L'accompagnement sexuel, une pratique interdite en France mais au cœur du débat

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L’accompagnement sexuel est une pratique illégale dans notre pays. Pourtant, de nombreuses personnes se battent pour qu’il soit légalisé et encadré. C’est notamment le cas de Pascale Causier, qui révèle avoir été “réparée de [ses] viols” grâce à cette pratique dans son livre J’ai suivi un accompagnement sexuel, et cela devrait être un droit pour tous, paru aux éditions Dunod.

Faire l’amour, il n’y a rien de plus naturel. Et si la santé mentale est très importante, la santé sexuelle l’est aussi puisqu’elle “fait partie intégrante de la santé, du bien-être et de la qualité de vie dans son ensemble”. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Sauf que de nombreuses personnes sont privées de plaisir charnel, malgré elles. C’est là où l’accompagnement sexuel entre en jeu.

Une aide sexuelle qui ne concerne pas que le handicap

Cette forme de thérapie sexuelle concerne le personnes handicapées, qui ont perdu leur liberté de mouvement à des degrés plus ou moins importants, qui ne peuvent pas avoir de rapports sexuels ou s’adonner à la masturbation parce qu’elles en sont empêchées physiquement ou qu’elles n’ont pas de partenaire avec qui avoir des relations intimes. Mais, comme le précise l’APPAS (Association Pour la Promotion de l'Accompagnement Sexuel) – créée par Marcel Nuss et Jill Prévôt Nuss en 2013 – elle s’adresse aussi aux “personnes en situation de dépendance physique, mentale ou psychique”.

Concrètement, l’accompagnement sexuel, c’est quoi ? C’est un service à la personne, apparue dans les années 70 aux États-Unis, qui se déroule en séances. Pendant une séance de quelques heures, l’accompagnant.e va pratiquer des massages, des caresses sensuelles ou plus érotiques, parfois un acte sexuel si le.la client.e le demande (pas obligatoirement), mais aussi et surtout discuter avec cet.te dernier.e. L’objectif est de “se reconnecter à sa corporalité, à sa charnalité, à se réapproprier son corps, à se réincarner, afin de retrouver de l’estime de soi et de la confiance en soi, donc davantage d’autonomie”, précise l’APPAS qui veut “permettre aux personnes en situation de handicap d'avoir accès à une vie intime, sensuelle et/ou sexuelle”.

La légalisation de l’accompagnement sexuel fait débat

Problème : en France, l’assistance sexuelle est illégale. Pourquoi ? Parce qu’elle est tarifée et entre ainsi dans le cadre de la prostitution et du proxénétisme. Une personne faisant appel à un.e accompagnant.e sexuel.le – ils seraient une vingtaine à exercer dans l’Hexagone contre rémunération – est donc passible d’une amende et encourt une peine de prison. Pourtant, plusieurs pays européens comme la Belgique, l'Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas ou encore le Danemark, l’autorisent et des formations sont mêmes proposées dans certains d’entre eux pour pouvoir l’exercer.

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Le débat autour de sa légalisation pour les personnes en situation de handicap [soit 12 millions de personnes en France] a été relancé au mois de février dernier lorsque Sophie Cluzel, la secrétaire d'Etat chargée des Personnes handicapées, s'est dite “très favorable à ce qu'on puisse accompagner [la vie intime, affective et sexuelle” des personnes handicapées en regrettant que ces dernières soient “condamnées à vivre dans une abstinence non choisie”. Cette dernière a également déclaré avoir saisi le Comité national consultatif d'éthique (CCNE), qui n’a – à ce jour – pas encore statué sur la question. En 2012, ce même organisme avait déjà été sollicité et avait émis un avis défavorable, estimant qu’il n’était pas “possible de faire de l'aide sexuelle une situation professionnelle comme les autres en raison du principe de non-utilisation marchande du corps humain”.

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Une thérapie pour les victimes de viols et agressions sexuelles ?

Pascale Causier a eu recours à un accompagnement sexuel pendant neuf mois, à 52 ans. Deux ans plus tard, elle raconte son expérience dans le livre J’ai suivi un accompagnement sexuel, et cela devrait être un droit pour tous (éd. Dunod). Séparée de son mari, celle qui a subi des viols dans son adolescence se sent déconnectée de son corps. C’est sa rencontre avec Alex, un jeune homme qui souhaite devenir coach en accompagnement sexuel, lors d’une conférence qui va lui faire sauter le pas.

Cet accompagnement sexuel a été, pour moi, une réparation profonde. Ça m'a rendu libre. Je ne suis plus enchaînée à mes viols.

“On va commencer par un massage classique du corps entier, sur table. Alex me dit que mon corps bouge. Ce n’est pas que je ne le crois pas, mais en tout cas, moi, je ne le perçois pas. Je vais décider de faire un second massage avec lui, je vais moi-même aller sur un érotisme plus prononcé avec lui, sans aller dans la sexualité. Je vais vraiment être étonné de ce que je ressens. C’est à partir de là que je me suis dit : ‘Ok, tu as le droit de t’accorder le droit d’aller dans cet accompagnement sexuel.’”, nous révèle-t-elle. Cette pratique lui a permis de “comprendre, apprendre et [se] défaire petit à petit d’idées préconçues qui venaient polluer [son] rapport à la sexualité, et qui étaient totalement liées à mes expériences de viols”.

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“J’ai conquis ma sexualité. Ça a été un vrai combat d’aller au-delà de mes peurs suite à mes viols pour avoir une sexualité. (...) Cet accompagnement sexuel a été, pour moi, une réparation profonde. Ça m'a rendu libre. Je ne suis plus enchaînée à mes viols, je ne suis plus enchaînée aux effets délétères de ces crimes. C’est comme si je m’étais réellement déployée”, ajoute l’autrice.

Il faut garantir, à la fois aux personnes accompagnées et aux personnes accompagnantes, un équilibre psychique.

Pour cette mère de deux enfants, le fait que cette pratique soit interdite en France est lié à “notre culture judéo-chrétienne” et à “un côté moralisateur” de notre société. Elle martèle que c’est un “cheminement, une éducation et un toucher réparateur” dont le but est “la liberté personnelle”. Selon elle, la formation des accompagnant.e.s sexuel.les et l’encadrement de cet exercice sont primordiaux pour “garantir, à la fois aux personnes accompagnées et aux personnes accompagnantes, un équilibre psychique” et éviter toute forme d’abus. C’est pourquoi elle a fait de son expérience un combat pour informer l'opinion publique et les instances gouvernantes.

Interviews : Carmen Barba

Texte : Katia Rimbert

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