Largué.e, délivré.e : "Cette rupture m’a ouvert les yeux sur combien je ne savais pas qui j’étais et même qui elle était"

Lucile Bellan
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Largué.e, délivré.e
Largué.e, délivré.e

Vous vous rappelez de ce sentiment de vide quand il ou elle prononce l’irrévocabilité ? Pourtant, les ruptures, si elles peuvent apparaître insurmontables, nous apprennent toujours. Largué.e, délivré.e raconte ces moments de la vie où il a été question de se réinventer pour vivre une vie plus belle encore. Si vous aussi vous voulez raconter vos belles histoires de vie, d'amitié et d'amour, vous pouvez envoyer un message à cette adresse : lucilebellan@gmail.com.

“Je pense que nous, ça ne va plus nulle part.” C’est ce message que reçoit Maxence un jeudi soir, la veille d’un départ en week-end avec celle qui partage sa vie depuis trois ans. Il est encore au travail et il est sous le choc. Il comprend tout de suite que c’est la fin. En quelques messages, il s’organise avec Violette pour les premiers jours de la rupture. Elle va passer la soirée chez une amie, il peut venir remplir un sac de sport avec quelques affaires.

Je n’ai jamais eu l’opportunité de la convaincre qu’on avait encore une chance.

Une séparation brutale

Quand j’arrive dans l’appartement, ce n’est déjà plus chez moi. Le matin, je buvais mon café dans la cuisine mais là je ne reconnais plus les odeurs. Elle a bougé quelques affaires à moi pour m’aider à faire le tri mais en réalité je me sens juste foutu dehors. J’ai jeté des sous-vêtements dans mon sac, mes affaires pour le travail et trouvé un pote chez qui dormir. J’avais vraiment le sentiment que je n’allais jamais revenir dans cet appartement et c’est ce qui s’est passé.” Violette a rencontré quelqu’un, elle a tourné la page de leur histoire il y a quelques semaines déjà : “Elle ne m’en a parlé que quand elle a été vraiment sûre que c’était fini pour elle. Je n’ai jamais eu l’opportunité de la convaincre qu’on avait encore une chance.”

Maxence n’est pas un fêtard. Si certains auraient profité de cette phase de choc pour noyer leur chagrin dans l’alcool et la drague sans lendemain, il se concentre sur lui et cherche à comprendre ce qu’il peut bien se reprocher dans l’échec de son histoire d’amour. “Je savais qu’arrêter de l’aimer et de penser à elle allait être long donc je ne me suis pas étendu là-dessus. J’ai commencé une liste avec tout ce qu’elle m’avait ouvertement reproché et tout ce que je me reprochais. Les cadeaux que je n’avais pas fait, les week-ends à travailler, mais aussi ma flemme d’organiser des voyages ou de sortir sur un coup de tête. Je me suis ensuite demandé ce que je pouvais ou ce que j’avais vraiment envie de changer. Je savais que j’allais probablement vivre une autre histoire d’amour dans ma vie et je ne voulais pas la commencer sans avoir tiré des leçons de la précédente.”

Je pense que je ne m’étais jamais demandé qui j’étais vraiment. On était ‘Violette et Maxence’, comme une entité sans vraiment de personnalité.

Ensuite, Maxence se laisse le temps. Il trouve un nouvel appartement, s’installe confortablement, profite de ses amis, expérimente des choses : “J’avais toujours entendu dire que c’était vraiment super de faire des choses seul, aller au restaurant ou au musée. Je ne l’avais jamais fait et puis, en fait, j’ai adoré.”

Se retrouver soi-même...

Petit à petit, il réalise combien il était enfermé dans son couple et dans le rôle qu’il s’était donné. “On s’est mis ensemble quand on finissait juste nos études. Tous mes souvenirs de jeune adulte étaient avec Violette. Mais on était des gamins, on a juste reproduit ce que nos parents, nos potes plus installés ou même les séries télé et les films nous conseillaient. Je pense que je ne m’étais jamais demandé qui j’étais vraiment. On était ‘Violette et Maxence’, comme une entité sans vraiment de personnalité. Cette rupture finalement m’a ouvert les yeux sur combien je ne savais pas qui j’étais et même qui elle était. Elle a eu plus de courage que moi de se rendre compte de ça et de réagir avec autant de force.”

Avant, il était plus question de ce qu’il fallait faire, de ce qui était imposé par une norme sociale ou pour faire plaisir à ma copine et à mes amis.

Maxence reste célibataire un an. Il ne cherche pas à se mettre en couple. Il préfère se découvrir peu à peu : “Tout n’a pas été un succès. Si j’ai découvert que j’aimais bien lire au restaurant tout seul, j’ai aussi appris que j’étais nul en dégustation de whisky, que je ne prenais pas vraiment de plaisir à aller danser le samedi soir ou que les karaokés m’ennuyaient. Avant, il était plus question de ce qu’il fallait faire, de ce qui était imposé par une norme sociale ou pour faire plaisir à ma copine et à mes amis. Mais cette phase m’a vraiment permis de m’affranchir de ça. Ça a même changé la façon dont mes potes m’appellent. Avant, dans les messages et les invitations c’était ‘Violette-et-Maxence’ et maintenant c’est juste ‘Max’. Ça prend moins de place mais j’ai pourtant l’impression que je n’ai jamais été autant entier que dans ces trois lettres.”

Le confinement nous a empêchés de nous voir et ça a aussi déclenché notre prise de décision de passer la vitesse supérieure.

... Et trouver la bonne personne

L’amour finit par poindre le bout de son nez, un matin. Max est au café en bas de chez lui. Alors qu’il dévore un roman, il lève la tête pour remercier la serveuse qui lui apporte un croissant : “C’est complètement dingue et tellement pas contemporain ce genre de rencontre. Mais oui, on a tous les deux eu notre moment de coup de foudre. Et même si on savait qu’on mourait d’envie de se mettre en couple ensemble, on a pris le temps de se connaître et de se séduire, un café à la fois. Le confinement nous a empêchés de nous voir et ça a aussi déclenché notre prise de décision de passer la vitesse supérieure. On n’a pas prévu d’habiter ensemble parce qu’on veut garder nos espaces. C’est la leçon de mon histoire précédente : je sais maintenant qui je suis et je veux aimer la personne que j’aime pour qui elle est. On se laisse de la place. On est heureux. Et j’espère que ça va durer.”

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