunes. J’ai eu envie de proposer une autre vision, plus humaniste, plus sensible, de ce que pouvait être la sexualité d’une femme après 50 ans”, nous confie la réalisatrice qui veut les montrer comme des “personnes désirantes”.

VIDÉO - Olympe de G. et Brigitte Lahaie se confient sur le tournage d’Une dernière fois :

“Il y a beaucoup d’anxiété de performance dans notre rapport à la sexualité actuellement. L’idée, c’est de faire passer le message que, quelque soit l’âge, on n’est pas là pour performer quelque chose et même si on ne l’a jamais fait, justement, ça peut apporter une certaine beauté à notre approche”, poursuit celle qui a mis un point d’honneur à ce que la mise en scène de son long-métrage soit la plus réaliste possible. “Toutes les personnes qui ont travaillé sur ce film avaient envie de montrer le sexe de façon déculpabilisante, un peu plus comme ce qu’il peut se passer dans la vraie vie. La notion du consentement est importante tout au long du film, le fait de se parler, de se demander ‘Est-ce que ça c’est OK ? Est-ce que ça c’est pas OK ?’ et le fait de dire potentiellement ‘Aïe’ ou ‘Non merci’, ça entraîne des moments que normalement on ne montre pas dans les scènes de sexe au cinéma”, dit-elle en précisant que les acteurs et actrices ont le droit de dire “non” s’ils ne veulent pas faire telle ou telle chose écrite dans le scénario.

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Article : Katia Rimbert

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