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Carole Gaessler a dû lutter pour sa légitimité : "Combien de fois on m'a dit que j'étais là parce que je n'étais pas trop moche"

French TV host of the public media group France Television, Carole Gaessler poses during a press conference announcing the 2009/2010 TV programs, on August 27, 2009 in Paris.  AFP PHOTO / MARTIN BUREAU (Photo by MARTIN BUREAU / AFP) (Photo by MARTIN BUREAU/AFP via Getty Images)
Carole Gaessler a dû lutter pour sa légitimité : "Combien de fois on m'a dit que j'étais là parce que je n'étais pas trop moche". (Photo by MARTIN BUREAU / AFP) (Photo by MARTIN BUREAU/AFP via Getty Images)

Aux manettes de l'émission "Des racines et des ailes", programme emblématique de France 3 diffusé ce mercredi 3 mai, Carole Gaessler peut se targuer d'avoir une longue et belle carrière. Journaliste de renom, son ascension, comme celle de nombreuses autres femmes, s'est faite dans un environnement sexiste dont elle garde quelques mauvais souvenirs.

Fille d'un mécanicien et d'une professeure de théologie, Carole Gaessler, originaire de Moselle, débarque à Paris en 1996 pour devenir reporter au sein de le rédaction nationale de France 3. "Paris, c'était New York pour moi. (...) J'étais mal à l'aise, je n'avais pas les codes. (...) J'ai souffert, parfois de ne pas maîtriser ces codes, de ne pas arriver à suffisamment bien m'exprimer. Le complexe de celui qui est loin socialement et géographiquement, je l'ai eu, parfois je l'ai encore. Depuis mon petit village, chaque étape était une conquête" a-t-elle raconté dans le podcast "Au comptoir de l'info", en 2021.

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"Il ne faut pas relâcher la vigilance"

Carole Gaessler a ajouté avoir vite ressenti, qu'en plus d'être "une campagnarde", on lui faisait bien comprendre qu'elle était une femme. Elle a notamment pris conscience de son statut dans l'exercice de ses fonctions, à travers les remarques qui lui étaient adressées : "Quand je suis arrivée à France Télévisions, c'était un gros "gap" ("décalage" en français; ndlr). Et puis, mine de rien, je suis arrivée en 1996, à Paris. 1996, une femme, c'était pas si évident que ça. Combien de fois je me suis quand même pris que globalement, j'étais un peu là aussi parce que je n'étais pas trop moche, que j'avais plutôt une bonne gueule."

La journaliste l'affirme : en tant que femme, elle a senti qu'il était "plus difficile pour (s)'installer, être légitime." Même si elle a constaté une amélioration en ce qui concerne le sexisme au travail, Carole Gaessler regrette que l'égalité entre les femmes et les hommes ne soit toujours pas atteinte. "Aujourd'hui, les jeunes femmes que je côtoie à la rédaction, je les pense plus libres de s'imposer, même s'il ne faut pas relâcher la vigilance, je le dis toujours. Il y a toujours deux-trois vieilles scories, vieilles réflexions qui traînent encore, et qui peuvent s'exprimer par maladresse parfois, même inconscientes. Je pense que le jour où les filles pourront faire les mêmes réflexions sur les hommes et que ça ne choque personne, on sera arrivés à l'égalité. Je rêve d'une égalité stricte où te le monde peut faire des vannes l'un sur l'autre sans que l'autre ne le prenne de façon sexiste, masculin ou féminin."

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"Je me réveille dans la nuit, je suis enceinte"

Pour autant, malgré une atmosphère de travail pas toujours agréable, Carole Gaessler s'est souvenue avec émotion d'un moment professionnel assez fort, où elle a trouvé chez ses supérieurs masculins bienveillance et compréhension. Alors qu'elle est encore joker pour France 3, on lui fait une très belle offre. "On me propose de rejoindre France 2 pour le journal de 13 heures. Incroyable proposition, superbe, que j'accepte. Je l'accepte, et au moment où je l'accepte, je me réveille la nuit et je dis 'je suis sûre que je suis enceinte'. (...) Je fais un test, et je suis enceinte. Et là, je me dis 'mais je fais quoi ? Je viens d'accepter un top job, qu'est-ce que je fais ?' En 1996, ce n'est pas si évident. Et mon mari me dit 'il faut toujours être honnête et droit dans ses bottes, il faut que tu ailles le dire.' Je suis allée le dire, et je dis 'coup de chapeau' à cet homme, Pierre-Henri Arnstam (directeur de la rédaction à l'époque; ndlr). Il y a eu trente secondes qui m'ont paru une éternité et il m'a dit 'Carole, c'est super, moi je regrette de ne pas toujours m'être occupé de mes enfants, vas-y, c'est top, c'est magnifique. Tu t'arrêteras le moins possible juste, mais top, vas-y'."

Cet épisode a convaincu Carole qu'il est possible, pour une femme, de tout mener de front si elle le souhaite. Une expérience formatrice dont elle garde un bon souvenir : "Je pense que j'ai été l'une des premières femmes à faire l'antenne jusqu'au bout avec mon gros bidon en m'arrêtant quinze jours avant d'accoucher. Ce que je veux dire, c'est que quand on est une femme, on peut concilier vie professionnelle et vie personnelle. Souvent, il y a des filles qui me disent 'mais à quel moment t'as su, mais comment t'as fait, pour ta carrière, pour gérér ?' Bah j'ai fait, et j'ai composé."

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