Femmes, de la rue à l'abri : le documentaire de Claire Lajeunie qui montre ces femmes SDF “qu’on ne voit pas”

Katia Rimbert et Carmen Barba
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Le documentaire Femmes, de la rue à l'abri de Claire Lajeunie est diffusé ce mercredi 2 décembre à 23h40 sur France 2. La réalisatrice nous raconte sa rencontre avec des femmes SDF qui subissent des violences au quotidien et le réconfort qu’elles arrivent à trouver dans les abris qui les accueillent.

On ne les voit pas, on fait semblant de ne pas les voir et pourtant elles sont bien là, sous notre nez. Claire Lajeunie met en lumière un sujet dont on parle peu : les femmes qui n’ont pas de domicile fixe. Selon les chiffres du dernier rapport de l'Abbé Pierre, 300 000 personnes sont à la rue en France. Et d'après l'Insee, les femmes en représentent 40% soit deux sur cinq. Ces dernières sont “de plus en plus jeunes et de plus en plus vieilles” nous dit la réalisatrice. Leur situation peut s’expliquer notamment par “une rupture familiale, la fuite due à des violences conjugales, une petite retraite qui ne permet pas de payer un loyer, la crise économique…” Mais quelles que soient leurs histoires personnelles, elles sont invisibilisées.

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“Tout est fait pour ne pas attirer le regard vers ces femmes. Certaines sont très masculines, pour éviter de montrer qu’elles sont des femmes, pour éviter d’être des proies, elles sont très solitaires. Certaines prennent le métro toute la journée, très bien habillées et très bien maquillées, parce que - justement - elles ne se font pas repérer”, affirme la réalisatrice.

Filmer “l’après” d’une vie dans la rue

Quatre ans après le documentaire Femmes Invisibles, cette dernière en signe un nouveau : Femmes, de la rue à l'abri, diffusé ce 2 décembre dans le magazine Infrarouge à 23h40 sur France 2. Cette fois-ci, elle s’est intéressée à la reconstruction de ces femmes qu’on ne voit pas, leur quotidien dans les refuges et abris de Paris - interdits aux hommes - où elles peuvent se reposer, prendre une douche, “retrouver une forme de féminité” et de dignité. “Se maquiller, se mettre une crème hydratante, un après-shampooing… Ce sont des trucs de base, mais qu’elles avaient oubliés”, nous dit Claire Lajeunie.

Si la violence n'épargne pas les sans domicile fixe, les femmes sont davantage victimes. “Toutes les femmes qui sont à la rue ont connu des violences”, lâche-t-elle en précisant qu’elles subissent des viols, des agressions sexuelles, des coups mais aussi de la violence verbale comme des insultes. Dans le film, on découvre des témoignages bouleversants, notamment celle d’une femme qui confie avoir passé 17 ans dans la rue en “se faisant violer tous les jours” ou celui de Kathy, qui s’est fait frapper au visage par un homme pour avoir refusé d’avoir un rapport sexuel avec lui alors qu’elle dormait sur un banc public. “Les hommes voient aussi dans ces femmes perdues des proies extrêmement faibles. Un homme peut par exemple dire : ‘Je vais t’aider, tu veux que je t’héberge ? Mais en contrepartie il faut coucher avec moi’”, déplore l’auteure.

Des violences en hausse depuis le confinement

La crise sanitaire due à la pandémie de coronavirus et le confinement n’a fait qu’accentuer les violences envers les femmes sans logement. “Les conséquences ont été dramatiques. Certaines sont reparties à la rue parce que les conditions sanitaires ne permettaient pas qu’elles soient aussi nombreuses que d’habitude dans les lieux communautaires”, confie Claire Lajeunie.

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Pourtant, ces lieux sont indispensables pour aider ces femmes et ils ne sont pas encore assez nombreux. “Quand elles sont dehors, c’est la guerre. Il n’y a pas de solidarité, c’est chacun pour soi. ‘J’ai trouvé un plan pour dormir ce soir, je ne te le donnerai pas, parce qu’il n’y a qu’une place’. C’est la survie. Il y a très peu de femmes qui sont en groupe, à l’inverse des hommes. Alors que dans ces lieux de refuge, ce qui est nouveau, c’est qu’elles recréent entre elles une certaine solidarité”, nous révèle la cinéaste qui souhaite qu’il y ait une “prise de conscience collective, du gouvernement, des politiques”.

Interviews : Carmen Barba

Article : Katia Rimbert

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