Prêtes à tout pour maigrir : "Je mangeais du coton et je me faisais vomir en buvant du café salé"

Pour maigrir, certaines personnes sont prêtes à opter pour des méthodes extrêmement dangereuses. © Getty Images
Pour maigrir, certaines personnes sont prêtes à opter pour des méthodes extrêmement dangereuses. © Getty Images

Jusqu'où seriez-vous prêt·e à aller pour perdre du poids ? Dans une société où la minceur est érigée en idéal beauté et où le surpoids est considéré comme l'un des pires maux en termes de santé, les injonctions à maigrir sont aussi nombreuses que dangereuses. Pour perdre du poids, certaines personnes n'ont pas hésité à recourir à des techniques extrêmes, quitte à mettre en danger leur santé.

"Être obèse, c'est mauvais pour la santé", "Tu vas mourir jeune". Oui, merci, on sait. Ces phrases sont répétées en boucle aux personnes en surpoids qui ont "l'audace" de s'afficher sur les réseaux sociaux ou dans les médias, comme si les principaux intéressés n'étaient pas parfaitement au courant des conséquences de leur surpoids sur leur propre santé. Dans l'imaginaire collectif, perdre du poids, c'est être en meilleure santé. Et sur le papier, ce n'est pas totalement faux : les personnes minces ont moins de risques de développer des comorbidités. Pourtant, en réalité, c'est plus compliqué que cela.

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Il y a maigrir vite, maigrir bien et maigrir durablement

Il y a quelques mois, le régime express de Kim Kardashian, qui lui a permis de perdre plusieurs kilos en quelques semaines pour rentrer dans la robe de Marilyn Monroe pour le MET Gala, a été pointé du doigt pour sa dangerosité. Pourtant, "maigrir vite" fait partie des requêtes les plus populaires sur les moteurs de recherche dans la catégorie minceur. Le docteur Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste, avait déjà tiré la sonnette d'alarme dans les colonnes de Yahoo! Life en affirmant : "Avec les régimes express, on a l'impression d'avoir découvert le Graal absolu, parce qu'on a l'impression de pouvoir tout contrôler. On a envie d'y croire. Même des esprits cartésiens se retrouvent à faire des régimes complètement farfelus."Le tout avant de rappeler : "Sans risquer de mettre sa santé en danger, on ne peut pas perdre plus de deux à trois kilos par mois. Ça reste raisonnable et raisonné."

D'autant que, parfois, le spécialiste estime qu'il ne vaut mieux pas perdre de poids du tout : "Il vaut mieux un obèse qui reste à un poids stable qu'une personne qui perd et reprend du poids en permanence. L'accordéon pondéral, c'est ce qu'il y a de pire en médecine parce que ça met à mal tout l'organisme." Un point de vue confirmé par une étude publiée en avril 2022 lors de la réunion annuelle de l’American Physiological Society le confirme : "Les fluctuations du poids corporels résultant d’une réduction et d’une augmentation drastique des calories" augmenteraient les risques de maladies cardiaques, et aussi le risque de diabète."

Des régimes dangereux rentrés dans les moeurs

Parce qu'ils ont été encensés par la presse féminine ou par des stars, mis en avant par des soi-disant "spécialistes de la nutrition", ou encore recommandés par les blogs "pro-ana" (pro-anorexie) qui pullulent encore sur le web, les régimes dangereux ont la peau dure.

Parmi ceux qui sont le plus souvent évoqués, on retrouve notamment les célèbres mono-diètes : régime soupe au chou, régime pomme, régime raisin, régime hyper-protéiné... A coup sûr, au moins une personne de votre entourage a sans doute testé ces méthodes peu recommandables, dangereuses, mais auxquelles le grand public est tellement habitué qu'elles ne paraissent même plus choquantes. C'est dire à quel point la culture de la minceur peut faire des ravages.

Au même titre, les privations alimentaires telles que la pratique du jeûne intermittent ou du jeûne tout court n'ont presque plus rien d'inhabituel, en dépit des (très) nombreuses études qui ont prouvé que cela n'apportait pas grand-chose de positif. Mais les régimes, ce n'est pas seulement se priver. Désespérées à l'idée de ne pas arriver à perdre du poids, certaines personnes ont tenté diverses recettes "miracles" et adopté des astuces dangereuses inspirées par des maladies. Tout cela parce que la société les avait convaincues qu'être mince était plus important qu'être en bonne santé.

Du sable, du coton et du café salé

Les astuces pour se couper l'appétit, se faire vomir ou avoir l'estomac plein sans ingérer de calories, ne manquent pas. Eugénie*, 25 ans, confie avoir été très loin pour ne pas avoir faim : "Je buvais de l'eau dans laquelle je rajoutais du sable pour me remplir", raconte-t-elle. Une action particulièrement dangereuse puisque de nombreuses études ont prouvé que le sable contenait des bactéries fécales, et notamment la bactérie E.coli, tristement célèbre. Le fait de manger du sable peut donc entraîner des infections intestinales, des diarrhées ou encore des infections autour de la bouche.

Elodie*, elle, énumère toutes les méthodes testées pour se faire vomir "jusqu'à 7 ou 8 fois par jour" : "Ingérer du café salé, de l’eau avec de la moutarde, pincer la glotte, frapper son estomac contre un meuble... Tous les moyens étaient bons pour me faire vomir et évacuer ce que j'avais mangé. Julie*, de son côté, avait adopté la technique des boules de coton trempées dans du jus d'orange. "Pour remplir l'estomac et ne plus avoir faim, c'est efficace, c'est sûr. Mais le coton, ça ne se digère pas. Après quelques semaines de ce régime, j'ai fait une occlusion intestinale, et j'ai dû me faire opérer. J'aurais pu y rester."

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Des surdoses de médicaments en dépit des risques

Aujourd'hui encore, dans toutes les pharmacies et parapharmacies, il est possible de trouver des compléments alimentaires "brûle-graisse". Mais les médicaments ont toujours été utilisés – et parfois détournés – pour permettre une perte de poids rapide, mais dangereuse pour la santé. Tout le monde se souvient de l'affaire du Mediator, un médicament contre le diabète qui a souvent été prescrit, à tort, dans le cadre de pertes de poids. Récemment ce sont des overdoses de vitamine D qui ont été constatées, cette vitamine prise à haute dose pouvant entraîner des vomissements et des diarrhées.

Dora*, elle, a décidé de se servir dans la pharmacie familiale. "J'ai pris des médicaments qui ne m'étaient pas prescrits pour perdre du poids, notamment du Topimarate (un anti-épileptique qui peut entraîner une perte de poids importante, ndlr.) et de la metformine, un médicament contre le diabète. Le premier a modifié mon goût, toute nourriture devenant infecte et le second m'a également donné des diarrhées aiguës. Je prenais aussi de fortes doses de Ritaline, le traitement prescrit pour mon TDAH." Un cocktail qui a eu de graves conséquences sur sa santé, entraînant des problèmes gastriques, de la tachycardie et des symptômes d'hyperthyroïdie.

Elle n'est pas la seule, puisque Maria* confie également avoir piqué dans l'armoire à pharmacie de sa maman : "Ma mère avait était malade et avait des douleurs chroniques soignées par des Dafalgan Codeine. Un jour, j'ai eu mal au dos, j'en ai pris et j'ai réalisé que ça me donnait de la nausée et par conséquent que ça me coupait l'appétit ! Et hop, la Codéine était devenue mon coupe-faim ! Juste assez pour que cela soit efficace sans que ma mère ne réalise qu'il lui manquait des cachets." Et si la jeune femme a réussi à arrêter ce traitement qu'elle s'imposait, elle en garde des séquelles : "Je ne supporte absolument pas les traitements forts, ça me rend malade à chaque fois."

Les vers solitaires, la "solution miracle"

Le ver solitaire, aussi connu sous le nom de ténia ou tænia, est un ver parasite qui grandit dans l’intestin grêle. L'infection se fait généralement par le biais de l'ingestion de viande cru ou mal cuite, et les symptômes prédominants sont une perte de poids rapide, des nausées, une perte d'appétit et des troubles digestifs. "Le Graal" pour Nellie*, qui confie avec honte avoir tout fait pour attraper un tel parasite. "Je mangeais régulièrement de la viande de boeuf ou de porc crue dans l'espoir d'attraper un ver solitaire. Quand j'y repense, ça me répugne. J'ai fini par réussir mon coup, mais je n'ai pas perdu un kilo, j'ai simplement souffert de douleurs abominables avant de prendre un traitement pour m'en débarrasser.

Nellie n'est pas la seule. Cyrielle* a fait la même chose avec ses amies, durant sa jeunesse. "Quand j'avais 20 ans, plusieurs de mes amies ont commandé des vers solitaires sur le dark web. Au dernier moment, je me suis dégonflée, sans regret quand je vois les conséquences que ça a eu sur leurs organismes : certes, elles ont perdu du poids, mais quel trauma pour le corps ! Surtout qu'elles ont repris tous les kilos qu'elles avaient perdus."

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Le point commun entre toutes ces techniques ? Elles sont dangereuses, pour ne pas dire mortelles. Les personnes qui les ont testées n'étaient pas suicidaires, simplement désespérées à l'idée de perdre du poids en dépit de leur santé, et non pour leur santé. Une preuve de plus que la culture de la minceur est dangereuse, et qu'une perte de poids n'est pas toujours de meilleure santé, qu'elle soit physique ou mentale.

* Dans un souci d'anonymat, les prénoms ont été changés.

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