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Augmentation des tentatives d'homicide au sein du couple : "Je me suis sentie mourir quand mon ex m'a étranglée"

L'étude nationale sur les morts violentes au sein du couple pour l'année 2022 a été publiée par le ministère de l'Intérieur début septembre et le moins que l'on puisse dire, c'est que les violences conjugales ont encore de beaux jours devant elles. L'année dernière, 118 femmes ont été victimes de féminicides, et une hausse de 45% des tentatives d'homicide au sein du couple a été enregistrée. Une statistique qui fait froid dans le dos. Louisa*, 37 ans, en sait quelque chose : il y a trois ans, son ex-compagnon a tenté de la tuer, et elle a survécu de justesse.

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Augmentation des tentatives d'homicide au sein du couple : "Je me suis sentie mourir quand mon ex m'a étranglée". Photo : Getty Creative

118 féminicides en 2022. Certes, c'est 3% de moins qu'en 2021, mais le chiffre est toujours impressionnant. L'année dernière, selon l'étude nationale sur les morts violentes au sein du couple pour l'année 2022 publiée par le ministère de l'Intérieur, 145 morts par conjoint ou ex-conjoint ont été enregistrées sur le territoire français. 81% des victimes sont des femmes, et 84% des auteurs sont des hommes. Sans surprise, le rapport démontre une fois de plus que dans de nombreux cas, les victimes avaient déjà porté plainte contre leur bourreau.

Les chiffres des tentatives d'homicide ne sont pas meilleurs, loin de là. En 2022, 366 tentatives d'homicide au sein du couple (soit 10% du total des tentatives d'homicide) ont eu lieu. C'est 45% de plus qu'en 2021, où ce chiffre s'élevait à 251. Une hausse inquiétante.

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"J'avais déjà porté plainte, il voulait me tuer et se suicider"

Louisa fait partie des femmes qui ont été victimes d'une tentative de meurtre de la part de leur compagnon ou ex-compagnon. "Ça c'est passé début 2020, pendant le premier confinement", se souvient-elle. "Je m'étais séparée de mon ex, violent, peu avant. Ce que j'ignorais, c'est qu'il avait gardé un double des clés de notre appartement. Je devais déménager, mais, Covid oblige, je m'étais retrouvée coincée."

En fin d'après-midi, alors qu'elle s'était absentée le temps de faire des courses, la trentenaire découvre que son ex s'est introduit chez elle. "J'ai immédiatement paniqué. Je savais qu'il était violent, puisque j'avais déjà porté plainte contre lui. Mais le temps que j'essaye de déverrouiller la porte, il m'avait arraché les clés des mains. J'ai essayé de crier, mais il m'a jetée sur le canapé et ça m'a coupé le souffle." Au début, l'homme lui dit qu'il veut simplement lui parler. "Il était incohérent, il tenait une litanie de propos comme quoi il avait changé, qu'il voulait changer, qu'il ne voulait pas que je fasse ma vie avec quelqu'un d'autre. J'étais terrifiée, je n'osais pas l'interrompre." Jusqu'au moment où son ex finit par lui dire que, puisqu'elle ne veut pas de lui, il va la tuer. "Il m'a dit qu'on allait mourir ensemble. Il était plus grand que moi, plus fort, je savais que je n'avais aucune chance. Alors j'ai attrapé une bougie, et je l'ai lancée de toutes mes forces sur la fenêtre pour la casser, en espérant que le bruit alerte quelqu'un, et j'ai crié."

"Je ne pouvais plus respirer, j'ai dû finir par m'évanouir"

Après lui avoir mis une gifle pour la faire taire, l'homme a plaqué Louisa sur le canapé, et a commencé à l'étrangler. "J'ai l'impression que ça a duré des heures, je me suis sentie mourir sous ses mains. Je ne pouvais plus respirer. J'ai dû finir par m'évanouir." La trentenaire s'est réveillée dans un lit d'hôpital, incapable de parler. Son geste désespéré a payé et alerté les voisins, qui ont appelé la police. "Les médecins m'ont dit que j'avais survécu de justesse, j'avais la trachée à moitié écrasée, l'os hyoïde fêlé, et des ecchymoses sur la gorge et la nuque."

Trois ans plus tard, Louisa a toujours des séquelles de cette tentative d'homicide. "Mon cerveau a longtemps été privé d'oxygène. Depuis, je souffre d'épilepsie, et ça sera probablement le cas toute ma vie."

* Dans un souci d'anonymat, le prénom a été changé. La victime n'a pas tenu à évoquer la situation actuelle de son ex-compagnon, pour préserver son anonymat.

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