Journée mondiale du topless : "Quand on a une forte poitrine, c'est tout de suite vulgaire", le topless oui, mais pas pour tout le monde

Ce samedi 26 août 2023, c'est la journée mondiale du topless. Une journée plus politique qu'il n'y paraît, puisqu'elle permet d'évoquer le manque de liberté de bon nombre de femmes à l'idée de se mettre seins nus à la piscine ou à la plage. Plusieurs d'entre elles en ont en effet fait l'expérience : entre grossophobie et slutshaming, aux yeux de la société, toutes les corporalités ne peuvent pas se permettre d'enlever le haut.

Journée mondiale du topless : "Quand on a une forte poitrine, c'est tout de suite vulgaire", le topless oui, mais pas pour tout le monde. Photo : Getty Creative
Journée mondiale du topless : "Quand on a une forte poitrine, c'est tout de suite vulgaire", le topless oui, mais pas pour tout le monde. Photo : Getty Creative

Selon un sondage Ifop pour VoyageAvecNous, publié à l'occasion de la journée internationale du topless, les femmes sont de moins en moins nombreuses à oser se mettre seins nus à la plage. En juillet 2023, les femmes de moins de 50 ans étaient seulement 25 % à retirer le haut de leur maillot de bain pour bronzer, contre 43 % il y a quarante ans. Faut-il y voir une histoire de moeurs ? Pas vraiment. Si la majorité des femmes interrogées (53%) évoquent leur volonté de protéger leur peau du soleil pour expliquer ce choix, bon nombre d'entre elles s'inquiètent aussi du comportement des hommes à leur égard : commentaires, agressions, photos dénudées prises sans leur consentement... Des préoccupations réelles puisque 64 % des répondantes pratiquant le topless disent avoir déjà été harcelées sur la plage et 44 % agressées sexuellement.

Interrogées par nos soins, plusieurs femmes ont expliqué leur choix de ne plus faire de topless à la plage, en raison des mauvais comportements masculins. Elles racontent leurs histoires.

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"Mes amies menues peuvent faire du topless, pas moi"

Jessica l'a rapidement remarqué : sa crainte à l'idée de faire du topless vient plus de la grossophobie que d'une forme de pudeur. "Sur le principe, je n'ai aucun problème à l'idée de me mettre seins nus sur la plage. J'ai l'habitude de fréquenter des plages naturistes, et je n'ai aucun problème avec mon corps. Mais je l'ai bien remarqué, quand je décide de tomber le haut, on ne me regarde pas de la même façon que mes copines plus minces."

La jeune femme, âgée de 27 ans, se souvient de réflexions entendues lors de ses dernières vacances. "Une vieille dame est venue me voir pour me dire que j'étais obscène à exhiber mes 'énormes mamelles aux yeux de tous.' J'ai entendu deux mecs dire : 'Quand des meufs comme ça font du topless, ça dégoûte.' J'ai vite compris que les gros seins posaient davantage problème aux yeux des autres que les petits."

Daphné, 33 ans, a vécu une situation similaire. Mais ce sont ses propres amis qui lui ont fait la réflexion. "Nous sommes partis en vacances à huit, avec tout notre groupe de potes. Avec une de mes amies, nous avons décidé de bronzer seins nus à la plage, mais j'ai vite senti le poids des regards de mes potes. Le soir, ils m'ont prise à partie et dit que ça ne se faisait pas, que c'était vulgaire. Ils n'ont toutefois pas fait la même réflexion à mon amie." Surprise, la jeune femme décide de les confronter, et leur réponse l'a choquée : "Ils m'ont dit que ses petits seins tenaient tous seuls et étaient discrets. Que les miens étaient plus larges, tombant, et que ce n'était pas esthétique. Ils ont essayé de me faire croire qu'ils disaient ça pour mon bien. J'ai fait ma valise et je suis rentrée chez moi avec le premier train."

"Un parent d'élève ne veut plus que je m'occupe de son fils"

Coralie n'a pas connu la grossophobie, mais sur une plage du sud de la France, elle a eu droit à une rencontre quelque peu gênante. "Pour mettre un peu de contexte, je suis enseignante en primaire. Je m'occupe des CM2 dans une école à l'autre bout de la France, et la chose que j'attendais le moins pendant les vacances était d'entendre une petite voix dire 'Bonjour madame X !' Il s'agissait d'une de mes anciennes élèves, en compagnie de ses parents et de son petit frère. Et moi, j'étais en train de bronzer topless."

L'enseignante réalise rapidement que le père de famille la dévisage des pieds à la tête. "J'ai attrapé mon paréo pour me couvrir, échangé quelques phrases avec la mère et les enfants. Lui ne m'a pas adressé la parole, pas même un bonjour ou un au revoir. J'ai mis l'incident de côté jusqu'à la rentrée, en réalisant que le fils cadet de cette famille était désormais dans ma classe."

Quelques jours après la rentrée, Coralie a été convoquée par le directeur de son établissement. "Il m'a dit que le père de cet enfant voulait qu'il soit changé de classe, que je m'étais exhibée devant son fils et qu'il était hors de question que je m'occupe de lui. Quand j'ai expliqué la situation à mon supérieur, il m'a reproché d'avoir bronzé seins nus, en disant que c'était une attitude inacceptable de la part d'une enseignante." L'enfant a été changé de classe, mais pour la jeune femme, la situation ne passe pas : "Sous prétexte que je suis professeur des écoles, je n'ai plus le droit de disposer de mon propre corps ? Qu'est-ce qui se serait passé si le gamin n'avait pas pu être changé de classe ? Est-ce que j'aurais été virée ?", s'interroge-t-elle. Peu après cet incident, elle a d'ailleurs demandé sa mutation, et quitté l'établissement scolaire à la fin de l'année.

* Étude Ifop pour VoyageAvecNous réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 24 juillet 2023 auprès d’un échantillon de 1 075 femmes, représentatif de la population féminine française âgée de 18 ans et plus.

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