Largué.e, délivré.e : "J'ai tout quitté : mon travail, mon logement, ma ville. J’avais besoin d’un nouveau départ"

Lucile Bellan
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Largué.e, délivré.e
Largué.e, délivré.e

Vous vous rappelez de ce sentiment de vide quand il ou elle prononce l’irrévocabilité ? Pourtant, les ruptures, si elles peuvent apparaître insurmontables, nous apprennent toujours. Largué.e, délivré.e raconte ces moments de la vie où il a été question de se réinventer pour vivre une vie plus belle encore.

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Ninon a 40 ans et quelques jours quand son compagnon lui annonce que leur histoire de plusieurs années est finie : “Je m’en souviens très bien parce qu’on avait organisé une grande fête avec tous mes amis. Damien s’était vraiment impliqué et j’étais convaincue que son investissement était une preuve de son amour. En réalité, le soir de notre rupture, il m’a expliqué qu’il voulait partir sur un bon souvenir.”

Action, réaction

Ninon, sous le choc, passe plusieurs jours enfermée dans son appartement. Et puis, le lundi suivant, elle décide de tout quitter : son travail, son logement, la ville où elle a déjà passé quelques années. “J’avais besoin d’un nouveau départ. Je ne supportais même plus de recevoir des messages des amis qui étaient venus à mon anniversaire. J’avais honte en plus de les relier dans mon esprit à une autre vie, une autre personne que je n’étais déjà plus.”

Entrepreneuse, elle choisit méthodiquement la ville où elle va poser ses valises. “Je ne voulais pas y être déjà allée : je voulais n’y avoir aucun souvenir, tout en ayant la certitude que j’allais pouvoir y reprendre ma carrière.” Initialement locataire à Lyon, elle se retrouve dans une petite ville sur la Côte Atlantique : “Je voulais me créer de nouvelles habitudes. Le dépaysement de l’Océan c’était parfait.” Sa reconstruction se cache dans les détails. “Même utiliser le mot ‘chocolatine’ ça me donnait l’impression de changer de peau, d’effacer ma vie précédente”, explique-t-elle.

Tout recommencer

Au début, la mue est un effort. La jeune femme est presque en fuite. “Si j’avais pu changer de prénom, je pense que je l’aurais fait”, lâche-t-elle. Et puis, peu à peu, elle prend ses marques et reconquiert son bonheur : “Je me souviens précisément du moment où je me suis dit que j’étais à ma place et que mon histoire précédente était finie. J’allais à la Poste et j’ai croisé la boulangère dans la rue. On s’est saluées. Il faisait beau, on avait déconfiné depuis quelques semaines et tout le monde était content d’être dans la rue. C’était comme dans une comédie musicale de Jacques Demy. Il ne manquait que la musique et dans ma tête, je voyais presque les robes pastels.”

J’ai mis du temps à m’ouvrir à nouveau au monde mais une fois que je me suis sentie prête, tout a de nouveau été possible.

Les amis, les amants, c’est revenu avec le temps. “Je crois que je me suis inscrite sur une application de rencontre six mois après avoir déménagé. Et j’ai commencé à partager un peu plus avec mes voisins ou avec des collaborateurs à peu près à la même période. Ça a été comme un déclic. J’ai mis du temps à m’ouvrir à nouveau au monde mais une fois que je me suis sentie prête, tout a de nouveau été possible”, confie l’entrepreneuse.

C'est comme si nous restions blessés et que nous avions peur d’avoir mal à nouveau. Mais j’ai beaucoup d’espoir. Et ça, aussi, c’est nouveau.

Aujourd’hui, Ninon a une nouvelle vie dans une nouvelle ville près de la mer. Elle vit ses moments de cinéma qui lui font voir le monde en pastel quand elle l’a vu si longtemps en gris. Elle a eu plusieurs rendez-vous avec des hommes mais récemment l’un d’entre eux lui a particulièrement plu : “Je crois qu’on se plait vraiment mais lui comme moi prenons notre temps. Lui a vécu un divorce difficile, moi je lui ai raconté mon histoire. Ce sont des prémisses en douceur, comme si nous restions blessés et que nous avions peur d’avoir mal à nouveau. Mais j’ai beaucoup d’espoir. Et ça, aussi, c’est nouveau.”

Ça a été comme une bombe et j’ai été détruite. Aujourd’hui, alors que je suis debout et heureuse après avoir été en si petits morceaux, je me sens plus forte.

Une année de “deuil nécessaire”

Il lui aura fallu plus d’un an pour retrouver le goût de vivre : “Je ne vois pas ça comme du temps de perdu mais comme une phase de deuil un peu longue qui a été nécessaire pour recommencer ma vie. Cette rupture, elle est arrivée de façon tellement abrupte. J’imagine que si je n’étais plus heureuse ou plus amoureuse de lui depuis longtemps j’aurais eu moins de difficulté à m’en sortir mais ce n’était pas le cas. Je me sentais en sécurité alors cette annonce n’en a été que plus violente. Ça a été comme une bombe et j’ai été détruite. Aujourd’hui, alors que je suis debout et heureuse après avoir été en si petits morceaux, je me sens plus forte. C’est un peu cliché mais je me suis fait tatouer un petit phœnix près de la cheville au début du mois de septembre. J’imagine que tous les gens qui font ça ont une bonne raison. Et la mienne est excellente : je suis bel et bien debout après avoir été consumée.”

Pour la suite, Ninon espère continuer à profiter de la douceur de sa vie actuelle, nourrir les amitiés naissantes, confirmer son coup de cœur. “Je crois que je n’ai jamais été aussi heureuse. Cette nouvelle vie qui s’est imposée à moi comme une façon de survivre, en fait elle m’a révélée à moi-même. De ça, je suis reconnaissante”, conclut la quarantenaire.

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